samedi 30 mai 2026

For All Mankind (saison 5) : Vers Mars et au-delà


Pour sa cinquième, et avant-dernière saison, le récit uchronique de For All Mankind se rapproche de plus en plus de notre époque. Nous sommes désormais en 2012 et Happy Valley, la colonie terrienne sur Mars, s’est considérablement développée, grâce notamment à l’astéroïde capturé en orbite autour de Mars lors de la saison précédente. Mais les enjeux économiques et commerciaux créent des tensions, alors que les habitants de Mars aspirent de leur côté à leur indépendance par rapport à la Terre. 

La série poursuit donc son récit aux enjeux géopolitiques nombreux, qui font écho à l’histoire telle que nous la connaissons. En l'occurence ceux des enjeux économiques liées à certaines ressources, et aux conflits qui leurs sont liés, ceux des politiques d'ingérences et des aspirations d'indépendance. 

En parallèle, la série poursuit aussi son versant scientifique, avec la poursuite de l’exploration du système solaire et la recherche de vie sur une autre planète que la terre. La série garde une foi intacte en la science, perçue comme vecteur de paix et source d’espoir pour l’humanité… 

Avouons-le, For All Mankind a quand même un peu perdu de son aura. C'est peut-être aussi lié au fait que la plupart des personnages de la première saison ont disparu. Il reste encore Margo, en prison, et Ed Baldwin sur Mars, âgé et malade… mais certainement pas résigné ! Sans trop spoiler, disons que cette saison va lui offrir une belle fin, très émouvante, une sortie réussie pour un des personnages essentiels de la série. Et il ne sera pas le seul à mourir dans cette saison… 

Il n’en demeure pas moins qu'il s'agit encore de l'une des meilleures séries SF actuelles, avec une uchronie ambitieuse, qui continue à se développer à l’échelon de l’humanité entière, jusqu’à Mars et au-delà. Ce n’est pas rien !

La sixième saison sera la dernière. Ce qui n’est pas étonnant puisque nous arriverons, la dernière image de la saison 5 le confirme, dans les années 2020. L’uchronie nous aura alors pratiquement rejoint et il sera temps de dire au revoir à une série qui aura fait date. 

-------
For All Mankind (saison 5), une série créée par Ronald D. Moore, Ben Nedivi et Matt Wolpert
avec Toby Kebbell, Joel Kinnaman, Mireille Enos
Disponible sur Apple TV

jeudi 28 mai 2026

The Testaments : La dystopie patriarcale sous un autre angle

Plusieurs années après la fin des événements racontés dans The Handmaid’s Tale, The Testaments nous propose une nouvelle immersion à Gilead. Hannah, la fille de June Osborne, a grandi et se nomme désormais Agnès. Elle ne sait rien de ses origines. Elle a rejoint la prestigeuse école de Tante Lydia, qui forme des jeunes filles pour qu’elles deviennent des épouses modèles, c’est-à-dire totalement dévouées à leur mari (qu’on choisira pour elles). On va lui confier une jeune fille nouvellement arrivée dans l’école et prénommée Daisy. Cette dernière est en réalité une jeune fille infiltrée pour le compte de Mayday, l’organisation qui lutte en secret contre Gilead. 

J’ai commencé à regarder la série avec un peu de méfiance. The Handmaid’s Tale, dont la nouvelle série est un spin-off, avait démarré avec une première saison passionnante, mais avait eu du mal au fil des saisons à tenir la route, finissant un peu par tourner en rond. La dernière saison avait toutefois réussi à remonter la barre et offrir une conclusion satisfaisante à la série. 

The Testaments est finalement une bonne surprise. Le changement de point de vue renouvelle la perception de cette société dystopique terrifiante, d’autant plus inquiétante qu’elle n’est pas sans écho avec certaines réalités qui émergent aujourd’hui. 

On découvre cette glaçante société ultra-patriarcale de l’intérieur, aux côtés de jeunes filles qui n’ont connu que celan endoctrinées et formatées pour devenir des épouses soumises. Le personnage principal est Agnès. Mais le récit s’articule aussi autour de deux autres personnages. Daisy, qui découvre Gilead d'un oeil exétérieur, mais aussi, dans une moindre mesure, tante Lydia, qu’on apprend à connaître sous un autre jour. Elle est le seul personnage qui revient après The Handmaid’s Tale (à part quelques courtes, mais importantes, apparitions de June Osborn). 

The Testaments est au final un teen-drama réussi, un récit d’apprentissage mâtiné d’espionnage qui tient en haleine, avec une esthétique très travaillée. Le final permet d’envisager une suite plutôt prometteuse.

-------
The Testaments, une série créée par Bruce Miller (II)
avec Chase Infiniti, Lucy Halliday, Mabel Li

Margo a des problèmes d'argent : Une dramédie bien de son époque

 

Margo, étudiante brillante, se retrouve enceinte à la suite d’une relation avec son professeur de littérature, par ailleurs marié. Désormais jeune mère célibataire, elle est incapable de faire face aux factures qui s’accumulent. Elle découvre alors un moyen facile de gagner un peu d’argent : OnlyFans. Petit à petit, elle va mettre sa créativité au service de vidéos sexy kitsch qui rencontrent un certain succès… 

Au premier abord, le pitch de la série pourrait faire craindre une histoire un peu scabreuse. En réalité, c’est bien plus fin que cela. Bien sûr, la série est piquante, un peu provocatrice, en tout cas décalée et surprenante, avec ses personnages atypiques. Car autour de Margo, il y a sa colocataire fan de cosplay, sa mère immature, sur le point de se remarier avec un homme bien sous tout rapport, et un père ex-catcheur au cœur tendre. Le tout avec un casting XXL puisque Margo est incarnée par une épatante Elle Fanning, sa mère par Michelle Pfeiffer et son père par Nick Offerman. Sans oublier Nicole Kidman en surprenante avocate, elle aussi ex-catcheuse. 

La série est souvent sur le fil du rasoir, refusant de porter un jugement moral sur les choix de son héroïne, sans pour autant tomber dans un angélisme béat. C’est une dramédie bien de son époque, à l’humour incisif et au regard plein d’empathie sur ses héros qui font comme ils peuvent pour s’en sortir, des personnages finalement assez complexes. C’est un récit qui aborde des questions comme la parentalité, sous plusieurs angles, la précarité de la jeunesse et la débrouille, au risque de jouer avec les limites, le rapport au corps et à l’intimité, les réseaux sociaux et la monétisation des contenus… 

-------
Margo a des problèmes d'argent, une série créée par David E. Kelley
avec Elle Fanning, Nick Offerman, Michelle Pfeiffer
disponible sur Apple TV

lundi 25 mai 2026

Rooster : La série feel-good au coeur tendre

 

Greg Russo est un écrivain à succès de romans d’aventure, surnommé Rooster, du nom du héros de ses romans. Il est engagé pour un semestre par une université pour y enseigner l’écriture, université dans laquelle sa propre fille enseigne, et qui vient d’être quittée par son mari (lui aussi professeur) pour une étudiante… 

Rooster, la nouvelle série feel-good de Bill Lawrence (cette fois avec Matt Tarses) s’est terminée récemment sur HBO max. Il faut avouer qu’il est un maître actuel du genre, après Ted Lasso et Shrinking (les deux sur Apple TV). On y retrouve cet optimisme toutefois teinté de mélancolie qui caractérise ces séries… ça peut paraître contradictoire, et pourtant c’est vraiment l’effet que produit ces séries douces-amères et pourtant bienfaisantes. 

Au cœur de l’intrigue, il y a la relation, un peu compliquée mais forte, entre un père (divorcé) et sa fille (qui vient de se séparer de son mari). Ca peut paraître, comme ça, un peu déprimant mais il n’en est rien. En réalité, c’est surtout un prétexte pour explorer avec facétie les relations père-fille, celle avec des ex, les relations amoureuses compliquées, la crise de la cinquantaine, etc. Et ça fonctionne à merveille, grâce à une écriture ciselée des dialogues et des personnages tout de suite attachants. 

L’atout majeur de la série, c’est Steve Carell. Avec Rooster, on retrouve tout ce qu’on aime chez l’acteur de The Office, dans un personnage drôle et attendrissant, à la fois vif et fragile. Charly Clive, que je ne connaissais pas, est pour moi une révélation dans le rôle de Katie, la fille de Greg. Son duo avec Steve Carell fonctionne à merveille.

Par ailleurs, il faut ajouter qu’il s’agit d’une série chorale, avec de nombreux personnages… en général tout à fait savoureux. Mes préférés sont peut-être Walter, le président un peu barré de l’université et grand amateur de sauna, joué par un hilarant John C. McGinley, et Donnie, le flic un peu lunaire, complètement à côté de ses pompes (et qui perd toujours son arme de service…), incarné par Rory Scovel. Mais il y en a plein d’autres. Et on se réjouit de pouvoir les retrouver dans une prochaine saison 2, d’ores et déjà annoncée par HBO !

-------
Rooster, une série créée par Bill Lawrence et Matt Tarses
avec Steve Carell, Chatly Clive, Phil Dunster
Disponible sur HBO max

The Boys (saison 5) : La série trash finit par faire pschitt

 

Pour son ultime saison, la série continue de faire dans le trash et le politiquement incorrect. Il y a toujours autant de violence et d’outrances, toujours autant d’hémoglobines et autres fluides, toujours autant d’humour noir et caustique, toujours autant de contenu ouvertement politique et cynique. Si vous ne pouvez pas faire la part des choses et prendre du recul, passez votre chemin !

D’autant que, comme c’est une saison finale, la série lâche toute la sauce ! Le délire messianique de Homelander, qui atteint son paroxysme dans cette saison finale, ne peut pas être sans écho avec une certaine actualité en Amérique… Le mélange délétère de la politique et de la religion atteint un sommet, avec la création de The Democratic Church of America. Sans doute la meilleure idée scénaristique de la saison. 

Pour autant, je ne peux pas cacher ma déception. On a quand même l’impression de tourner un peu en rond, jusqu’à un épisode final qui peine à convaincre, avec un dénouement que j'ai trouvé bâclé. Les espoirs d’un renouveau éventuel grâce à l’intégration de personnages issus du spin-off Gen V sont déçus : Marie Moreau et ses amis n’apparaissent presque pas dans l’histoire, et sans véritable incidence sur l’intrigue... Dommage.

The Boys, qui avait fait sensation pour sa première saison, et confirmé avec sa saison 2, n’a pas tenu la distance, selon moi. 

-------
The Boys (saison 5), une série créée par Eric Kripke
avec Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr
Disponibles sur Amazon Prime Video