lundi 12 janvier 2015

L'affaire SK1 : Traquer le monstre et traquer l'homme derrière le monstre.

Le film relate les longues années de la traque de Guy George, le tueur de l'est parisien, grâce à l'obstination de Frank Magne, jeune inspecteur tout juste entré au 36 quai des Orfèvres. Parce qu'il relate des faits réels, le film n'en que plus glaçant. Car les crimes commis par Guy George étaient terrifiants. Le réalisateur, Frédéric Tellier, arrive à évoquer l'horreur des crimes tout en gardant la distance nécessaire, un certain réalisme mais sans voyeurisme. Certes, il y a des images très dures des corps mutilés des victimes mais aucune reconstitution des crimes eux-mêmes. Ca n'en rend que plus fort l'extraordinaire moment des aveux de Guy Georges dans le bureau de l'inspecteur.

L'affaire SK1 est un film passionnant et fort, qui nous fait plonger dans la vie des équipes de la brigade criminelle. Leur quotidien, leur esprit d'équipe, leur vie complètement bouffée par les affaires qu'ils traitent, l'impossible équilibre avec la vie de famille. La traque est vécue de l'intérieur, avec à la fois les frustrations et la détresse des enquêteurs mais aussi leur obstination. Le film touche aussi à la question du rôle des avocats, notamment quand ils défendent un criminel. Une scène très intéressante, vers la fin du film, met face-à-face l'inspecteur Magne et maître Pons, avocate de Guy George. Le flic dit : "J'ai traqué le monstre depuis sept ans" et l'avocate répond : "Et moi je traque l'homme derrière le monstre." Une réplique qui fait mouche et résume bien le propos du film. Comment un homme peut-il devenir un tel monstre ?

J'ai beaucoup apprécié la réalisation de Frédéric Tellier : à la fois sobre et haletante, très proche des différents protagonistes. Plusieurs scènes sont extrêmement fortes. En plus des aveux et du face-à-face entre l'inspecteur et l'avocate, déjà mentionnées, je pense au moment de l'arrestation de Guy George filmée de façon haletante et son arrivée au 36 quai des Orfèvres, très impressionnante. Ou la fin du procès, quand l'accusé avoue finalement ses crimes devant les familles des victimes. Les acteurs sont excellents. Raphaël Personnaz est ici remarquable. Adama Niane, qui a la lourde tâche d'incarner Guy George est vraiment très bon. Le reste du casting est à la hauteur, avec une mention spéciale à Nathalie Baye et Michel Vuillermoz.

Enfin, il faut avouer que l'actualité donne un relief particulier au film, avec son évocation d'une folie meurtrière, ou de l'attentat dans le RER en 1995, au milieu de l'enquête.

Au final, l'affaire SK1 est un film passionnant et fort, un polar réaliste basé sur des faits réels terribles, qui arrive à éviter le piège du voyeurisme tout en nous faisant réfléchir. Très bien réalisé et très bien interpréter. Ne le manquez pas !

lundi 5 janvier 2015

A Most Violent Year : Impitoyable et inexorable. Un film passionnant.

New-York, 1981. L'année la plus violente qu'ait connu la ville. Abel Morales (Oscar Isaac) est un immigré latino qui a fait son trou dans le business du pétrole. Lui qui a toujours voulu être intègre se heurte à la corruption et la violence qui menacent de détruire tout ce qu'il a mis 20 ans à construire avec sa femme Anna (Jessica Chastain). Comment réagir alors que ses chauffeurs sont agressés, ses camions volés et sa famille menacée ?

A Most Violent Year est un film impitoyable sur le monde des affaires où tous les coups sont permis. Impitoyable aussi pour le rêve américain qui en ressort sérieusement écorché. Le thème de la violence, au coeur du film, entre d'ailleurs vraiment en écho avec les événements récents aux USA.

Le réalisateur, J.C. Chandor, nous offre un film au rythme inexorable, comme une machine à broyer le rêve d'un homme, qui avance sans qu'on puisse l'arrêter. Anna serait prête à répondre aux menaces avec la manière forte, au besoin en demandant l'aide de son père, criminel notoire. Mais Abel se refuse à tout usage de la violence et veut rester intègre. Qui a raison ? La majeure partie du film est dans une tension sourde, accentuée par une photo qui joue sur des lumières crépusculaires, souvent baignées de brouillard. Et parfois la violence surgit, soudaine. Le stress monte, comme dans la poursuite haletante d'Abel derrière un de ses camions volés. Les dernières scènes du film sont formidables et laissent un goût amer tenace.

Le film est porté par un couple extraordinaire : Oscar Isaac et Jessica Chastain, deux grands acteurs. Mais ici, pas d'esbroufe, pas de jeu tape à l'oeil. Au contraire, des compositions tout en retenue, desquelles il ressort une authenticité rare.

Le film pose la question de la violence et la façon de s'y opposer, ou plutôt de s'en protéger. Doit-on répondre à la violence par la violence ? Ou peut-on y opposer l'intégrité, la persévérance ? Le film pose aussi la question de l'honnêteté. Est-il possible de réussir dans les affaires, ou ailleurs, en restant intègre et droit ? Le film apporte quelques réponses à ces questions, mais tout en nuance. Pas de discours moralisateur, pas de réponse simpliste, juste des pistes de réflexion, pour des questions qui restent parfois ouvertes.

Impitoyable et inexorable. Passionnant pour les questions qu'il pose. Magistralement interprété. A Most Violent Year est un excellent film à ne pas rater en ce début d'année.

vendredi 2 janvier 2015

KerouVim d'or 2014 : Abyss !

Voici donc l'annonce officielle de l'attribution du KerouVim d'or 2014, ma distinction suprême à moi, en matière de jeux de société ! Cette année, le prix va, à l'unanimité du jury (moi-même) à Abyss de Bruno Cathala et Charles Chevallier, édité par Bombyx.

L'éditeur a mis le paquet sur le packaging, avec de superbes illustrations de Xavier Collette (et le choix entre 5 illustrations de boîtes différentes !). Mais Abyss est aussi bon que beau, avec des mécanismes simples, qui n'ont certes rien de révolutionnaire mais qui sont bien équilibrés : développement, collecte, combinaisons de cartes avec un zeste de "stop ou encore", le tout avec une belle interaction entre les joueurs. Ce n'est pas un gros jeu, plutôt un "poids moyen", qui le destine à tous les types de joueurs. C'est mon coup de coeur de l'année.

Pour compléter le palmarès, j'ajouterai trois mentions spéciales à :
- Istanbul, de Rüdiger Dorn, édité en France par Matagot. Le jeu a remporté le Kennerspiel des Jahres en 2014 (prix allemand du jeu de l'année, dans la catégorie "pour connaisseurs"). Je l'ai découvert un peu tardivement en 2014 mais j'ai tout de suite aimé ses mécanismes et sa fluidité.
- Five Tribes, de Bruno Cathala, édité par Days of Wonder. C'est décidément l'année Cathala pour moi... Five Tribes utilise le mécanisme des semailles (emprunté à l'awalé) pour un jeu tactique et opportuniste avec un superbe matériel.
- Minivilles, de Masao Suganuma, édité par Moonster Games. Un jeu léger et vraiment très agréable, avec un matériel coloré. La première extension est indispensable. La deuxième va sortir dans quelques semaines.

Pas de gros jeu dans mon palmarès... J'en ai bien aimé plusieurs (Concordia, Caverna ou Dominant Species par exemple) mais aucun ne m'a procuré autant de plaisir ludique que les jeux sus-nommés. Et en matière de jeux de société, c'est le plaisir qui prime !

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En bonus, le sticker "KerouVim d'or 2014" à coller sur votre boîte d'Abyss ;)

mardi 30 décembre 2014

Cinéma : mon palmarès 2014

En 2014, j'ai vu 83 films au cinéma (cf. mon tableau Pinterest). Difficile d'en extraire quelques-uns seulement... j'ai essayé toutefois d'en sélectionner dix, pour un palmarès personnel, forcément subjectif, mais que j'assume pleinement.

1. 12 Years a Slave, de Steve McQueen. Incontestablement, le film qui m'a le plus marqué cette année. Par son sujet bien-sûr, basé sur une histoire vraie. Mais aussi pour la remarquable réalisation de Steeve McQueen, sobre, forte, humaine. Un grand film dont on ne sort pas indemne...
2. Her, de Spike Jonze. Pour son scénario génial, pour la performance exceptionnelle de Joaquin Phoenix, incroyablement expressif, et pour la voix unique de Scarlett Johansson.
3. Gone Girl, de David Fincher. Le thriller de l'année, cynique et cruel, réalisé de main de maître par David Fincher. Sans oublier la révélation de Rosamund Pike, formidable dans le premier rôle féminin.

Au pied du podium, trois films coup de coeur :
4. Whiplash, de Damien Chazelle. Un face à face musical époustouflant, au rythme du jazz et filmé comme un combat de boxe. Haletant !
5. Night Call (Nightcrawler), de Dan Gillroy. Un film coup de poing sur les dérives du sensationnalisme en télévision. Jake Gyllenhaal énorme !
6. Philomena, de Stephen Frears. Un drame sensible et fort. Un film bouleversant sur le pardon, avec une Judi Dench exceptionnelle.

Enfin, pour compléter :
7. Mommy, de Xavier Dolan. Un film passionnel, excessif, éprouvant, inventif, passionnant.
8. The Grand Budapest Hotel, de Wes Andreson. La comédie déjantée de l'année. Drôle et inventive... mais pas seulement.
9. Godzilla, de Gareth Edwards. Un kiff de malade ! Un film de genre parfaitement maîtrisé, une fable écolo très spectaculaire.
10. Dawn of the Planet of the Apes (La Planète des singes : l'affrontement), de Matt Reeves. Un deuxième volet de la franchise de la Planète des singes, encore meilleur que le premier. Un vrai film fort... et humain.

Vous remarquerez qu'il n'y a pas de film français dans mon top 10... Pourtant, il y a eu de bons films français en 2014, que j'ai vraiment apprécié. J'en distinguerai trois :
Deux jours, une nuit, des frères Dardenne (même s'ils sont belges...). Un film d'une bouleversante humanité, sur fond de crise.
Hippocrate, de Thomas Lilti. Un film d'utilité publique !
- Les combattants, de Thomas Cailley. Un premier film très réussi, avec deux jeunes comédiens excellents.

Enfin, j'ajouterai deux mentions spéciales à deux films inspirés de récits bibliques :
Noéde Darren Aronofsky
Exodus : Gods and Kingsde Ridley Scott.
Deux films très critiqués dans certains milieux chrétiens, notamment évangéliques... mais que j'ai pour ma part beaucoup aimé. Il ne s'agit pas bien-sûr d'adaptations fidèles des récits bibliques mais de deux visions personnelles, et donc discutables, mais très intéressantes, du déluge et de l'exode.

Une bien belle année 2014 de cinéma !


lundi 29 décembre 2014

Whiplash : Face à face musical époustouflant !

Whiplash est un combat, une lutte haletante au rythme du jazz. Un face à face époustouflant entre un professeur et son élève. Dans la plus prestigieuse école de musique de New-York, tout le monde rêve d'intégrer l'orchestre de Terrence Fletcher. Mais tout le monde le redoute aussi car il est un professeur tyrannique, un vrai dictateur qui pousse ses musiciens dans leurs derniers retranchements, à coup d'humiliations verbales (voire plus) pour les pousser au-delà de leurs limites et atteindre l'excellence. Andrew Neyman, jeune batteur ambitieux, finit par attirer l'attention de Fletcher et intégrer son orchestre. Le film raconte leur face à face.

La réalisation de Damien Chazelle nous emmène dans un tourbillon au rythme du jazz, la musique étant évidemment omniprésente. On est au coeur de l'orchestre, à la place des musiciens, presque à l'intérieur des instruments. On retient son souffle avec Andrew quand il répète seul, au bord de la rupture, jusqu'au sang. Le réalisateur filme aussi le face à face entre les deux personnages principaux comme un match de boxe : les gros plans sur le visage de Fletcher, ses colères et ses humiliations qui résonnent comme des uppercuts, le visage d'Andrew, avec un rictus de douleur, la sueur, le sang. Tout y est. On le voit même sortir d'une répétition éprouvante complètement groggy, comme au sortir d'un ring. Résultat : on termine le film littéralement KO et la tête pleine de musique. Abasourdi et heureux.

Le jeune Miles Teller est très bon dans le rôle d'Andrew mais c'est la performance extraordinaire de J.K Simmons qui laisse sans voix. Son incarnation de ce professeur tyrannique est parfaite. On rit à ses répliques "fleuries" et on est terrorisé aux côtés de ses musiciens face à ses colères et ses humiliations. On est aussi bouleversés quand ses fêlures se révèlent...

Quelques personnages secondaires permettent de poser des questions intéressantes. Ainsi par exemple la discussion dans la famille d'Andrew sur ce qu'est la réussite. Ou la relation d'Andrew avec Nicole : la vie d'artiste en quête de perfection peut-elle s'accommoder d'une vie sentimentale ? Mais c'est la relation entre Andrew et Fletcher qui est la plus développée dans le film et qui pose les questions de la transmission et de la quête d'excellence. Ainsi par exemple, lorsque Fletcher déclare à Andrew combien il hait l'expression "bon boulot" (good job), qui ne peut conduire qu'à la médiocrité. Il faut au contraire pousser les musiciens dans leurs derniers retranchements pour leur permettre d'aller au-delà de leurs limites. Au risque d'aller trop loin et de les pousser à l'irréparable... La recherche de l'excellence justifie-t-elle tous les sacrifices ?

Whiplash est le film à ne pas manquer en cette fin d'année 2014. Un gros coup de coeur.