vendredi 9 octobre 2026

A l'est d'Eden : Choisir entre le bien et le mal

70 ans après le film d’Elia Kazan, avec James Dean, sa petite-fille, Zoe Kazan adapte le roman de Steinbeck à l’écran, dans le format d’une série en 7 épisodes d’une heure. Ce format lui permet de ne pas limiter son récit à une petite partie du roman, comme l’avait fait son aïeul, mais d’embrasser toute l’intrigue du livre de Steinbeck, qui s’étend sur une cinquantaine d’années. 

La série opère toutefois des choix, comme l’option narrative de se concentrer sur la famille Trask, et surtout de faire de Cathy le personnage principal de l’histoire. C’est avec son arrivée, dans un piteux état, auprès d’Adam et Charles que le récit commence. La série fait de Cathy un personnage plus nuancé, ambigu et tourmenté, que dans le livre, ce qui n’atténue en rien le mal qu’elle représente et auquel elle succombe. La série redonne aussi toute sa place à Lee, absent de l’adaptation au cinéma. Un beau personnage qui incarne la sagesse et la conscience morale de l’histoire. 

A l'est d'Eden est une vaste épopée familiale aux accents bibliques, avec en arrière-plan la figure de Caïn et Abel, les deux frères ennemis. Une histoire dure, assez terrible, où des personnages complexes, tourmentés ou abîmés, luttent contre la part d’ombre en eux-mêmes, et se battent contre la fatalité et la tentation du mal. 

Remarquablement mis en scène, dans une reconstitution impressionnante de l’époque, les sept épisodes de cette grande fresque s’écoulent, portés par un vrai souffle. La qualité du casting n’est pas étrangère à la réussite de la série, dans laquelle Florence Pugh brille de mille feux, terrible et fragile à la fois, dans un rôle intense et vénéneux. 

Bien que l’histoire se déroule il y a plus d’un siècle, elle reste d’une grande actualité : les questions qu’elle pose, sur le bien et le mal, la liberté et la responsabilité, la filiation et l’héritage, gardent toute leur force, le cœur humain n’ayant guère changé. Une telle adaptation en série offre une belle porte d’entrée vers ce chef-d'œuvre de la littérature américaine. 

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A l'est d'Eden, une série créée par Zoe Kazan
avec Florence Pugh, Christopher Abbott, Hoon Lee

jeudi 8 octobre 2026

Ted Lasso (saison 4) : Un temps additionnel agréable mais pas indispensable

 

Ted Lasso, la série feel-good dans le petit monde du football, c’était fini en 2023. Coach Ted était retourné aux États-Unis après avoir emmené le RC Richmond vers le succès, laissant à Roy Kent les rênes de l’équipe. 

Personne n’attendait une suite, jusqu’à l’annonce d’une saison 4 surprise. Le coach à la moustache est donc de retour en Angleterre, mais cette fois c’est pour entraîner la nouvelle équipe féminine de Richmond ! Il va retrouver son vieux complice coach Beard comme assistant, et une nouvelle, la coach Alice qui peine à faire face et à mener l’équipe. 

Alors, que penser de ce temps additionnel pour la série ? 

Disons d’abord que, même si cette saison 4 n’était certainement pas nécessaire, on ne boude pas son plaisir de retrouver des personnages auxquels on s’était attaché, et le ton bienveillant et optimiste de la série. Le personnage d’Alice est probablement celui qui apporte le plus de nouveauté, par sa trajectoire au fil du récit. Ted Lasso sait encore mettre du baume au cœur et un sourire sur les lèvres. 

Pour autant, on ne peut pas dire que la série parvient à retrouver toute l’alchimie des premières saisons. La série a un peu de mal à trouver son rythme, et le passage du côté de l’équipe féminine n’apporte pas la plus-value attendue : elle ne fait qu’effleurer des problématiques féministes qui auraient été intéressantes à développer. Enfin, la saison se termine avec un dernier épisode un peu trop tire-larmes à mon goût. 

Le sentiment global est donc mitigé. Malgré de bons moments, on ressort de cette nouvelle saison surprise un peu frustré. On évite la relégation mais on termine seulement en milieu de tableau...

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Ted Lasso (saison 4), une série crée par Bill Lawrence et Jason Sudeikis
avec Jason Sudeikis, Hannah Waddingham, Jeremy Swift
Disponible sur APple TV

mardi 6 octobre 2026

Lanterns : Du buddy-movie au thriller

 
Nous sommes en 2016. Hal Jordan est depuis plusieurs années le Green Lantern désigné pour la Terre. Il tire son pouvoir de l’anneau qui lui a été confié par les Gardiens. Mais le super-héros est plutôt imprévisible. On lui confie alors la formation d’une jeune recrue, John Stewart, envers lequel il ne met pas beaucoup d’entrain dans son travail de mentor. Ensemble, ils doivent enquêter sur une fusillade à Rushville, une petite ville du Nebraska, où des extraterrestres ont été abattus par une milice locale.

Lanterns est une série de super-héros qui mélange les genres. Elle commence comme une sorte de buddy-movie, en détournant les codes mais avec une bonne dose d’humour. Elle évolue en intrigue policière et en récit initiatique, et devient de plus en plus sombre et tourmentée. Et elle parvient à se terminer de façon émouvante.

Il n’est pas nécessaire d’être familier de l’univers de DC pour suivre l’histoire mais pour les connaisseurs, elle ouvre des perspectives intéressantes pour la suite. La série s’insère de manière cohérente au DC Universe, en particulier dans sa façon de relier l’histoire au Green Lantern déjà croisé dans Superman et Peacemaker : l’arrogant Guy Gardner, avec sa coupe au bol et sa dent en or. 

L’histoire navigue entre plusieurs périodes, pour construire un récit relativement complexe mais qui reste facile à suivre. L’intrigue globale tient la route, avec son lot de rebondissements et de surprises. La série propose des personnages savoureux : le duo formé par Hal et John évidemment, avec un Kyle Chandler insupportable et donc irrésistible, et un Aaron Pierre hiératique, mais aussi Kerry (incarnée par l’excellente Kelly Macdonald), la shérif de la ville, qui est un des personnages les plus intéressants du programme. 

Les scènes de bravoure sont là, mais Lanterns n'est pas une série d'action. Certains la trouveront peut-être un peu bavarde mais elle est avant tout un thriller psychologique, assez souvent introspectif, avec, en arrière-plan, des thématiques nombreuses, autour des minorités, du racisme, de l’héritage et de la transmission, du destin et du devoir. 

Adaptation intelligente et originale de l'univers DC, Lanterns confirme donc tout l’intérêt du nouvel univers piloté par James Gunn. 

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Lanterns, une série créée par Damon Lindelof, Chris Mundy et Tom King
avec Kyle Chandler, Aaron Pierre, Kelly Macdonald

vendredi 25 septembre 2026

Surveillant ! : Bras cassés en uniforme

A la maison d’arrêt de Chenoise, la directrice idéaliste doit composer avec une équipe de surveillants… perfectible. Mais elle reste positive. Toujours. 

Surveillants ! est une série comique et absurde dans le milieu carcéral dont la filiation est évidente avec The Office, tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, il s’agit d’un vrai faux documentaire qui suit le quotidien d’une équipe de surveillants, tous des bras cassés. On retrouve les regards gênés ou complices à la caméra, les scènes en aparté, et la galerie de personnages caricaturaux, tous plus pitoyables les uns que les autres, mais pour autant attachants. 

Parmi ces personnages, on retrouve Audrey Lamy en équivalente de Steve Carell, dans une posture problématique et malaisante, toujours à vouloir materner ses détenus. Surtout quand son propre fils arrive en prison. Il y a aussi Jean-Pascal Zadi en surveillant cool et je m’en foutiste, Benjamin Tranié en lèche-botte arriviste et psychorigide, et Eva Huault truculente en jeune surveillante qui veut faire ses preuves. On croise aussi quelques guests savoureux (François Damiens, Ramzy Bedia, Hakim Jemili…) Bref, un casting réjouissant. 

Certes, tous les gags ne fonctionnent pas aussi bien les uns que les autres. Il y a un peu de déchet. Mais c’est inévitable dans ce genre de série ! Pour ma part, je me suis dans l’ensemble vraiment amusé, et j’ai même ri souvent de bon cœur. Avec 8 épisodes de moins de 30 minutes, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Et on prolongerait bien la peine avec une saison 2 !

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Surveillant !, une série créée par John Wax et Gauthier Plancquaert
avec Audrey Lamy, Jean-Pascal Zadi, Benjamin Tranié

lundi 21 septembre 2026

Camarades : Utopie foutraque à la Fac

Dans la foulée de Mai 68, l’Etat français imagine une solution innovante pour tenter de canaliser la vague révolutionnaire : créer de toutes pièces, en quelques mois, une université expérimentale, ouverte à toutes et tous, loin des pavés parisiens, en plein bois de Vincennes, en y plaçant comme professeurs de grands intellectuels de l’époque. Mais il faut surveiller tout cela… Claudine, une prostituée, maîtresse d’un policier, accepte d’infiltrer pour les RG ce “nid de gauchistes”. Elle parvient à être intégrée dans un groupe révolutionnaire… mais commence à se prendre au jeu de l’université de Vincennes. 

Camarades est une étonnante mini-série qui nous plonge dans l’effervescence de l’expérimentation du campus de Vincennes, une université en autogestion, où les cours se donnent partout sauf en amphithéâtres, où se multiplient les groupes révolutionnaires communistes, trotskistes ou maoïstes, mais qui voit aussi se développer les revendications féministes qui donneront naissance au MLF. 

La série propose d'abord un regard amusé, plein d’ironie sur les excès idéalistes de cette période, les grands discours révolutionnaires et l’hypocrisie qui pouvait s’y rattacher. Mais elle fait preuve aussi de tendresse envers ses personnages, interprétés par un casting impeccable où se côtoient acteurs et actrices connus ou presque inconnus. Et petit à petit, le récit se teinte de nostalgie, pour se terminer même dans un élan presque lyrique (écho inquiet à certaines réalités politiques et sociales d’aujourd’hui).  

A l’image de son sujet, la série est un peu foutraque (et donc un peu inégale selon les épisodes), mais inventive et surprenante. Il y a même un des épisodes qui se présente comme une véritable comédie musicale ! Ludique, le récit intègre aussi de nombreuses images d’archive, qui se mélangent avec malice aux images de la série. Parfois certains personnages de la série sont eux-mêmes intégrés aux images d’archives, interagissant avec Bourdieu ou Lacan par exemple. 

Camarades est donc une série singulière et originale. Un joyeux bordel utopique, teinté de mélancolie. 

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Camarades, une série créée par Benjamin Charbit
avec Manon Kneusé, Pierre-François Garel, Lulja Comar
Disponible sur Arte.tv