Dans la foulée de Mai 68, l’Etat français imagine une solution innovante pour tenter de canaliser la vague révolutionnaire : créer de toutes pièces, en quelques mois, une université expérimentale, ouverte à toutes et tous, loin des pavés parisiens, en plein bois de Vincennes, en y plaçant comme professeurs de grands intellectuels de l’époque. Mais il faut surveiller tout cela… Claudine, une prostituée, maîtresse d’un policier, accepte d’infiltrer pour les RG ce “nid de gauchistes”. Elle parvient à être intégrée dans un groupe révolutionnaire… mais commence à se prendre au jeu de l’université de Vincennes.
Camarades est une étonnante mini-série qui nous plonge dans l’effervescence de l’expérimentation du campus de Vincennes, une université en autogestion, où les cours se donnent partout sauf en amphithéâtres, où se multiplient les groupes révolutionnaires communistes, trotskistes ou maoïstes, mais qui voit aussi se développer les revendications féministes qui donneront naissance au MLF.
La série propose d'abord un regard amusé, plein d’ironie sur les excès idéalistes de cette période, les grands discours révolutionnaires et l’hypocrisie qui pouvait s’y rattacher. Mais elle fait preuve aussi de tendresse envers ses personnages, interprétés par un casting impeccable où se côtoient acteurs et actrices connus ou presque inconnus. Et petit à petit, le récit se teinte de nostalgie, pour se terminer même dans un élan presque lyrique (écho inquiet à certaines réalités politiques et sociales d’aujourd’hui).
A l’image de son sujet, la série est un peu foutraque (et donc un peu inégale selon les épisodes), mais inventive et surprenante. Il y a même un des épisodes qui se présente comme une véritable comédie musicale ! Ludique, le récit intègre aussi de nombreuses images d’archive, qui se mélangent avec malice aux images de la série. Parfois certains personnages de la série sont eux-mêmes intégrés aux images d’archives, interagissant avec Bourdieu ou Lacan par exemple.
Camarades est donc une série singulière et originale. Un joyeux bordel utopique, teinté de mélancolie.
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