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vendredi 12 janvier 2024

For all Mankind : une série toujours aussi enthousiasmante

 

La saison 4 de la série vient juste de se terminer sur Apple TV+. Petit rappel du pitch de la série Il s’agit d’une uchronie qui imagine ce qu’aurait pu être l’histoire de l’humanité si les premiers à avoir envoyé un homme sur la Lune en 1969 n’était pas les américains mais les russes. A partir de là, tout s’enchaîne de manière différentes de notre histoire…

Avec la saison 4, nous sommes en 2003. L’humanité est désormais bien installée sur Mars, et on repère un astéroïde se dirigeant en direction de la planète rouge et qui pourrait bien changer la donne. Il est en effet constitué de minéraux rares extrêmement précieux, une véritable mine d’or qu’il ne faut pas laisser passer. Le défi est de trouver comment capturer l’astéroïde pour exploiter ses ressources inestimables… Pour y arriver, l’humanité va devoir se montrer unie et collaborer… mais les choses ne sont pas si simples puisque l’URSS, qui existe toujours, vient de retrouver un régime autoritaire. 

A Happy Valley (le nom de la colonie humaine sur Mars), c’est une micro-société humaine qui s’est installée. Et si, officiellement, les nations de la terre sont unies, des tensions politiques demeurent. Loin de construire une colonie idéale, Happy Valley a tendance à reproduire sur Mars les inégalités et les injustices sociales qu’on rencontre sur Terre… La nature humaine ne change pas sur le sol martien ! S’ajoute à cela un enjeu nouveau : la capture de l’astéroïde va-t-elle servir les intérêts de la Terre ou ceux de Mars ? Tout cela permet à la série de nous raconter une histoire qui évoque des thèmes proches de nos préoccupations, alors même que le cours de l’histoire humaine s’y est écarté de la nôtre.

Ils ne sont plus qu’une poignée de personnages présents depuis la saison 1 (et on s’est particulièrement attachés à eux). De nouveaux arrivants font leur entrée dans la série. Alors, il faut un petit peu de temps pour que les choses se mettent en place. Il faut dire aussi qu’avec cette saison 4, on s’est passablement écarté du cours normal de l’histoire. Mais la série réussit à trouver petit à petit sa cohérence, son rythme et lorsque le coeur de l’intrigue de cette saison arrive, autour de l’astéroïde à capturer, on est happé par le récit, jusqu’à un dernier épisode tendu et haletant qui propose un final en apothéose, empreint d’émotion. Magistral !

For all Mankind demeure sans doute ma série en cours préférée, une réussite majeure qui parvient, saison après saison, à se renouveler. L’entremêlement des récits intimes et des enjeux géopolitiques est toujours très bien dosé et l’issue de l’intrigue en fin de saison est toujours incertaine, jusqu'aux derniers instants de l'épisode final. 

Et puis le petit saut dans le temps à la fin du dernier épisode, jusqu’en 2012, laisse encore entrevoir une saison supplémentaire possible. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elle soit commandée. On n’a pas du tout envie de quitter cette série… 

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For all Mankind (saison 4), une série créée par Ronald D. Moore, Ben Nedivi et Matt Wolpert
avec Joel Kinnaman, Krys Marshall, Toby Kebbell

vendredi 14 février 2020

The Expanse : la saison 4 est une réussite, on est rassuré !

Quelque 200 ans dans le futur, l'humanité a colonisé le système solaire. La Terre est dirigée par un gouvernement mondial géré par l’ONU, Mars, en pleine expansion, se place en rivale de la Terre, et les colonies de la ceinture d’astéroïdes, avec ses exploitations minières, sont un peu les laissés pour compte mais ont des velléités indépendantistes.

La série s’inspire d’une série de romans éponymes, signés James S. A. Corey. Elle était diffusée aux USA sur la chaîne Syfy (et Netflix en France) mais elle avait été arrêtée après trois saisons. Amazon a toutefois repris les droits et produit une saison 4. Et c’est heureux parce que The Expanse est incontestablement une des meilleures, sinon la meilleure série de SF pure en cours. 

La saison 1 démarrait avec l’enquête d’un détective, chargé de retrouver une jeune femme disparue, et qui va révéler une vaste conspiration qui menace la survie de l’humanité. Je ne vais pas trop en dire sur le scénario, relativement complexe et riche, avec un fond sociopolitique, une mystérieuse molécule extraterrestre extrêmement dangereuse et incontrôlable, et un équipage disparate qui va petit à petit se former, avec des terriens, des martiens et des ceinturiens, et qui constituera le groupe de héros central de la série autour duquel graviteront de nombreux personnages. On est plutôt dans le genre du Space Opera, avec ses vaisseaux spatiaux et autres objets de technologie avancée, et des effets spéciaux de qualité pour une série. On y rencontre aussi d’autres genres (enquête, aventure…), avec une bonne pincée de chronique sociale et politique (avec ses jeux de pouvoirs, conspirations, trahisons et coups fourrés).

Qu’allait donner la saison 4, après le changement de producteurs et un final spectaculaire et ouvert de la saison 3 ? Il faut avouer que  le début de la saison a besoin d’un petit peu de temps pour prendre ses marques. Mais après quelques épisodes seulement, les nouvelles intrigues sont en place, on a fait connaissance avec les nouveaux personnages et ça démarre vraiment. La saison gagne en intensité et en profondeur, elle devient passionnante. Les rebondissements s’enchaînent, jusqu’à un final, émouvant à certains égards, et qui ouvre de nouvelles pistes pour la saison 5, déjà commandée.

La saison 4 est donc un pari réussi ! The Expanse confirme son statut d’excellente série de SF. On est rassuré pour la suite… et on en redemande !

mercredi 10 mai 2017

Alien Covenant : visuellement somptueux, sombre et terrifiant

Le Covenant, un immense vaisseau spatial, transporte 2000 passagers, une quantité importante d'embryons, une quinzaine de membres d'équipage... et Walter, un androïde, indispendable pour un voyage aussi long. Leur destination : une planète lointaine qu'ils projettent de coloniser. Mais plus de 7 ans avant l'arrivée prévue, l'équipage est réveillé de son hibernation suite à une avarie. Alors qu'ils procèdent à la réparation, un curieux message leur parvient en provenance d'une planète qui s'avère être parfaitement habitable. Ils décident de changer leur plan de route et de s'y rendre. Mais ils ne savent pas à quels dangers mortels ils seront exposé et quelle rencontre les attend...

Alien Covenant est la suite de Promotheus. Ridley Scott continue d'y développer la mythologie d'Alien, et se penche sur les origines de la fameuse et terrifiante créature inventée par H.R. Giger. Cette fois le lien avec le film de 1978 est plus explicite encore que dans Prometheus : on en sait maintenant beaucoup plus sur la genèse de la créature... Même s'il reste encore bien des mystères qui seront explorés dans les prochains films déjà prévus.

Comme toujours dans les films de science-fiction de Ridley Scott, l'aspect visuel frappe en premier lieu. C'est vraiment somptueux ! Les scènes dans l'espace, l'arrivée sur la planète des Ingénieurs, leur monde mystérieux... c'est sombre mais magnifique.

D'une façon plus explicite encore cette fois, le film a une portée métaphysique évidente. La question de la mort et du néant plane sur tout le film. L'univers de Ridley Scott est fascinant mais aussi glacial, inquiétant, sans Dieu, mais pas sans quête de vie éternelle et de toute-puissance... Dès la magnifique scène d'ouverture. Elle se déroule avant même l'histoire de Prometheus, c'est un dialogue entre l'androïde David et son créateur, Peter Weyland, où il est question d'art, de création, d'origine, de mort... et de musique, avec un extrait de l'entrée des dieux au Walhalla tirée de l'Or du Rhin de Wagner. Une même musique qu'on retrouvera à la fin du film, cette fois à l'orchestre, dans un final grandiose et glaçant (mais je n'en dirai pas plus !).

Et puis, la créature terrifiante est bien-sûr là. Et d'autres êtres tout aussi dangereux. On a droit à notre dose de frayeur et d'hémoglobine, y compris avec les thorax explosés, une marque de fabrique de la franchise Alien ! Le réalisateur sait faire monter la tension et laisser la violence se déchaîner comme dans tout bon thriller SF horrifique.

Ridely Scott est un maître de la science-fiction et Alien Covenant (encore un cran au-dessus de Prometheus) en est un nouveau témoignage. A presque 80 ans, le réalisateur enrichit la mythologie Alien tout en proposant un spectacle grandiose.

mercredi 14 décembre 2016

Rogue One : A Star Wars Story. La guerre des étoiles, la vraie !

L'histoire se déroule juste avant l'épisode 4 de la saga Star Wars et raconte comment l'alliance rebelle, grâce à un petit groupe de volontaires emmenés par Jyn Erso, a réussi à dérober les plans de l'étoile de la mort, que Luke Skywalker parviendra à détruire par la suite. Rogue One est avant tout un film de guerre (dans les étoiles), très spectaculaire. Surtout dans son final assez éblouissant. Star Wars n'a jamais aussi bien porté son nom !

Tout l'univers de la saga est dans le film : les planètes exotiques, les races extra-terrestres, les pistolets laser (mais pas les sabres laser... quoique), l'influence de la force (mais sans Jedi). Et puis il y a l'alliance rebelle, avec sa base clandestine, ses dirigeants habillés comme des sénateurs antiques, sa flotte de x-wings... L'empire avec ses stormtroopers, ses croiseurs et ses chasseurs TIE, l'étoile de la mort... et Dark Vador ! Il n'apparaît pas souvent, même si son ombre plane sur le film. Mais les rares fois où il apparaît, ça en jette ! Quel plaisir de retrouver le méchant ultime sur grand écran ! D'autres personnages mythiques de la saga font de brèves apparitions (non, je ne dirai rien...) grâce notamment à la magie du numérique [spoiler] C'est le cas, par exemple, du général Tarkin, sous les trait de Peter Cushing, acteur disparu depuis 20 ans ! C'est la belle surprise du film... et franchement c'est assez bluffant ! Et puis il y a aussi un autre personnage très emblématique, à la dernière image du film... un personnage féminin qui reçoit les plans de l'étoile de la mort, si vous voyez ce que je veux dire ! [/spoiler] Pas de problème, les fans se retrouvent en terrain familier.

Et puis il y a les petits nouveaux. D'abord Jyn Erso, l'héroïne. En attendant le spin off sur la jeunesse de Han Solo, les nouveaux Star Wars continuent de mettre en évidence les personnages féminins. Et finalement, pourquoi pas ? Felicity Jones est assez convaincante dans le rôle et les autres personnages qui gravitent autour d'elle forment une équipe sympathique et bigarrée, avec une mention spéciale pour Saw Gerrera interprété par Forest Whithaker. Et puis il y a, forcément, un nouveau robot : K-2SO, sorte de version impériale reprogrammée de C-3PO, qui apporte une touche d'humour bienvenue. Du côté des méchants, Ben Mendelsohn est bien dans le rôle de Krennic... mais jamais on n'arrivera à la cheville de Dark Vador !

Quant à la musique, toujours très présente, c'est le premier Star Wars sans John Williams. Michael Giacchino s'en sort très honorablement, en s'inspirant largement du maître... mais ce n'est quand même pas du John Williams !

En tout cas, le contrat est vraiment rempli pour Gareth Edwards. Rogue One est une jolie réussite qui s'inscrit très bien dans la saga sans appeler de nouvelles suites. Un film spectaculaire et divertissant. Si les prochains spin off sont de cette qualité, on n'a pas fini de retourner avec plaisir dans cette galaxie lointaine...

dimanche 11 décembre 2016

Premier contact : un immense film de science-fiction

De mystérieux vaisseaux spatiaux, de forme oblongue, surgissent de nulle part à 12 endroits différents sur Terre., immobiles au-dessus du sol.  Mais une trappe ouverte rend possible d'y pénétrer. Le docteur Louise Banks, linguiste, est sollicitée pour entrer en contact avec les aliens et tenter de communiquer avec eux, pour comprendre leurs intentions. Mais le mystère de ces créatures et leur langage si différent du langage humain laissent perplexe. Du coup, la collaboration scientifique entre les 12 sites où se trouvent les visiteurs se fragilise, et certains pays envisagent d'utiliser la manière forte...

Premier contact, c'est vraiment un film de science-fiction comme je les aime : un scénario complexe et riche, avec une certaine portée métaphysique, des images à couper le souffle (l'arrivée en hélicoptère sur le site où se trouve le vaisseau, les scènes de communication avec les aliens...). Mais dès l'ouverture, très belle et poignante, on sent qu'on va voir un film de science-fiction pas comme les autres, où la dimension intime et l'émotion auront toute leur place. Je ne vais évidemment pas trop dévoiler de l'intrigue pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte. Disons simplement qu'elle permet de nombreux prolongements (sur l'étranger, le langage, le deuil...) et que le scénario réserve de belles surprises jusqu'au dénouement qui éclaire toute l'histoire sous un jour nouveau. Et quel final bouleversant ! De ceux qui continuent de vous hanter longtemps après la fin du film...

C'est évidemment un film référencé. On pense, forcément, à 2001 l'odyssée de l'espace (le contact avec une civilisation supérieure, les vaisseaux spatiaux rappellent les monolithes, la dimension métaphysique). Mais aussi à Rencontres du troisième type (la façon dont est filmée l'arrivée des vaisseaux spatiaux est très spielbergienne) ou Interstellar (les questions autour du temps, la dimension émotionnelle forte). Sous certains aspects, le film m'a aussi fait pensé à un autre film de Denis Villeneuve : Enemy (l'histoire déroutante pour le spectateur, les perceptions diverses de la réalité, la lumière du film). Mais Premier contact a bien une singularité, une originalité forte qui en fait un film à part.

Il faut absolument mentionner l'extraordinaire bande originale signée Johann Johannsson, qui accompagne les images à merveille, de façon puissante, mystérieuse ou éthérée. Et aussi la très belle prestation de Amy Adams dans le rôle de Louise Banks.

Premier contact est bel et bien un immense film de science fiction. A la fois original, riche, intelligent... et bouleversant. Un chef d'oeuvre !

jeudi 18 août 2016

Star Trek sans limites : du pur space opera !

Alors qu'il mène une opération de sauvetage dans une nébuleuse inexplorée, l'USS Entreprise se retrouve pris dans un guet-apens par un redoutable adversaire. Echoué sur une planète inconnue, l'équipage se retrouve éparpillé sur la planète, privé de vaisseau spatial et sans communication possible avec la base...

Les deux premiers films du reboot de Star Trek, réalisés par JJ Abrams, avaient réussi à créer un nouvel équipage de l'USS Enterprise convaincant. Abrams, toujours producteur, a laissé la main à Justin Lin (réalisateur de plusieurs Fast and Furious) et c'est une réussite. Star Trek sans limites ouvre la voie à de nouvelles aventures dans l'esprit de la série d'origine : du pur space opera ! On y retrouve tous les ingrédients nécessaires : voyages spatiaux, planètes exotiques, races extraterrestres, vocabulaire pseudo-scientifique incompréhensible, combats épiques... avec en plus les éléments incontournables de la franchise Star Trek : la téléportation et les uniformes en lycra !

La vraie bonne idée, c'est d'avoir confié le scénario à Simon Pegg (qui joue également le rôle de Scotty dans le film) qui arrive à instiller beaucoup d'humour tout au long d'un récit trépidant même si l'intrigue est très classique. Porté par une excellente bande originale épique de Michael Giascchino, Star Trek sans limites est un space opera pleinement réussi, très divertissant, à l'action trépidante et visuellement spectaculaire (magnifique Yorktown !). Que demander de plus ?

jeudi 14 juillet 2016

Le grand livre : un passionnant voyage dans le temps

J'avais découvert Connie Willis avec Black Out et All Clear, son diptyque sur le Blitz, au coeur de la deuxième guerre mondiale, chef d'oeuvre mêlant science-fiction et histoire, par le biais du voyage dans le temps. Le grand livre emploie le même procédé : au XXIe siècle, le voyage dans le temps a été découvert mais il est réservé aux historiens qui peuvent ainsi observer au plus près les différentes périodes de l'histoire. Pour éviter les paradoxes temporels, le voyage dans le temps s'auto-régule, impliquant parfois quelques décalages temporels dans les transferts. Ecrit avant Black Out et All Clear, au début des années 90, Le grand livre propose un voyage au Moyen-Âge, en pleine épidémie de peste.

C'est un roman passionnant, avec une intrigue haletante et des personnages attachants. Kivrin, jeune étudiante brillante, est transférée en 1320 pour observer la vie quotidienne au Moyen-Âge, et ce malgré les réserves de son professeur qui la trouve trop inexpérimentée. Près de 30 ans avant la grande épidémie de peste, tout devrait bien se passer, les décalages temporels restant minimes. Mais les choses se compliquent quand suite au transfert, une épidémie mystérieuse se répand dans l'université d'Oxford, au XXIe siècle. Certains pensent qu'elle est due à un virus venu du passé, peut-être à cause du transfert de Kivrin. Mais c'est impossible ! Aussi impossible qu'un décalage de 28 ans lors d'un transfert temporel. A moins que...

Le roman est construit sur deux récits en parallèle, l'un au XXIe siècle, l'autre au XIVe siècle. Deux récits d'épidémie, celle de la peste au Moyen-Âge et celle d'un virus inconnu au XXIe siècle. On y retrouve, comme dans Black Out et All Clear, le même souci minutieux de faire vivre le quotidien de personnages ordinaires au coeur d'une période troublée de l'histoire. Avec Kivrin, on découvre le quotidien d'une famille au Moyen-Âge, ses us et coutumes, ses croyances et superstitions, son hygiène (!). Dans sa deuxième partie, le roman nous fait vivre de l'intérieur l'horreur de la grande épidémie de peste, dans des pages très fortes.

La religion occupe une place importante dans le récit. Au milieu du XXIe siècle, elle a évolué de façon assez grotesque (non sans rappeler une certaine "soupe" religieuse que notre époque propose parfois à nos contemporains...). Au Moyen-Âge, elle était mêlée de superstitions, si bien que Kivrin la regarde au début avec scepticisme. Mais son regard change petit à petit, au coeur de l'horreur, notamment grâce au personnage du prêtre du village, jusqu'à un dénouement très touchant.

Le grand livre n'atteint peut-être pas les sommets de Black Out et All Clear, qui bénéficiaient d'une intrigue plus riche et complexe, mais il n'en est pas moins un roman passionnant, qui se lit très vite malgré ses 700 pages en livre de poche.

samedi 2 avril 2016

Silo : un phénomène éditorial et une bonne lecture SF !

Dans un monde post-apocalyptique, quelques milliers d'êtres humains survivants vivent cloîtrés dans un immense silo de 144 étages qui s'enfonce dans le sol, avec un unique escalier central. Tout est minutieusement organisé et contrôlé. Une hiérarchie sociale s'est mise en place, depuis les classes dominantes, au plus près de la surface, jusqu'aux machinistes, tout au fond du silo. Tout est contrôlé, les naissances, les communications, les sujets qu'il est permis d'évoquer ou non, à commencer par la dernière grande insurrection...

Ceux qui enfreignent la loi sont condamnés à être expulsés du silo, pour accomplir une dernière tâche : nettoyer les capteurs extérieurs qui transmettent les images du monde extérieur désolé et sans vie. Et tous ceux qui sont expulsés, bizarrement, le font... avant de s'écrouler et de mourir, asphyxiés par l'air extérieur toxique.

Mais la version officielle est-elle vraiment conforme à la réalité ?

D'abord auto-publié sur Internet, par épisodes, Silo rencontre un franc succès. Il est finalement publié et vendu à plus de 500000 exemplaires aux USA, et traduit en 24 langues ! Véritable phénomène éditorial, ce roman post-apocalyptique se lit avec plaisir. Hugh Howey fait preuve d'un talent de conteur, ménageant les rebondissements et les cliffhangers qui invitent à poursuivre la lecture des 740 pages du livre. On est tenu en haleine, jusqu'au dénouement final.

Les personnages, assez archétypiques, sont attachants. L'histoire est assez classique, maniant les thèmes sociaux et politiques dans une dystopie post-apocalyptique en milieu confiné : responsabilité politique, résistance ou soumission, lutte de classes, histoire et révisionnisme... j'aurais aimé que l'auteur développe plus la dimension "religieuse", liée à la mythologie sur l'origine du silo et la vision du monde, juste effleurée dans le livre.

Il n'empêche, Silo reste vraiment un bon roman SF, très accessible, dont je recommande la lecture !

lundi 21 mars 2016

Midnight Special : une belle fable SF intimiste et spielbergienne

Roy est en fuite avec son fils Alton, aidé par un ami. Il l'a arraché aux griffes d'une secte qui le considère comme un messager de Dieu, annonçant le jugement dernier. Il faut dire qu'Alton est un enfant pas comme les autres. Doté de pouvoirs surnaturels, il transmet des données mystérieuses. D'ailleurs, le gouvernement cherche aussi à mettre la main sur lui...

Midnight Special est une fable SF intimiste qui assume pleinement son héritage spielbergien (on pense, évidemment à Rencontres du 3e type !) tout en le revisitant de façon très personnelle, avec la patte de son réalisateur, Jeff Nichols (Take Shelter, Mud).

Dans Midnight Special, il est question de famille et de paternité. Jusqu'où des parents sont-ils prêts à aller pour sauver leur enfant ? Et comment l'aimer et le protéger quand il est différent ? Comment être prêt à le laisser partir quand il le faut ? L'évocation de la relation d'Alton et son père est très touchante, l'un prenant soin de l'autre, le rassurant, et réciproquement.

Il y a aussi, de toute évidence, des résonances spirituelles dans le film. Le côté fable permet à chacun d'y voir ce qu'il veut. Mais il est bien question de foi dans le film. Celle des parents d'Alton qui croient leur fils sans le comprendre. Il y a aussi Lucas, l'ami de Roy, dans la posture de l'incroyant qui finit par croire. Et bien-sûr, il y a l'évocation des dérives sectaires.

Midnight Special n'est pas un film qui éblouit. C'est un cinéma qui privilégie l'intime, la dimension psychologique. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'action et de rebondissements. Et il y a la fin du film qui, pour le coup, est vraiment magique (et très spielbergienne). Midnight Special laisse des traces sensibles, des souvenirs qui invitent à réfléchir, et donnent envie de revoir le film.

mercredi 16 décembre 2015

Star Wars, le réveil de la Force : Le retour du Star Wars qu'on aime !

Le voilà, le film le plus attendu de l'année ! Celui que tous les geeks attendaient avec fébrilité et une certaine appréhension, craignant de voir se reproduire les déception de la trilogie préquelle signée Georges Lucas.

Mais disons-le tout de suite : le pari de JJ Abrams est tout à fait réussi. Le réveil de la Force signe le grand retour de l'univers Star Wars qu'on aime, celui de la première trilogie. Bourré d'action, le film est très divertissant, avec quelques pointes d'humour bienvenues, juste ce qu'il faut. Le film a de très nombreux clins d'oeil à la première trilogie et on se régale tout au long du film d'assister au retour, 30 ans après, de nos héros favoris Han Solo, Leia, Luke, Chewbacca, les droïds... On est vraiment replongé dans l'univers Star Wars, avec sa galaxie peuplée de créatures étranges et bigarées (et pas seulement en image de synthèse : les masques et les marionnettes sont de retour, ça fait partie du charme). On retrouve bien-sûr aussi les éléments incontournables : les sabres laser, les vaisseaux impérieux, les stormtroopers, les vaisseaux tie et leur son emblématique, les X-Wings... et le Faucon Millenium (dont la première apparition est particulièrement réussie dans le film).

Le scénario, s'il n'est pas d'une très grande originalité (il rappelle beaucoup celui de du premier film, Un nouvel espoir) est tout de même efficace. Il réserve toutefois quelques suprises et révélations de taille dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler. Mais ce n'est pas l'envie qui me manque parce que quand même... Et on arrive à la fin du film avec l'envie de voir la suite, évidemment. D'autant que la dernière scène est vraiment réussie et que plusieurs questions restent non résolues.

Une bonne partie du film tourne autour de Han Solo et il faut avouer que Harrison Ford tient encore la forme pour ses 70 ans ! Les petits nouveaux sont bien, en particulier la jeune Daisy Ridley dans le rôle de Rey, sorte d'alter-ego féminin et jeune de Han Solo, avec un soupçon de Luke Skywalker. Et puis, quel plaisir de retrouver la musique du génial John Williams !

Star Wars n'est désormais plus lié à son créateur, Georges Lucas, et on peut se dire, au vu de ce Réveil de la Force, que ce n'est pas plus mal ! La franchise a encore de beaux jours devant elle. La mythologie de Star Wars ne meurt jamais !

lundi 26 octobre 2015

Seul sur Mars : film hard-science très spectaculaire

Au cours d'une expédition sur Mars, l'astronaute Mark Watney est laissé pour mort par l'équipage de l'Ares III, contraint d'interrompre leur mission en urgence. Mais Mark a miraculeusement survécu. Seul sur une planète hostile, il va devoir faire preuve d'ingéniosité pour survivre et essayer de contacter la Terre. La NASA devra travailler d'arrache-pied pour monter une mission de sauvetage.

Seul sur Mars est  un grand spectacle de hard-science. Je n'ai évidemment pas les compétences scientifiques pour juger de la crédibilité de tous les détails du scénario mais ça me semble vraiment réaliste. Même si, évidemment, il y a forcément quelques inexactitudes (voir cet article). Ca reste une fiction...

Le film bénéficie du savoir faire de Ridley Scott, à mon avis jamais aussi bon que lorsqu'il réalise de la science-fiction. Dès la scène d'ouverture, on sait qu'on va en prendre plein les yeux et que nos nerfs vont être mis à rude épreuve. Et de fait, le film nous propose des images à couper le souffle (notamment la reconstitution de Mars, ses paysages immenses, et la solitude écrasante de Mark) et le scénario offre une tension parfaitement entretenue, jusqu'au final paroxysmique où on retient son souffle. Normal, dans l'espace...

Ajoutez à cela un casting assez impressionnant et quelques touches d'humour bienvenues (notamment la scène avec le clin d'oeil au Seigneur des Anneaux, avec Sean Bean, Boromir dans le film de Peter Jackson !), et vous obtenez vraiment un film à grand spectacle.

J'aurais toutefois deux petits bémols... D'abord, il y a cette impression que le film est une vaste campagne publicitaire pour la NASA pour financer les missions vers Mars. C'est un peu gênant parfois. Et puis il y a le manque de dimension métaphysique, alors que le sujet s'y prête. Une dimension qui était pleinement présente dans deux chefs d'oeuvre récents, sur un sujet similaire : Gravity (par sa symbolique) et Interstellar (avec ses accents mystiques).

Mais ces deux bémols ne doivent pas nous faire bouder notre plaisir devant le spectacle que propose Seul sur Mars, un divertissement de haut-vol, à défaut d'être un chef d'oeuvre.

mercredi 30 septembre 2015

Reproduction interdite : un roman passionnant... et inquiétant

Deux affaires apparemment sans lien entre elles atterrissent sur le bureau du juge Rettinger. L'une concerne la mort du professeur Ballin, célèbre pour avoir été le premier à réaliser un clonage humain. Son corps a été retrouvé dans une chambre d'hôtel. L'autre concerne la mort de onze détenus dans l'incendie d'une prison. Au fil de l'enquête, ces deux affaires se révéleront liées, et dévoileront des implications bien plus importantes (c'est un euphémisme !) que ne pouvaient le laisser penser ces deux faits divers.

Nous sommes au milieu du XXIe siècle, le clonage est devenu une industrie florissante, en particulier le clonage humain. Élevés dans des centres de production en masse, les clones constituent de précieuses banques d'organes. Le nec plus ultra étant pour les plus fortunés d'avoir leur propre clone, à disposition pour offrir des greffes d'organe en cas de besoin. Les clones sont également produits en masse pour devenir de la main d'oeuvre qualifiée pour l'industrie ou l'armée. Sélectionnés et modifiés génétiquement, ils sont infiniment plus efficaces que des robots.

Ecrit en 1989, et révisé pour la réédition en livre de poche en 2015, Reproduction interdite est un roman d'anticipation passionnant. Une dystopie (ou contre-utopie) inquiétante mettant en garde contre les dérives possibles de la science, notamment en matière de génie génétique. L'histoire nous est présentée sous la forme d'un dossier top-secret, dont les différentes pièces sont classées de manière chronologique : transcriptions d'écoutes téléphoniques, courriers, notes de service, articles de journaux...

L'auteur, Jean-Michel Truong, va très loin dans l'évocation d'une société où les clones ne sont pas considérés comme humains mais guère plus que des animaux, ou même de simples objets. Va-t-il trop loin ? Ou le monde qu'il décrit est-il un avenir possible ? Certains documents qu'il intègre au dossier sont véritablement glaçants. Ainsi, par exemple, cet article décrivant la visite du plus grand centre de production de clones, son laboratoire d'embryologie, sa nurserie automatisée, ses unités de stabulation (comme du bétail, on parle de cheptels de clones) et de cryogénisation (pour garder les organes au frais)...

Il se dégage de cet ouvrage une vision pessimiste de l'humanité, capable du pire dans le seul but d'accroître son pouvoir, où les enjeux économiques sont bien au-dessus de toute considération éthique. La lecture de l'ouvrage crée un malaise certain et interroge sur les limites de la science et des progrès technologiques. On y découvre un monde où l'opinion publique est manipulée, où tous les pouvoirs, y compris l'Eglise, s'accommodent d'une vision utilitariste, où les maigres résistances ne sont pas toujours portées par de nobles motivations.

Au-delà de l'enquête, certes intéressante et bien menée, c'est l'évocation de ce monde dénué de tout sens éthique qui passionne dans ce roman. L'ouvrage se veut clairement un cri d'alerte qu'il paraît légitime d'entendre !

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Reproduction interdite, un roman de Jean-Michel Truong (Folio SF n° 516)

vendredi 7 août 2015

Les 4 Fantastiques : un film de super-héros pas comme les autres

Disons-le tout de suite : j'ai trouvé Les 4 Fantastiques bien meilleur que ce qui ressort de toutes les critiques négatives sorties à son sujet. Je n'ai pas lu les comics et je n'ai pas vu les deux précédents films. J'ai donc vu le film sans à priori. Pas facile, avec tous les échos négatifs lus avant même la sortie du film. Comme si c'était joué d'avance et que le film serait raté... Certes, il y a eu des rumeurs, et il semble bien que Josh Trank n'ait pas pu réaliser le film qu'il voulait, devant céder aux impératifs de la production. Mais le film ne mérite pas la volée de bois vert qu'il a récoltée. Loin de là.

Les 4 Fantastiques est un film de super-héros pas comme les autres. Avec moins d'action, moins d'humour mais plus de psychologie. Il tranche avec les réalisations habituelles de ce genre de films. Il choisit de passer plus de temps sur les personnages, leur origine et leur difficulté à accepter leur transformation accidentelle et leurs super-pouvoirs. Alors c'est vrai, le fin du film est un peu vite expédiée. Mais au moins le duel ultime ne dure pas des heures, avec un méchant qui meurt, et qui finalement n'est pas mort et puis qui meurt quand même à la fin... ou pas !

Le quatuor de jeunes acteurs est plutôt convaincant, le méchant, même si on ne le voit pas très longtemps, est vraiment méchant et puissant. La scène dans laquelle les personnages acquièrent leurs pouvoirs est, je trouve, assez réussie. Il y a quand même quelques scène d'actions assez réjouissantes (et pas seulement à la fin du film). Bonne idée aussi d'avoir fait appel à Philip Glass pour la musique. Mais l'intérêt principal du film reste dans les deux premiers tiers où on découvre les personnalités des futurs quatre fantastiques. Le film évoque plusieurs thème intéressants, notamment sur les limites de la science, la quête de toute-puissance, la solitude et l'amitié.

Il est évident qu'on retrouve plusieurs échos au premier film de Josh Trank, le très bon Chronicle (un autre film de super-héros pas comme les autres, avec des jeunes gens qui reçoivent accidentellement des super-pouvoirs qu'ils vont devoir apprivoiser, la tentation de la toute-puissance, la solitude et la solidarité...). Il y a aussi des références au cinéma de David Cronenberg (on pense évidemment à La Mouche !).

Vraiment, les 4 Fantastiques ne mérite pas le flot de critiques négatives qu'il a reçu. C'est un film qu'il faut voir, qui tranche avec les habituels films de super-héros. Espérons simplement que le réalisateur puisse sortir un jour un "director's cut", pour savoir ce que Josh Trank avait vraiment en tête.

dimanche 21 juin 2015

Le Déchronologue : uchronie pirate et paradoxes temporels

« Je suis le capitaine Henri Villon, et je mourrai bientôt. Non, ne ricanez pas en lisant cette sentencieuse présentation. N’est-ce pas l’ultime privilège d’un condamné d’annoncer son trépas comme il l’entend ? C’est mon droit. Et si vous ne me l’accordez pas, alors disons que je le prends. »

Ainsi s'ouvre Le Déchronologue, étonnant roman de science-fiction, ambitieux et passionnant, écrit par l'auteur français Stéphane Beauverger. Très documenté sur la piraterie dans les Caraïbes au XVIIe siècle, brillamment écrit, le roman utilise un thème classique de la science-fiction : le voyage dans le temps, et ses dommages collatéraux.

Henri Villon, fameux capitaine pirate, se bat avec son équipage contre de mystérieux envahisseurs, apparus suite à de terrifiantes perturbations temporelles. Son arme, c'est son navire, le Déchronologue, dont les canons tirent non pas des boulets mais du temps !

Avec ses personnages hauts en couleur, au langage souvent fleuri - à commencer par le narrateur, le capitaine Henri Villon - sa description du monde de la piraterie et de la colonisation des Caraïbes, l'ouvrage propose une étrange uchronie où surgissent en plein XVIIe siècle des objets directement en provenance de notre époque, ces merveilles qui attirent toutes les convoitises : lampes torche, radios ou armes à feu.

L'auteur choisit de proposer un récit déstructuré, où il brouille les pistes par un récit non chronologique, mélangeant l'ordre des chapitres du journal du capitaine Villon. Ce procédé risqué, qui peut perdre le lecteur, est au contraire habilement réussi. Il a même un petit côté ludique appréciable. Il crée aussi une certaine confusion pour le lecteur, rappelant les perturbations temporelles qui sont au coeur de l'histoire.

Le Déchronologue est un remarquable ouvrage, traitant de façon originale deux thèmes classiques de la SF, le voyage temporel et l'uchronie, avec une écriture assez brillante, pour une histoire qui vous tient en haleine jusqu'à la dernière page. Un vrai petit bijou.

lundi 8 juin 2015

Ex Machina : de l'excellente SF, un film fascinant et angoissant à la fois

Caleb, jeune programmateur dans l'une des plus importantes entreprises informatiques au monde, gagne un concours lui donnant le droit de passer une semaine avec le grand patron de son entreprise, le mystérieux Nathan. Ce dernier vit reclus dans une propriété sous haute sécurité. Il découvre qu'il va en réalité participer à une expérience dans le cadre d'une découverte scientifique majeure. En effet, Natha a réussi à créer une véritable intelligence artificielle et lui a donné la forme d'un robot humanoïde féminin. La fascinante Ava n'est-elle qu'une machine à l'apparence humaine ou est-elle douée de conscience ? Quelles sont les véritables intentions de Nathan ? Caleb est-il vraiment là par le hasard d'une loterie ?

Excellent film de science-fiction, Ex Machina aborde de façon convaincante un thème classique de la SF : l'intelligence artificielle. Il évoque aussi la question très actuelle de l'exploitation des données personnelles : Nathan tire sa fortune du développement du moteur de recherche le plus puissant au monde, détenant un quasi-monopole sur Internet (ça ne vous rappelle rien ?). La masse d'informations personnelles qu'il peut ainsi récolter lui donne un pouvoir exceptionnel et sert à améliorer ses recherches.

Alex Garland, jusqu'ici connu comme scénariste, notamment pour Dany Boyle (dont l'excellent Sunshine) passe avec succès derrière la caméra. Sa mise en scène est remarquable, avec un rythme assez lent bien choisi, l'essentiel du film étant un huis-clos angoissant où la frontière entre l'humain et la machine s'estompe, où l'on perçoit vite que le génial Nathan est aussi un personnage louche, sans révéler d'autres surprises que le scénario nous réserve, jusqu'à la fin. Un fin qui d'ailleurs, malgré peut-être une ou deux petites invraisemblances, est vraiment très réussie et assez inattendue. Le film est, en outre, très bien portée par une bande originale très réussie, signée Ben Salisbury et Geoff Barrow.

Au niveau du casting, si les peu connus Domhall Gleeson(Caleb) et, surtout, Alicia Vikander (Ava) sont très bien, c'est une nouvelle fois Oscar Isaac qui fait preuve de tout son talent dans le rôle de Nathan. Méconnaissable avec son look improbable, il donne une ambiguité malsaine à son personnage.

Ex Machina, c'est de l'excellente SF. Un film à la fois fascinant, notamment sur le plan visuel, et angoissant. Un film en prise avec des problématiques actuelles et qui permet une réflexion intéressante sur la grande question de l'intelligence artificielle et de la conscience, mais aussi sur les risques et les dangers pour les humains de "jouer à Dieu" en essayant de créer la vie. Ex Machina pourrait bien être le film de SF de l'année !

lundi 18 mai 2015

Mad Max Fury Road : Opéra visuel et vrombissant, baroque et flamboyant.

Le retour de Mad Max est forcément un événement cinématographique, trente ans après le dernier opus. Mais si vous n'avez pas vu les films culte des années 80, pas de problème : l'introduction du film nous replonge dans l'univers en quelques images et une voix off.

Dans un monde post-apocalyptique, deux denrées rares suscitent toutes les convoitises : le pétrole et l'eau. Les survivants s'organisent en clans ou en bandes sauvages pour survivre. L'un d'eux est sous l'emprise du terrifiant Immortan Joe (une sorte de Dark Vador des sables !) qui règne en despote sur une population qu'il tient par sa maîtrise de réserves d'eau et par une armée fanatisée. Mad Max est capturé par cette armée et tenu prisonnier comme réserve vivante de sang frais, étant donneur universel... jusqu'au jour où il se retrouve embarqué dans une folle course poursuite avec Imperator Furiosa, une protégée d'Immortan Joe qui tente de s'enfuir avec des jeunes femmes qu'elle a réussi à soustraire à l'emprise du tyran.

A partir de là, retenez votre souffle parce que ça n'arrête pratiquement jamais jusqu'au générique final ! Il y a bien un petit argument écologique et féministe dans le scénario... mais le film est avant tout un feu d'artifice d'action et d'images à couper le souffle. C'est une gigantesque course poursuite qui ne vous laisse aucun répis, offrant un ballet flamboyant, baroque et inventif, avec une galerie de personnages étonnants et terrifiants, des bolides plus extravagants les uns que les autres, des explosions et des scènes de combats délirantes. Et quelles images ! La course poursuite au coeur de la tempête de sable est un moment d'anthologie extraordinaire.

Bref, Mad Max Fury Road, c'est deux heures de très grand spectacle, un véritable opéra visuel et vrombissant, baroque et flamboyant.

samedi 7 mars 2015

Black-Out / All Clear : Un diptyque fantastique !


En 2060, le secret du voyage dans le temps a été découvert. Les voyageurs temporels sont des historiens qui se fondent dans la masse et peuvent ainsi observer au plus près les grands événements de l'histoire. Mais ils doivent prendre garde à ne pas altérer les événements et pour cela se garder de certains "points de divergence". Ceci dit, l'histoire semble s'auto-réguler et rétablir d'elle-même son cours au besoin. Mais lorsque plusieurs historiens sont envoyés à différents moments de la deuxième guerre mondiale, leurs programmes de sauts temporels ayant été modifié à la hâte, les choses ne semblent pas se passer comme prévu... Et s'il était possible, finalement, d'altérer le cours de l'histoire ?

Black Out et All Clear constituent un diptyque passionnant, à mi-chemin entre le roman historique et le roman de science-fiction. Le lecteur est tenu en haleine tout au long de la lecture de ces deux pavés (1700 pages au total) qu'on dévore avec délice.

Le premier volume, Black-Out, développe plus le côté historique. Fruit d'un passionnant travail de recherche de l'auteur, Connie Willis, le roman nous plonge dans le quotidien d'hommes et de femmes ordinaires au milieu de la guerre. On a l'impression de découvrir "de l'intérieur" la période terrible du Blitz à Londres et ses innombrables bombardements, la vie des londoniens malgré tout, les séjours presque quotidiens dans les abris, les solidarités qui naissent... On découvre aussi les préparatifs du débarquement en Angleterre, avec le travail d'espionnage et de désinformation pour tromper l'ennemi.

All Clear, le second volume, développe beaucoup plus l'aspect science-fiction. Thème classique de la SF, le voyage temporel est abordé avec beaucoup de finesse, emmenant le lecteur dans une enquête haletante à travers le temps, avec ses rebondissements multiples, des soupçons qui se confirment, des fausses pistes, des surprises. On y croise même, ce n'est pas un hasard, Agatha Christie qui apparaît "en chair et en os" dans l'histoire.

Tout au long des 1700 pages du diptyque, on a le temps temps d'apprendre à connaître les personnages et de s'attacher à eux. Leurs histoires, d'abord séparées et offrant plusieurs tableaux du quotidien de la deuxième guerre mondiale, se recoupent ensuite de manière surprenante, jusqu'à une conclusion très réussie, pleine d'émotion.

Black-Out et All Clear proposent une réflexion passionnante sur l'Histoire (avec un grand H) faite de "petites" histoires, celles d'anonymes et de leurs rencontres, de circonstances et de décisions. Une histoire où d'infimes variations peuvent avoir des conséquences incalculables. Des histoires où s'incarnent de différentes façons l'héroïsme, le sacrifice, l'amour.

Aux côtés des personnages principaux, historiens - voyageurs temporels, gravite toute une galerie de personnages secondaires attachants... et le tableau La lumière du monde, où le Christ se tient devant une porte fermée. Véritable personnage du roman, que les protagonistes croisent tout au long de leur histoire, il apparaît comme un reflet des interrogations et des états d'âme de nos héros.

Ne soyez pas rebuté par l'épaisseur des deux volumes : vous allez les dévorer ! Le diptyque Black-Out / All Clear est un véritable chef d'oeuvre qui devrait pouvoir se hisser au niveau des classiques de la SF. A lire absolument ! D'autant que le second volume vient tout juste de paraître en édition de poche...

dimanche 1 février 2015

Tau Zéro : un roman vertigineux

Ecrit dans les années 70, Tau Zéro de Poul Anderson n'est paru en français qu'en 2012. Le roman est pourtant considéré, à juste titre, comme un chef d'oeuvre de la science-fiction, ou plus précisément de hard-science (où le récit colle au plus près des connaissances scientifiques).

Nous sommes au XXIIIe siècle. 50 personnes triées sur le volet (25 hommes et 25 femmes) quittent la Terre à bord d'un vaisseau spatial. Objectif : atteindre l'étoile Beta Virginis à quelques 32 années-lumière de la Terre, trouver dans ce système solaire une planète habitable et s'y installer. L'humanité aura ainsi commencé à coloniser l'univers... Le voyage connaîtra deux phases : une première phase d'accélération constante, puis une phase de décélération. Pour les passagers du vaisseau, le voyage durera cinq années... mais à cause de la relativité et de la dilatation du temps, plus de trente années auront passé sur la Terre.

Mais ça, c'est si tout se passe comme prévu ! Or, en pleine phase d'accélération, un accident improbable se produit. Le vaisseau est endommagé : le système de décélération est hors d'usage. Le vaisseau est donc condamné à accélérer sans fin et à tendre ainsi de plus en plus vers la vitesse de la lumière. Y a-t-il une issue ? Comment l'équipage encaissera-t-il le choc ? C'est évidemment toute la question de la suite de l'histoire...

Roman de hard-science vertigineux, passionnant dans son exploitation de la théorie de la relativité, Tau Zéro tient le lecteur en haleine jusqu'au bout. Et même si la toute fin du roman est contredite par les théories scientifiques actuelles, le roman dans son ensemble est très réaliste. L'édition française propose en annexe une analyse très intéressante du roman écrite par un scientifique qui souligne le travail scientifique remarquablement précis de Poul Anderson.

J'ai globalement été moins intéressé par les considérations sociologiques et psychologiques de la vie de l'équipage en huis-clos et dans sa façon d'affronter l'épreuve à laquelle ils sont soumis. J'ai par contre été passionné par la folle aventure spatiale, scientifique et cosmologique. Sur ce plan, le roman est d'une ampleur considérable, au point parfois de donner le vertige... et susciter des prolongements philosophiques très intéressants.

vendredi 7 novembre 2014

Interstellar : un très bon film de SF ! Mais pas pour autant un grand film...

Commençons par les points positifs. Et ils sont nombreux. Interstellar est un spectacle grandiose, avec des images magnifiques (l'immensité de l'espace, une terre mourante envahie par la poussière, de grandioses paysages sur des planètes hostiles), des scènes spectaculaires, d'autres intimistes et émouvantes. Le tout est porté par une excellente musique de Hans Zimmer, habituel comparse de Nolan. Le film a un certain souffle qui n'est pas sans rappeler l'Étoffe des héros (The Right Stuff) de Philip Kaufman qui évoquait l'aventure de la conquête spatiale. Le scénario, bien que finalement assez classique (il n'a pas l'originalité d'Inception) est efficace et s'amuse avec la théorie de la relativité d'Einstein. On y retrouve des thèmes classiques de la SF : le voyage spatial, les paradoxes temporels, la question de la vie extra-terrestre ou la survie de l'humanité en danger. Le casting est bon, Matthew McConaughey en tête. Bref, le film dure presque 2h50 et je n'ai pas vu le temps passer !

Alors qu'est-ce qui fait qu'Interstellar est un très bon film de SF mais pas un grand film ? Le fait que, justement, il n'est qu'un film de SF. Il n'arrive pas à transcender le genre. Il se laisse même prendre par les travers qui guettent ce genre de film : quelques invraisemblances, des théories une peu fumeuses et un discours philosophique un peu naïf. Malgré la référence appuyée à 2001 (ballet spatial, "portail" vers une autre dimension), on est très loin de la portée métaphysique du modèle.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Je le redis : Interstellar est un très bon film de SF. Vraiment. Sans doute un des meilleurs de ces dernières années. Mais j'espérais secrètement un grand film... et là je suis quand même un poil déçu.

mercredi 30 juillet 2014

Dawn of the Planet of the Apes : encore meilleur que le précédent !

Quelle bonne idée d'avoir renouvelé la franchise de la Planète des Singes ! Le premier volet, La Planètes des Singes : les origines, était déjà très bon. Dawn of the Planet of the Apes est encore meilleur !

Je regrette d'ailleurs le titre en français (La planète des singes : l'affrontement). Il y a dans le titre original une référence évidente à 2001, l'odyssée de l'espace (soulignée par la musique de Michael Giacchino qui rappelle comme deux gouttes d'eau celle de Ligeti dans le film de Kubrick). La première partie de 2001 était intitulée "The Dawn of Man" (l'aube de l'humanité). On y voyait l'arrivée d'un monolithe auprès d'un clan de singes qui coïncidait avec l'invention de l'outil... et de l'arme, les rendant capables de chasser et de dominer par la violence les autres clans. La chasse, la violence, les armes... on retrouve tout cela dans Dawn of the Planet of the Apes !

Evidemment, en parlant des singes, le film parle de l'humanité. Et ce qui rend les singes humains, c'est leur capacité à la violence et la vengeance. Triste constat... Ce ne sont pas les impressionnants très gros plans, en début et en fin de film, sur les yeux de César, qui le contrediront. Ni la réplique de César, vers la fin du film, disant : "je pensais que les singes étaient meilleurs que les humains mais je me rend compte combien nous leur ressemblons !" Cette vision de l'humanité marquée par la violence trouve des échos d'une triste actualité aujourd'hui...

Ceci dit, comme le suggère le titre français, il y a bien un affrontement dans le film. Certes, entre les hommes et les singes. Mais surtout au sein des deux communautés, singes et humains. Il y a l'affrontement entre César et Koba. César veut préserver la paix, y compris avec les humains. Koba veut se venger. Il porte sur lui les cicatrices des mauvais traitements que les hommes lui ont fait subir, comme cobaye de laboratoire. Et chez les humains, Malcolm et Dreyfus s'opposent quant à l'attitude à adopter face aux singes.

Tout ceci fait de Dawn of the Planet of the Apes un film bien plus sombre que le précédent, le tout parfaitement maîtrisé par le réalisateur, Matt Reeves, qui alterne habilement les scènes épiques et spectaculaires et les scènes plus intimistes. Le scénario, qui ménage plusieurs références au premier opus (dès le générique de début), permet au film d'être plus qu'un simple film d'action. C'est un vrai film fort, qui parle de nous alors même qu'on passe l'essentiel du temps au milieu des singes. Et c'est là que la technique de la motion capture joue pleinement son rôle. La variété et la finesse des expressions qu'elle permet de donner aux visages des singes sont proprement hallucinantes !

Encore meilleur que le précédent film de la franchise, Dawn of the Planet of the Apes est une pleine réussite, un film d'une grande force à ne pas rater. Vivement la suite, en 2016...