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jeudi 14 juillet 2016

Le grand livre : un passionnant voyage dans le temps

J'avais découvert Connie Willis avec Black Out et All Clear, son diptyque sur le Blitz, au coeur de la deuxième guerre mondiale, chef d'oeuvre mêlant science-fiction et histoire, par le biais du voyage dans le temps. Le grand livre emploie le même procédé : au XXIe siècle, le voyage dans le temps a été découvert mais il est réservé aux historiens qui peuvent ainsi observer au plus près les différentes périodes de l'histoire. Pour éviter les paradoxes temporels, le voyage dans le temps s'auto-régule, impliquant parfois quelques décalages temporels dans les transferts. Ecrit avant Black Out et All Clear, au début des années 90, Le grand livre propose un voyage au Moyen-Âge, en pleine épidémie de peste.

C'est un roman passionnant, avec une intrigue haletante et des personnages attachants. Kivrin, jeune étudiante brillante, est transférée en 1320 pour observer la vie quotidienne au Moyen-Âge, et ce malgré les réserves de son professeur qui la trouve trop inexpérimentée. Près de 30 ans avant la grande épidémie de peste, tout devrait bien se passer, les décalages temporels restant minimes. Mais les choses se compliquent quand suite au transfert, une épidémie mystérieuse se répand dans l'université d'Oxford, au XXIe siècle. Certains pensent qu'elle est due à un virus venu du passé, peut-être à cause du transfert de Kivrin. Mais c'est impossible ! Aussi impossible qu'un décalage de 28 ans lors d'un transfert temporel. A moins que...

Le roman est construit sur deux récits en parallèle, l'un au XXIe siècle, l'autre au XIVe siècle. Deux récits d'épidémie, celle de la peste au Moyen-Âge et celle d'un virus inconnu au XXIe siècle. On y retrouve, comme dans Black Out et All Clear, le même souci minutieux de faire vivre le quotidien de personnages ordinaires au coeur d'une période troublée de l'histoire. Avec Kivrin, on découvre le quotidien d'une famille au Moyen-Âge, ses us et coutumes, ses croyances et superstitions, son hygiène (!). Dans sa deuxième partie, le roman nous fait vivre de l'intérieur l'horreur de la grande épidémie de peste, dans des pages très fortes.

La religion occupe une place importante dans le récit. Au milieu du XXIe siècle, elle a évolué de façon assez grotesque (non sans rappeler une certaine "soupe" religieuse que notre époque propose parfois à nos contemporains...). Au Moyen-Âge, elle était mêlée de superstitions, si bien que Kivrin la regarde au début avec scepticisme. Mais son regard change petit à petit, au coeur de l'horreur, notamment grâce au personnage du prêtre du village, jusqu'à un dénouement très touchant.

Le grand livre n'atteint peut-être pas les sommets de Black Out et All Clear, qui bénéficiaient d'une intrigue plus riche et complexe, mais il n'en est pas moins un roman passionnant, qui se lit très vite malgré ses 700 pages en livre de poche.

samedi 11 juin 2016

L'océan au bout du chemin : un roman fantastique attachant

Auteur prolifique et excellent conteur, Neil Gaiman aime les histoires où le fantastique surgit dans le quotidien, où la réalité et l'imaginaire se mêlent sans cesse : Neverwhere (sans doute mon préféré) avec l'univers fantastique et onirique d'un Londres parallèle, American Gods, foisonnant récit mythologique contemporain, Stardust et sa relecture amusée des contes de fées, sans oublier ses recueils de nouvelles qui contiennent de jolies pépites et sa collaboration avec le regretté Terry Pratchett dans De bons présages, un roman biblique et parodique sur la fin du monde, vraiment très réjouissant. Et je ne parle même pas de ses nombreux romans pour la jeunesse (dont le célèbre Coraline) et de sa série romans graphique The Sandman (que je ne connais pas...).

L'océan au bout du chemin est un roman assez personnel, intime, teinté de mélancolie, où le talent de conteur de l'auteur s'exprime toujours aussi efficacement. C'est un roman sur l'enfance et l'âge adulte, sur les souvenirs, l'imaginaire et le temps, sur la famille et l'amitié. Voici le pitch : à l'occasion d'un enterrement familial, un homme est de retour dans son village natal. La maison où il a vécu son enfance a été remplacée par d'autres immeubles mais la vieille ferme des Hempstock est toujours là. Il se remémore alors les événements étranges survenus lorsqu'il avait sept ans, avec Lettie, cette jeune voisine qui prétendait que la mare, au bout du chemin, était en réalité un océan...

Comme l'auteur le laisse entendre dans ses remerciements à la fin de son ouvrage, l'histoire est construite sur certains matériaux autobiographiques, tirés de sa propre enfance. C'est ce qui fait sans doute de ce roman l'ouvrage le plus intime de l'auteur. On lit très vite, et avec plaisir, les 250 pages de l'ouvrage, au ton tour à tour mélancolique, onirique, fantastique, parfois même horrifique. Les événements, dont le narrateur se souvient, sont évoqués avec le regard d'un enfant de 7 ans pour lequel le quotidien se pare d'atours merveilleux. Un enfant à l'imagination fertile, qui avait peu d'amis et se réfugiait toujours dans les livres. Mais dans quelle mesure ses souvenirs traduisent-ils la réalité, ont-ils été déformés par le temps, ou le fruit de son imagination d'enfant donnant un reflet déformé d'une réalité pas toujours facile à affronter ? Que s'est-il réellement passé ? L'auteur refuse de trancher... et le lecteur a sans doute tout intérêt à faire de même. Car le livre est finalement une invitation à garder vivace son âme d'enfant...

L'océan au bout du chemin est un roman fantastique vraiment très attachant.

samedi 2 avril 2016

Silo : un phénomène éditorial et une bonne lecture SF !

Dans un monde post-apocalyptique, quelques milliers d'êtres humains survivants vivent cloîtrés dans un immense silo de 144 étages qui s'enfonce dans le sol, avec un unique escalier central. Tout est minutieusement organisé et contrôlé. Une hiérarchie sociale s'est mise en place, depuis les classes dominantes, au plus près de la surface, jusqu'aux machinistes, tout au fond du silo. Tout est contrôlé, les naissances, les communications, les sujets qu'il est permis d'évoquer ou non, à commencer par la dernière grande insurrection...

Ceux qui enfreignent la loi sont condamnés à être expulsés du silo, pour accomplir une dernière tâche : nettoyer les capteurs extérieurs qui transmettent les images du monde extérieur désolé et sans vie. Et tous ceux qui sont expulsés, bizarrement, le font... avant de s'écrouler et de mourir, asphyxiés par l'air extérieur toxique.

Mais la version officielle est-elle vraiment conforme à la réalité ?

D'abord auto-publié sur Internet, par épisodes, Silo rencontre un franc succès. Il est finalement publié et vendu à plus de 500000 exemplaires aux USA, et traduit en 24 langues ! Véritable phénomène éditorial, ce roman post-apocalyptique se lit avec plaisir. Hugh Howey fait preuve d'un talent de conteur, ménageant les rebondissements et les cliffhangers qui invitent à poursuivre la lecture des 740 pages du livre. On est tenu en haleine, jusqu'au dénouement final.

Les personnages, assez archétypiques, sont attachants. L'histoire est assez classique, maniant les thèmes sociaux et politiques dans une dystopie post-apocalyptique en milieu confiné : responsabilité politique, résistance ou soumission, lutte de classes, histoire et révisionnisme... j'aurais aimé que l'auteur développe plus la dimension "religieuse", liée à la mythologie sur l'origine du silo et la vision du monde, juste effleurée dans le livre.

Il n'empêche, Silo reste vraiment un bon roman SF, très accessible, dont je recommande la lecture !

mercredi 30 septembre 2015

Reproduction interdite : un roman passionnant... et inquiétant

Deux affaires apparemment sans lien entre elles atterrissent sur le bureau du juge Rettinger. L'une concerne la mort du professeur Ballin, célèbre pour avoir été le premier à réaliser un clonage humain. Son corps a été retrouvé dans une chambre d'hôtel. L'autre concerne la mort de onze détenus dans l'incendie d'une prison. Au fil de l'enquête, ces deux affaires se révéleront liées, et dévoileront des implications bien plus importantes (c'est un euphémisme !) que ne pouvaient le laisser penser ces deux faits divers.

Nous sommes au milieu du XXIe siècle, le clonage est devenu une industrie florissante, en particulier le clonage humain. Élevés dans des centres de production en masse, les clones constituent de précieuses banques d'organes. Le nec plus ultra étant pour les plus fortunés d'avoir leur propre clone, à disposition pour offrir des greffes d'organe en cas de besoin. Les clones sont également produits en masse pour devenir de la main d'oeuvre qualifiée pour l'industrie ou l'armée. Sélectionnés et modifiés génétiquement, ils sont infiniment plus efficaces que des robots.

Ecrit en 1989, et révisé pour la réédition en livre de poche en 2015, Reproduction interdite est un roman d'anticipation passionnant. Une dystopie (ou contre-utopie) inquiétante mettant en garde contre les dérives possibles de la science, notamment en matière de génie génétique. L'histoire nous est présentée sous la forme d'un dossier top-secret, dont les différentes pièces sont classées de manière chronologique : transcriptions d'écoutes téléphoniques, courriers, notes de service, articles de journaux...

L'auteur, Jean-Michel Truong, va très loin dans l'évocation d'une société où les clones ne sont pas considérés comme humains mais guère plus que des animaux, ou même de simples objets. Va-t-il trop loin ? Ou le monde qu'il décrit est-il un avenir possible ? Certains documents qu'il intègre au dossier sont véritablement glaçants. Ainsi, par exemple, cet article décrivant la visite du plus grand centre de production de clones, son laboratoire d'embryologie, sa nurserie automatisée, ses unités de stabulation (comme du bétail, on parle de cheptels de clones) et de cryogénisation (pour garder les organes au frais)...

Il se dégage de cet ouvrage une vision pessimiste de l'humanité, capable du pire dans le seul but d'accroître son pouvoir, où les enjeux économiques sont bien au-dessus de toute considération éthique. La lecture de l'ouvrage crée un malaise certain et interroge sur les limites de la science et des progrès technologiques. On y découvre un monde où l'opinion publique est manipulée, où tous les pouvoirs, y compris l'Eglise, s'accommodent d'une vision utilitariste, où les maigres résistances ne sont pas toujours portées par de nobles motivations.

Au-delà de l'enquête, certes intéressante et bien menée, c'est l'évocation de ce monde dénué de tout sens éthique qui passionne dans ce roman. L'ouvrage se veut clairement un cri d'alerte qu'il paraît légitime d'entendre !

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Reproduction interdite, un roman de Jean-Michel Truong (Folio SF n° 516)

dimanche 21 juin 2015

Le Déchronologue : uchronie pirate et paradoxes temporels

« Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt. Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. »

Ainsi s'ouvre Le Déchronologue, étonnant roman de science-fiction, ambitieux et passionnant, écrit par l'auteur français Stéphane Beauverger. Très documenté sur la piraterie dans les Caraïbes au XVIIe siècle, brillamment écrit, le roman utilise un thème classique de la science-fiction : le voyage dans le temps, et ses dommages collatéraux.

Henri Villon, fameux capitaine pirate, se bat avec son équipage contre de mystérieux envahisseurs, apparus suite à de terrifiantes perturbations temporelles. Son arme, c'est son navire, le Déchronologue, dont les canons tirent non pas des boulets mais du temps !

Avec ses personnages hauts en couleur, au langage souvent fleuri - à commencer par le narrateur, le capitaine Henri Villon - sa description du monde de la piraterie et de la colonisation des Caraïbes, l'ouvrage propose une étrange uchronie où surgissent en plein XVIIe siècle des objets directement en provenance de notre époque, ces merveilles qui attirent toutes les convoitises : lampes torche, radios ou armes à feu.

L'auteur choisit de proposer un récit déstructuré, où il brouille les pistes par un récit non chronologique, mélangeant l'ordre des chapitres du journal du capitaine Villon. Ce procédé risqué, qui peut perdre le lecteur, est au contraire habilement réussi. Il a même un petit côté ludique appréciable. Il crée aussi une certaine confusion pour le lecteur, rappelant les perturbations temporelles qui sont au coeur de l'histoire.

Le Déchronologue est un remarquable ouvrage, traitant de façon originale deux thèmes classiques de la SF, le voyage temporel et l'uchronie, avec une écriture assez brillante, pour une histoire qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière page. Un vrai petit bijou.

samedi 7 mars 2015

Black-Out / All Clear : Un diptyque fantastique !


En 2060, le secret du voyage dans le temps a été découvert. Les voyageurs temporels sont des historiens qui se fondent dans la masse et peuvent ainsi observer au plus près les grands événements de l'histoire. Mais ils doivent prendre garde à ne pas altérer les événements et pour cela se garder de certains "points de divergence". Ceci dit, l'histoire semble s'auto-réguler et rétablir d'elle-même son cours au besoin. Mais lorsque plusieurs historiens sont envoyés à différents moments de la deuxième guerre mondiale, leurs programmes de sauts temporels ayant été modifié à la hâte, les choses ne semblent pas se passer comme prévu... Et s'il était possible, finalement, d'altérer le cours de l'histoire ?

Black Out et All Clear constituent un diptyque passionnant, à mi-chemin entre le roman historique et le roman de science-fiction. Le lecteur est tenu en haleine tout au long de la lecture de ces deux pavés (1700 pages au total) qu'on dévore avec délice.

Le premier volume, Black-Out, développe plus le côté historique. Fruit d'un passionnant travail de recherche de l'auteur, Connie Willis, le roman nous plonge dans le quotidien d'hommes et de femmes ordinaires au milieu de la guerre. On a l'impression de découvrir "de l'intérieur" la période terrible du Blitz à Londres et ses innombrables bombardements, la vie des londoniens malgré tout, les séjours presque quotidiens dans les abris, les solidarités qui naissent... On découvre aussi les préparatifs du débarquement en Angleterre, avec le travail d'espionnage et de désinformation pour tromper l'ennemi.

All Clear, le second volume, développe beaucoup plus l'aspect science-fiction. Thème classique de la SF, le voyage temporel est abordé avec beaucoup de finesse, emmenant le lecteur dans une enquête haletante à travers le temps, avec ses rebondissements multiples, des soupçons qui se confirment, des fausses pistes, des surprises. On y croise même, ce n'est pas un hasard, Agatha Christie qui apparaît "en chair et en os" dans l'histoire.

Tout au long des 1700 pages du diptyque, on a le temps temps d'apprendre à connaître les personnages et de s'attacher à eux. Leurs histoires, d'abord séparées et offrant plusieurs tableaux du quotidien de la deuxième guerre mondiale, se recoupent ensuite de manière surprenante, jusqu'à une conclusion très réussie, pleine d'émotion.

Black-Out et All Clear proposent une réflexion passionnante sur l'Histoire (avec un grand H) faite de "petites" histoires, celles d'anonymes et de leurs rencontres, de circonstances et de décisions. Une histoire où d'infimes variations peuvent avoir des conséquences incalculables. Des histoires où s'incarnent de différentes façons l'héroïsme, le sacrifice, l'amour.

Aux côtés des personnages principaux, historiens - voyageurs temporels, gravite toute une galerie de personnages secondaires attachants... et le tableau La lumière du monde, où le Christ se tient devant une porte fermée. Véritable personnage du roman, que les protagonistes croisent tout au long de leur histoire, il apparaît comme un reflet des interrogations et des états d'âme de nos héros.

Ne soyez pas rebuté par l'épaisseur des deux volumes : vous allez les dévorer ! Le diptyque Black-Out / All Clear est un véritable chef d'oeuvre qui devrait pouvoir se hisser au niveau des classiques de la SF. A lire absolument ! D'autant que le second volume vient tout juste de paraître en édition de poche...

dimanche 1 février 2015

Tau Zéro : un roman vertigineux

Ecrit dans les années 70, Tau Zéro de Poul Anderson n'est paru en français qu'en 2012. Le roman est pourtant considéré, à juste titre, comme un chef d'oeuvre de la science-fiction, ou plus précisément de hard-science (où le récit colle au plus près des connaissances scientifiques).

Nous sommes au XXIIIe siècle. 50 personnes triées sur le volet (25 hommes et 25 femmes) quittent la Terre à bord d'un vaisseau spatial. Objectif : atteindre l'étoile Beta Virginis à quelques 32 années-lumière de la Terre, trouver dans ce système solaire une planète habitable et s'y installer. L'humanité aura ainsi commencé à coloniser l'univers... Le voyage connaîtra deux phases : une première phase d'accélération constante, puis une phase de décélération. Pour les passagers du vaisseau, le voyage durera cinq années... mais à cause de la relativité et de la dilatation du temps, plus de trente années auront passé sur la Terre.

Mais ça, c'est si tout se passe comme prévu ! Or, en pleine phase d'accélération, un accident improbable se produit. Le vaisseau est endommagé : le système de décélération est hors d'usage. Le vaisseau est donc condamné à accélérer sans fin et à tendre ainsi de plus en plus vers la vitesse de la lumière. Y a-t-il une issue ? Comment l'équipage encaissera-t-il le choc ? C'est évidemment toute la question de la suite de l'histoire...

Roman de hard-science vertigineux, passionnant dans son exploitation de la théorie de la relativité, Tau Zéro tient le lecteur en haleine jusqu'au bout. Et même si la toute fin du roman est contredite par les théories scientifiques actuelles, le roman dans son ensemble est très réaliste. L'édition française propose en annexe une analyse très intéressante du roman écrite par un scientifique qui souligne le travail scientifique remarquablement précis de Poul Anderson.

J'ai globalement été moins intéressé par les considérations sociologiques et psychologiques de la vie de l'équipage en huis-clos et dans sa façon d'affronter l'épreuve à laquelle ils sont soumis. J'ai par contre été passionné par la folle aventure spatiale, scientifique et cosmologique. Sur ce plan, le roman est d'une ampleur considérable, au point parfois de donner le vertige... et susciter des prolongements philosophiques très intéressants.

mardi 29 juillet 2014

Les Chronolithes : avant Spin, déjà un excellent Wilson

Dans les années 2020, un monument étrange apparaît de façon soudaine à Chumphon, en Thaïlande. Personne ne sait d'où il vient ni de quel matériau il est constitué. Il est en tout cas indestructible. Il porte une inscription qu'on arrive finalement à déchiffrer : elle célèbre la victoire d'un seigneur de la guerre totalement inconnu du nom de Kuin. Une victoire... qui n'aura lieu que 20 ans et trois mois plus tard !

Scott Warden est un des premiers témoins de ce phénomène qu'on appellera les chronolithes. Car d'autres monuments continueront d'apparaître de façon mystérieuse à d'autres endroits du globe.Toujours plus impressionnants, semant la destruction et le chaos. Comment est-ce possible ? Comment les chronolithes apparaissent-ils instantanément en provenance du futur ? Et qui est ce mystérieux Kuin ? Sa victoire est-elle inéluctable ? Engagé par son ancien professeur de physique, l'insaisissable Sulamith Chopra, Scott va tenter de trouver les réponses à ces questions.

J'avais découvert Robert Charles Wilson avec l'excellent Spin et il faut avouer qu'une fois encore, l'auteur fait mouche. Il tisse une intrigue passionnante, avec des personnages attachants, à partir d'une idée de départ originale. On retrouve, comme dans Spin, une ambiance fin du monde, avec son cortège de groupements fanatiques et religieux. Les Chronolithes est d'ailleurs antérieur à Spin et préfigure à plusieurs égards ce dernier. On chemine avec des personnages qui se débattent dans une histoire qu'ils n'arrivent pas à maîtriser, buttant contre un mystère qui semble insondable. Véritable thriller scientifique, ce roman de SF tendance hard-science aborde aussi des questions existentielles, notamment celles du destin, du déterminisme et de la liberté, traitées avec brio à travers une intrigue passionnante, qui se termine de façon plutôt habile et convaincante.

Une lecture que je recommande chaudement et qui m'encourage à poursuivre la découverte de cet excellent auteur de SF.

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Les Chronolites, de Robert Charles Wilson. Édité en poche chez Folio SF

vendredi 18 juillet 2014

Création, de Johan Heliot : SF divertissante dans le jardin d'Eden

L'action de Création se passe en Israël, dans un futur proche. En plein désert du Sinaï est apparu de façon soudaine une immense étendue fertile et mystérieuse qui ne peut, bien-sûr, qu'évoquer le fameux jardin d'Eden.

Le récit, plutôt habilement mené sous la forme d'une thriller, suit trois fils narratifs. L'un autour d'Anthony, un soldat d'élite français qui se retrouve au milieu d'une forêt luxuriante apparue mystérieusement ; un autre autour de Rachel, une botaniste engagée pour un projet scientifique ultra-secret ; un dernier autour de Saïd, "virtualiste" (sorte de journaliste-paparazzi 3.0) engagé par un webangéliste, véritable gourou multimillionnaire d'une communauté créationniste, pour assurer la diffusion de son expédition vers le Jardin, via sa rétine, aux millions d'internautes qui le suivent.

Création est un cocktail étonnant (parfois un peu fourre-tout) où l'auteur s'amuse à mêler des éléments empruntés à la Genèse (le Jardin et l'arbre de vie), Qumran et les Esseniens, les technologies de l'information, le tout sur fond d'Intelligent Design et d'univers parallèles ! Une lecture estivale divertissante, sans prise de tête.

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Création, de Johan Heliot. En poche, aux éditions J'ai lu.

samedi 5 janvier 2013

Création et évolution. De la confrontation au dialogue.

L'auteur, Pascal Touzet, est enseignant-chercheur en génétique évolutive. Il connaît donc bien la question ! Il est aussi chrétien, protestant évangélique engagé. Il propose un ouvrage de vulgarisation scientifique, présentant de façon claire et convaincante la théorie de l'évolution. Ses mécanismes, les preuves de l'évolution (des fossiles aux génomes). Le propos est accessible, argumenté et illustré.
Il évoque ensuite les différentes approches du débat sur la Bible et la science. Son positionnement est clair. Il réfute le créationnisme de la jeune terre, avec sa lecture littéraliste des premiers chapitres de la Genèse. Mais il  récuse également la théorie de Dessein intelligent (Intelligent Design) : "Cette théorie a un défaut majeur : elle sort du champ scientifique puisqu'elle remplace un mécanisme naturel par une intervention directe de Dieu. Le problème alors est qu'elle met Dieu dans les trous de notre connaissance et qu'elle prend finalement le risque de réduire l'espace de l'action de Dieu à une peau de chagrin au fur et à mesure que la science progresse." (p.40)
Il opte donc résolument pour une approche non littérale des premiers chapitres de la Genèse, en tenant compte de leur construction littéraire. "La nature du texte biblique n'est pas scientifique, ni dans sa fonction première puisqu'elle est théologique, ni dans son contexte car c'est celui d'une vision du monde partagée par les civilisations antiques. Vouloir le faire concorder avec les connaissances scientifiques actuelles est une entreprise qui me semble vouée à l'échec." (p.42)
Il tente enfin de répondre à plusieurs questions découlant de son approche, autour de la question de la sélection naturelle, du hasard dans l'évolution, ou de la question d'Adam. Sa conclusion ne laisse pas de doute : "L'évolution biologique est aujourd'hui la seule théorie scientifique capable d'expliquer l'histoire et le foncionnement du monde vivant. Le hasard, qui est surtout une manière de "simplifier" un phénomène trop complexe, et la sélection naturelle font partie des mécanismes de cette évolution." (p.57)
Bien-sûr, la taille de l'ouvrage ne permet pas d'aller au fond de toutes les questions. L'exégèse des textes bibliques va à l'essentiel, mais avec sérieux. C'est avant tout un ouvrage de vulgarisation scientifique, tout à fait accessible, qui souligne fort bien qu'il est possible d'avoir une vision chrétienne cohérente du monde, sans conflit entre la Bible et la science. 
Enfin une approche intelligente et stimulante sur la question, dans un langage accessible à tous ! Une lecture que je recommande chaudement. 
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Pascal Touzet, Création et évolution. De la confrontation au dialogue. (Croire pocket n°30)
Quelques chapitres de l'ouvrage sont consultables sur le site de l'éditeur. 

mercredi 28 novembre 2012

Axis : moins de souffle que Spin, mais j'attends la suite !

Axis, c'est la suite de Spin. On se retrouve une trentaine d'années après la fin des événements du premier roman. Mais je n'en dirai pas plus, pour ceux qui n'auraient pas lu le livre...
Axis n'a sans doute pas le souffle de Spin mais il propose quand même une histoire intéressante. On en apprend un peu plus sur les "Hypothétiques", tout en gardant encore une grande part de mystère. Evidemment, il faut avoir lu Spin pour comprendre de quoi je parle... C'est en fait un roman de transition qui appelle une suite : Vortex qui est déjà paru. A ce titre, les derniers chapitres sont à mon goût les plus réussis du livre. L'auteur y retrouve un peu le souffle de Spin et, il faut bien l'avouer, une fois le bouquin terminé, on n'a vraiment envie de connaître la suite !
On retrouve des thèmes déjà présents dans Spin, telles que des questions existentielles sur la vie et sur l'évolution, sur la place de l'humanité dans l'univers, sur les limites de la science, y compris la question des limites éthiques dans l'expérimentation scientifique. 
Un bon roman de SF... mais j'attends la suite !

mercredi 17 octobre 2012

Spin : de la SF vertigineuse et magistrale !

Je viens de terminer la lecture de Spin, un roman de Robert Charles Wilson. Passionnant !
L'histoire est la suivante : une nuit, de façon soudaine, les étoiles disparaissent. Au matin pourtant, le soleil se lève comme tous les jours... Qu s'est-il passé ? Petit à petit, on se rend compte que la terre est entourée d'une mystérieuse membrane, qu'on finira pas appeler le Spin. Le soleil qui se lève chaque matin est en fait artiificiel. Car la membrane isole en réalité la terre du reste de l'Univers. A l'extérieur de cette membrane, le temps s'écoule à une vitesse vertigineuse si bien qu'à ce rythme, le soleil va bientôt se transformer en nova et consummer toute la terre. L'humanité n'a plus que quelques décennies à vivre... Comment le Spin est-il arrivé là et pourquoi ? Ou par qui ?
Spin est un roman vertigineux et magistral. Wilson arrive à faire de la Hard Science (avec une volonté de rigueur scientifique) mais projetée à des milliards d'années dans le futur ! C'est aussi une saga familiale très bien ficelée, avec des relations compliquées entre parents et enfants, des histoires d'amour et d'amitié. On suit les événement par le biais de trois personnages principaux : Tyler Dupree, le narrateur, et les jumeaux Jason et Diane Lawson, ses amis d'enfance. 
Comme c'est aussi un roman apocalyptique, c'est l'occasion d'aborder des thèmes métaphysiques. Comment réagir quand la fin du monde est programmée et qu'elle est imminente ? Certains saisissent l'occasion pour leur gloire personnelle, d'autres mettent toute leur énergie à comprendre ce qui se passe, d'autres se réfugient dans une religion millénariste et extrémiste... Les thèmes abordés sont multiples, le roman est foisonnant.
Très bien écrit, le récit ménage son lot de rebondissements et de surprises. On n'arrive pas à décrocher ! Et au bout des 600 pages, une seule envie : lire la suite. Car, bonne nouvelle, Spin est le premier volume d'une trilogie. Aixis, la suite, m'attend déjà sur ma table de chevet...