mardi 6 octobre 2026

Lanterns : Du buddy-movie au thriller

 
Nous sommes en 2016. Hal Jordan est depuis plusieurs années le Green Lantern désigné pour la Terre. Il tire son pouvoir de l’anneau qui lui a été confié par les Gardiens. Mais le super-héros est plutôt imprévisible. On lui confie alors la formation d’une jeune recrue, John Stewart, envers lequel il ne met pas beaucoup d’entrain dans son travail de mentor. Ensemble, ils doivent enquêter sur une fusillade à Rushville, une petite ville du Nebraska, où des extraterrestres ont été abattus par une milice locale.

Lanterns est une série de super-héros qui mélange les genres. Elle commence comme une sorte de buddy-movie, en détournant les codes mais avec une bonne dose d’humour. Elle évolue en intrigue policière et en récit initiatique, et devient de plus en plus sombre et tourmentée. Et elle parvient à se terminer de façon émouvante.

Il n’est pas nécessaire d’être familier de l’univers de DC pour suivre l’histoire mais pour les connaisseurs, elle ouvre des perspectives intéressantes pour la suite. La série s’insère de manière cohérente au DC Universe, en particulier dans sa façon de relier l’histoire au Green Lantern déjà croisé dans Superman et Peacemaker : l’arrogant Guy Gardner, avec sa coupe au bol et sa dent en or. 

L’histoire navigue entre plusieurs périodes, pour construire un récit relativement complexe mais qui reste facile à suivre. L’intrigue globale tient la route, avec son lot de rebondissements et de surprises. La série propose des personnages savoureux : le duo formé par Hal et John évidemment, avec un Kyle Chandler insupportable et donc irrésistible, et un Aaron Pierre hiératique, mais aussi Kerry (incarnée par l’excellente Kelly Macdonald), la shérif de la ville, qui est un des personnages les plus intéressants du programme. 

Les scènes de bravoure sont là, mais Lanterns n'est pas une série d'action. Certains la trouveront peut-être un peu bavarde mais elle est avant tout un thriller psychologique, assez souvent introspectif, avec, en arrière-plan, des thématiques nombreuses, autour des minorités, du racisme, de l’héritage et de la transmission, du destin et du devoir. 

Adaptation intelligente et originale de l'univers DC, Lanterns confirme donc tout l’intérêt du nouvel univers piloté par James Gunn. 

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Lanterns, une série créée par Damon Lindelof, Chris Mundy et Tom King
avec Kyle Chandler, Aaron Pierre, Kelly Macdonald

vendredi 25 septembre 2026

Surveillant ! : Bras cassés en uniforme

A la maison d’arrêt de Chenoise, la directrice idéaliste doit composer avec une équipe de surveillants… perfectible. Mais elle reste positive. Toujours. 

Surveillants ! est une série comique et absurde dans le milieu carcéral dont la filiation est évidente avec The Office, tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, il s’agit d’un vrai faux documentaire qui suit le quotidien d’une équipe de surveillants, tous des bras cassés. On retrouve les regards gênés ou complices à la caméra, les scènes en aparté, et la galerie de personnages caricaturaux, tous plus pitoyables les uns que les autres, mais pour autant attachants. 

Parmi ces personnages, on retrouve Audrey Lamy en équivalente de Steve Carell, dans une posture problématique et malaisante, toujours à vouloir materner ses détenus. Surtout quand son propre fils arrive en prison. Il y a aussi Jean-Pascal Zadi en surveillant cool et je m’en foutiste, Benjamin Tranié en lèche-botte arriviste et psychorigide, et Eva Huault truculente en jeune surveillante qui veut faire ses preuves. On croise aussi quelques guests savoureux (François Damiens, Ramzy Bedia, Hakim Jemili…) Bref, un casting réjouissant. 

Certes, tous les gags ne fonctionnent pas aussi bien les uns que les autres. Il y a un peu de déchet. Mais c’est inévitable dans ce genre de série ! Pour ma part, je me suis dans l’ensemble vraiment amusé, et j’ai même ri souvent de bon cœur. Avec 8 épisodes de moins de 30 minutes, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Et on prolongerait bien la peine avec une saison 2 !

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Surveillant !, une série créée par John Wax et Gauthier Plancquaert
avec Audrey Lamy, Jean-Pascal Zadi, Benjamin Tranié

lundi 21 septembre 2026

Camarades : Utopie foutraque à la Fac

Dans la foulée de Mai 68, l’Etat français imagine une solution innovante pour tenter de canaliser la vague révolutionnaire : créer de toutes pièces, en quelques mois, une université expérimentale, ouverte à toutes et tous, loin des pavés parisiens, en plein bois de Vincennes, en y plaçant comme professeurs de grands intellectuels de l’époque. Mais il faut surveiller tout cela… Claudine, une prostituée, maîtresse d’un policier, accepte d’infiltrer pour les RG ce “nid de gauchistes”. Elle parvient à être intégrée dans un groupe révolutionnaire… mais commence à se prendre au jeu de l’université de Vincennes. 

Camarades est une étonnante mini-série qui nous plonge dans l’effervescence de l’expérimentation du campus de Vincennes, une université en autogestion, où les cours se donnent partout sauf en amphithéâtres, où se multiplient les groupes révolutionnaires communistes, trotskistes ou maoïstes, mais qui voit aussi se développer les revendications féministes qui donneront naissance au MLF. 

La série propose d'abord un regard amusé, plein d’ironie sur les excès idéalistes de cette période, les grands discours révolutionnaires et l’hypocrisie qui pouvait s’y rattacher. Mais elle fait preuve aussi de tendresse envers ses personnages, interprétés par un casting impeccable où se côtoient acteurs et actrices connus ou presque inconnus. Et petit à petit, le récit se teinte de nostalgie, pour se terminer même dans un élan presque lyrique (écho inquiet à certaines réalités politiques et sociales d’aujourd’hui).  

A l’image de son sujet, la série est un peu foutraque (et donc un peu inégale selon les épisodes), mais inventive et surprenante. Il y a même un des épisodes qui se présente comme une véritable comédie musicale ! Ludique, le récit intègre aussi de nombreuses images d’archive, qui se mélangent avec malice aux images de la série. Parfois certains personnages de la série sont eux-mêmes intégrés aux images d’archives, interagissant avec Bourdieu ou Lacan par exemple. 

Camarades est donc une série singulière et originale. Un joyeux bordel utopique, teinté de mélancolie. 

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Camarades, une série créée par Benjamin Charbit
avec Manon Kneusé, Pierre-François Garel, Lulja Comar
Disponible sur Arte.tv

mardi 15 septembre 2026

The Gentlemen (saison 2) : Gangsters au sang bleu

Guy Ritchie nous replonge dans les bas-fonds de l’aristocratie britannique, avec une deuxième saison de The Gentlemen toujours aussi explosive, mais franchement plus sombre.

Après avoir hérité malgré lui d’une florissante entreprise clandestine de cannabis, et après avoir découvert avec réticence les règles du milieu criminel, Eddie Horniman y a pris goût. Le Duc cherche désormais à étendre son empire, jusqu’en Italie. 

Même si l’humour noir et so british est toujours bien présent dans la série, il est toutefois moins déjanté. Il faut dire qu'on passe moins de temps avec le personnage de Freddy... La saison 2 est plus sombre, elle l’est même de plus en plus au fur et à mesure du récit, illustrant l’engrenage implacable de la convoitise et de la vengeance, cette dernière devenant petit à petit le moteur principal d’Eddie. Au risque de tout perdre, y compris une partie de lui-même… 

Par ailleurs, le récit est, ironiquement, largement émaillé de références bibliques, notamment aux deux frères Jacob et Esaü et leur histoire tourmentée, mais aussi en conférant au personnage central d’Eddie une figure christique, d’une nature bien particulière quand même… 

À l’issue de cette saison, alors qu’une troisième saison est déjà commandée, une question demeure : jusqu’où Eddie est-il prêt à aller ? À en juger par les dernières images, la réponse risque d’être sanglante…


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The Gentlemen (saison 2), une série créée par par Guy Ritchie et Matthew Read
avec Theo James, Kaya Scodelario, Daniel Ings
Disponible sur Netflix

vendredi 4 septembre 2026

Silo (saison 3) : Dystopie glaçante aux résonances contemporaines

 

La saison 3 de Silo vient de se terminer sur Apple TV. En attendant la quatrième et dernière saison à venir, on fait le point. 

Petit rappel sans spoiler : la série se déroule dans le futur. Après une catastrophe d’ampleur mondiale, quelques milliers d’êtres humains survivants vivent cloîtrés dans un immense silo qui s’enfonce dans le sol. Tout est minutieusement organisé et contrôlé, de manière très stricte, officiellement pour préserver l’humanité jusqu’à ce qu’il soit possible, à une période indéterminée, de ressortir à l’air libre… 

Il a fallu, particulièrement dans cette troisième saison, prendre quelques libertés par rapport aux livres. Je les ai lus il y a quelques années et je ne me souviens pas de tout en détail mais il est évident qu’il y a des différences sensibles. Et c’est heureux ! En effet, la narration des trois volumes de la trilogie écrite par Hugh Howey ne se prête pas du tout, telle quelle, à la narration d’une série. L’important est de savoir si le récit fonctionne à l’écran et je trouve que c’est vraiment le cas. La particularité de cette saison 3 est la coexistence de deux arcs narratifs, à deux périodes différentes, celle des silos au temps de Juliette Nichols mais aussi celle des origines des silos, à peine esquissée en saison 2. Les deux arcs narratifs finissent par se rejoindre dans la dernier épisode de la saison, de manière assez brutale (la longue séquence introductive de l’épisode final de la saison est terriblement glaçante) mais réussie. Plusieurs questions trouvent une réponse dans cette saison 3... mais tout n'est pas encore résolu !

Ce qui fonctionne toujours aussi bien, c’est l’univers visuel de la série, qui parvient à retranscrire à l’image l’univers claustrophobique et dystopique des romans. Plus que jamais la série développe ses dimensions socio-politiques, autour de thèmes aux résonnances contemporaines : l’autoritarisme et la surveillance, la résistance et la soumission, la désinformation et la manipulation de masse... qui passent aussi par une réécriture de l'histoire et l'oubli. Avec dans cette saison une intégration plutôt maligne de l’IA. Et ces thèmes s'accentuent encore lorsqu’on en apprend plus sur les origines des silos…  

Bref, Silo demeure sans aucun doute une des meilleures séries SF actuelles, une réussite de plus au catalogue décidément qualitatif d’Apple TV. 

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Silo (saison 3), une série créée par Graham Yost
avec Rebecca Ferguson, Common, Alexandria Riley
Disponible sur Apple TV+