lundi 21 septembre 2026

Camarades : Utopie foutraque à la Fac

Dans la foulée de Mai 68, l’Etat français imagine une solution innovante pour tenter de canaliser la vague révolutionnaire : créer de toutes pièces, en quelques mois, une université expérimentale, ouverte à toutes et tous, loin des pavés parisiens, en plein bois de Vincennes, en y plaçant comme professeurs de grands intellectuels de l’époque. Mais il faut surveiller tout cela… Claudine, une prostituée, maîtresse d’un policier, accepte d’infiltrer pour les RG ce “nid de gauchistes”. Elle parvient à être intégrée dans un groupe révolutionnaire… mais commence à se prendre au jeu de l’université de Vincennes. 

Camarades est une étonnante mini-série qui nous plonge dans l’effervescence de l’expérimentation du campus de Vincennes, une université en autogestion, où les cours se donnent partout sauf en amphithéâtres, où se multiplient les groupes révolutionnaires communistes, trotskistes ou maoïstes, mais qui voit aussi se développer les revendications féministes qui donneront naissance au MLF. 

La série propose d'abord un regard amusé, plein d’ironie sur les excès idéalistes de cette période, les grands discours révolutionnaires et l’hypocrisie qui pouvait s’y rattacher. Mais elle fait preuve aussi de tendresse envers ses personnages, interprétés par un casting impeccable où se côtoient acteurs et actrices connus ou presque inconnus. Et petit à petit, le récit se teinte de nostalgie, pour se terminer même dans un élan presque lyrique (écho inquiet à certaines réalités politiques et sociales d’aujourd’hui).  

A l’image de son sujet, la série est un peu foutraque (et donc un peu inégale selon les épisodes), mais inventive et surprenante. Il y a même un des épisodes qui se présente comme une véritable comédie musicale ! Ludique, le récit intègre aussi de nombreuses images d’archive, qui se mélangent avec malice aux images de la série. Parfois certains personnages de la série sont eux-mêmes intégrés aux images d’archives, interagissant avec Bourdieu ou Lacan par exemple. 

Camarades est donc une série singulière et originale. Un joyeux bordel utopique, teinté de mélancolie. 

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Camarades, une série créée par Benjamin Charbit
avec Manon Kneusé, Pierre-François Garel, Lulja Comar
Disponible sur Arte.tv

mardi 15 septembre 2026

The Gentlemen (saison 2) : Gangsters au sang bleu

Guy Ritchie nous replonge dans les bas-fonds de l’aristocratie britannique, avec une deuxième saison de The Gentlemen toujours aussi explosive, mais franchement plus sombre.

Après avoir hérité malgré lui d’une florissante entreprise clandestine de cannabis, et après avoir découvert avec réticence les règles du milieu criminel, Eddie Horniman y a pris goût. Le Duc cherche désormais à étendre son empire, jusqu’en Italie. 

Même si l’humour noir et so british est toujours bien présent dans la série, il est toutefois moins déjanté. Il faut dire qu'on passe moins de temps avec le personnage de Freddy... La saison 2 est plus sombre, elle l’est même de plus en plus au fur et à mesure du récit, illustrant l’engrenage implacable de la convoitise et de la vengeance, cette dernière devenant petit à petit le moteur principal d’Eddie. Au risque de tout perdre, y compris une partie de lui-même… 

Par ailleurs, le récit est, ironiquement, largement émaillé de références bibliques, notamment aux deux frères Jacob et Esaü et leur histoire tourmentée, mais aussi en conférant au personnage central d’Eddie une figure christique, d’une nature bien particulière quand même… 

À l’issue de cette saison, alors qu’une troisième saison est déjà commandée, une question demeure : jusqu’où Eddie est-il prêt à aller ? À en juger par les dernières images, la réponse risque d’être sanglante…


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The Gentlemen (saison 2), une série créée par par Guy Ritchie et Matthew Read
avec Theo James, Kaya Scodelario, Daniel Ings
Disponible sur Netflix

vendredi 4 septembre 2026

Silo (saison 3) : Dystopie glaçante aux résonances contemporaines

 

La saison 3 de Silo vient de se terminer sur Apple TV. En attendant la quatrième et dernière saison à venir, on fait le point. 

Petit rappel sans spoiler : la série se déroule dans le futur. Après une catastrophe d’ampleur mondiale, quelques milliers d’êtres humains survivants vivent cloîtrés dans un immense silo qui s’enfonce dans le sol. Tout est minutieusement organisé et contrôlé, de manière très stricte, officiellement pour préserver l’humanité jusqu’à ce qu’il soit possible, à une période indéterminée, de ressortir à l’air libre… 

Il a fallu, particulièrement dans cette troisième saison, prendre quelques libertés par rapport aux livres. Je les ai lus il y a quelques années et je ne me souviens pas de tout en détail mais il est évident qu’il y a des différences sensibles. Et c’est heureux ! En effet, la narration des trois volumes de la trilogie écrite par Hugh Howey ne se prête pas du tout, telle quelle, à la narration d’une série. L’important est de savoir si le récit fonctionne à l’écran et je trouve que c’est vraiment le cas. La particularité de cette saison 3 est la coexistence de deux arcs narratifs, à deux périodes différentes, celle des silos au temps de Juliette Nichols mais aussi celle des origines des silos, à peine esquissée en saison 2. Les deux arcs narratifs finissent par se rejoindre dans la dernier épisode de la saison, de manière assez brutale (la longue séquence introductive de l’épisode final de la saison est terriblement glaçante) mais réussie. Plusieurs questions trouvent une réponse dans cette saison 3... mais tout n'est pas encore résolu !

Ce qui fonctionne toujours aussi bien, c’est l’univers visuel de la série, qui parvient à retranscrire à l’image l’univers claustrophobique et dystopique des romans. Plus que jamais la série développe ses dimensions socio-politiques, autour de thèmes aux résonnances contemporaines : l’autoritarisme et la surveillance, la résistance et la soumission, la désinformation et la manipulation de masse... qui passent aussi par une réécriture de l'histoire et l'oubli. Avec dans cette saison une intégration plutôt maligne de l’IA. Et ces thèmes s'accentuent encore lorsqu’on en apprend plus sur les origines des silos…  

Bref, Silo demeure sans aucun doute une des meilleures séries SF actuelles, une réussite de plus au catalogue décidément qualitatif d’Apple TV. 

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Silo (saison 3), une série créée par Graham Yost
avec Rebecca Ferguson, Common, Alexandria Riley
Disponible sur Apple TV+

lundi 31 août 2026

Furious : Histoire de vengeances

Alice Black est une nouvelle agente du FBI. Elle était flic auparavant mais elle a quitté la police après des faits de violence contre elle commis par son compagnon, lui-même flic. Mais aucun de ses collègues ne l’a crue... Tous sauf un, Danny, qui fait justement appel à elle à l’occasion d’une affaire de meurtre. Alice se verra alors engagée dans la traque d’une redoutable tueuse en série. 

Furious est une série choc, haletante et trouble, assez dérangeante mais passionnante, qui aborde de façon originale la question des violences faites aux femmes et des réseaux de pédocriminalité. C’est une histoire qui évidemment résonne de manière particulière avec l’affaire Epstein… ce qui ne fait qu’ajouter une impression de réalisme glaçant à la série. 

Dès le premier épisode, on connaît l’identité de la tueuse en série même si on ne connaît pas encore ses motivations. Tout au long de la série, on suivra donc le double fil narratif de l’enquête menée par Alice et des meurtres vengeurs de la tueuse. Et on en apprendra plus sur les violences que l’une et l’autre ont subies… 

Derrière ce récit de vengeances, il s’agit bien d’évoquer les traumatismes des violences subies par des femmes, et la nécessité de faire face aux au passé pour le surmonter…Sur un sujet extrêmement lourd, la série propose un mélange étonnant de sordide, de violence, et d’humour noir grinçant. 

Ce qui est certain, c’est que le récit tient en haleine. Il fournit son lot de rebondissements et de révélations inattendues, obéissant pleinement au genre des séries avec leurs cliffhanger. C’est redoutablement efficace et on veut vraiment savoir comment ça se termine. Du reste, le dénouement ne déçoit pas. Il est bien dans l’esprit du récit. 

Il s’agit d’une série pour public averti, à ne pas mettre devant n’importe quels yeux… Non seulement pour le sujet, mais aussi pour son atmosphère trouble et son propos dérangeant, jusqu’à la dernière image. Mais il s’en dégage une force indéniable. Et cela grâce aussi aux performances impressionnantes des deux actrices principales, Emmy Rossum dans celui d’une agent du FBI largement cabossée par la vie et surtout par les hommes, et plus encore peut-être Lola Petticrew (déjà remarquée dans l’excellente série Ne dis rien), assez hallucinante dans le rôle complexe et tourmenté d'une serial killer vengeresse, froide et manipulatrice.

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Furious, une série créée par Elizabeth Meriwether
avec Emmy Rossum, Lola Petticrew, Quincy Tyler Bernstine
disponible sur Disney+

mercredi 12 août 2026

Sugar (saison 2) : On n'est pas au bout de nos surprises...

 

John Sugar est de retour, avec son costume impeccable et son flegme à toute épreuve. On retrouve le charme singulier de la série, avec toujours ce côté vintage, ses références aux films noirs et au cinéma noir et blanc de Hollywood, ce ton mélancolique qui accompagne les enquête d’un détective pivé opiniâtre. Il se lance dans une nouvelle enquête, à la recherche du frère d'un boxeur en pleine ascension, une enquête qui va le confronter à un complot d'une ampleur insoupçonnée.  

Évidemment, on n’a plus l'énorme effet de surprise du génial twist aux deux-tiers de la saison 1. Je vais m’efforcer de limiter ici au maximum les risques de spoiler… mais disons simplement qu’à la fin de la saison 1, nous connaissons la véritable identité de John Sugar. Et ce n’est pas du tout celle qu’on pouvait penser. D’ailleurs, en regardant la saison 2, on peut avoir un petite frustration en ayant l’impression que cette dimension du récit n’est pas vraiment développée… mais en même temps, c’est aussi une originalité de la série que de considérer cette identité cachée comme un aspect presque secondaire de l'intrigue, pour se centrer sur la personnalité solitaire, en quête d’elle-même, de Sugar, qui se voit au fil de cette deuxième saison devenir de plus en plus humain (et ça n’est pas forcément une qualité en l'occurrence). 

Mais c’est sans compter avec le dernier épisode de la saison, qui rebat les cartes de manière inattendue et jette une lumière nouvelle sur l’histoire qui nous a été racontée, tout en ouvrant des perspectives assez excitantes pour la saison 3 d’une série qui n’a pas fini de nous surprendre. 

Sugar est vraiment une série attachante, par son caractère inclassable, son ton singulier, les surprises qu’elle nous réserve, et le personnage central incarné de manière parfaite par Colin Farrell. 

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Sugar (saison 2), une série créée par Mark Protosevich
avec Colin Farrell, Jin Ha, Laura Donnelly
Disponible sur Apple TV