lundi 21 octobre 2024

Culte : En coulisses, un retour aux origines de la télé-réalité

 

Culte revient, en 6 épisodes de 45 minutes environ, sur le phénomène Loft Story, la première émission de télé-réalité en France, en 2001. Un programme qui a marqué l’histoire de la télévision, qui a rassemblé jusqu’à 50% des téléspectateurs et qui a déchaîné les passions.

Comme le dit bien le panneau au début de chaque épisode, la série est librement inspirée de la (télé-)réalité. Si on y retrouve bien les premiers candidats de l’émission de 2001, Loana en tête, et une reconstitution précise du fameux loft et de certaines scènes (dont celle, fameuse, de la piscine…), c’est surtout aux coulisses que s’intéresse la série. Et là, les personnages sont fictifs… même s’ils s’inspirent largement de la réalité. L’histoire est en large partie une fiction, qui force un peu le trait parfois mais qui fait mouche la plupart du temps dans son évocation sans concession du petit monde de la télévision avec ses producteurs aux dents longues, ses enjeux financiers, la guerre entre les chaînes, à une époque où il n’y avait encore que 6 chaînes hertziennes et où le streaming n’existait pas. Car on est bien en 2001 : les smartphones n’avaient pas encore été inventés, on devait se connecter à Internet via un modem (avec son bruit significatif) et on utilisait encore des fax. 

Il faut reconnaître que la série est bien écrite et que le scénario se révèle haletant, dans un format idoine de six épisodes, qui se termine tous par un cliffhanger. La grammaire sérielle est respectée. 

Il est assez intéressant de porter un regard sur Loft Story, plus de vingt ans après sa sortie, en connaissant l’héritage de la télé-réalité, qui a envahi les écrans, dans des versions infiniment plus trash… sans parler des réseaux sociaux qui en sont aussi un peu les héritiers. Les questions qu’elle pose restent d’actualité, autour de voyeurisme, de la célébrité, de l’intimité et de la vie privée, des mécanismes de manipulation… Une série qui rappelle que la télé-réalité, c’est avant tout de la télé… et que ça n’a pas grand chose à voir avec la réalité. Comme les réseaux sociaux n’ont pas grand chose à voir avec la vraie vie… 

Parmi les lofteurs, c’est sur Loana que la série s’arrête essentiellement, personnage emblématique de la télé-réalité, sincère mais un perdue, consciente d’être manipulée et utilisée par les autres, réduite à son physique, mais sans arriver à s’en échapper. L’autre personnage central de la série, c’est Isabelle de Rochechouart, qui s’inspire largement d’Alexia Laroche-Joubert. Une jeune productrice ambitieuse, qui doit se battre comme une lionne, avec des méthodes plus ou moins orthodoxes, pour faire sa place dans un milieu d’hommes. La série a ici un certain parfum contemporain, post #MeToo. Les deux personnages sont incarnées par deux jeunes actrices qui se révèlent remarquables, Marie Colomb en Loana et Anaïde Rozam en Isabelle. 

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Culte, une mini-série créée par Matthieu Rumani et Nicolas Slomka
avec Marie Colomb, Anaïde Rozam, César Domboy

mercredi 9 octobre 2024

Slow Horses (saison 4) : Action, espionnage et humour british. Toujours un régal.

 

Slow Horses en est déjà à sa saison 4, qui vient de se terminer sur Apple TV+, et elle est sans nul doute une des mes séries en cours préférées, un petit bijou d’humour et d’action. 

C’est d’abord une très bonne série d’espionnage. Les saisons sont courtes, sans baisse de rythme pour une intrigue efficace qui réserve toujours son lot de rebondissements et de surprises. Le récit est tendu, d’autant qu’on sait, depuis la saison 1, que des personnages importants peuvent à tout moment mourir. Mais c’est aussi et surtout une série où l’humour - british évidemment, et souvent assez caustique et noir - a toute sa place. Les personnages sont bien caractérisés, avec certains d’entre eux qui sont particulièrement savoureux, à commencer par Jackson Lamb, chef bourru à l’hygiène douteuse d’une unité un peu particulière où sont mis au placard pour diverses raisons plus ou moins claires des agents du MI5. Il est incarné par un génial Gary Oldman qui nous régale à chacune de ses apparitions à l’écran. A noter que le reste du casting est excellent, que ce soit pour les personnages récurrents ou pour les guests de cahque saison (Hugo Weaving dans la saison 4). 

Heureusement, une saison 5 est déjà annoncée, comme en témoignent les quelques images diffusées à l’issue de l’épisode final. Vite, vite, la suite ! 

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Slow Horses (saison 4), une série créée par Will Smith
avec Gary Oldman, Jack Lowden, Kristin Scott Thomas
disponible sur Apple TV+

jeudi 3 octobre 2024

Les Anneaux de Pouvoir (saison 2) : visuellement somptueux, et toujours un peu frustrant...

 

La saison 2 des Anneaux de pouvoir vient de se terminer sur un épisode épique assez réussi. Adapter Tolkien à l’écran est une gageure. Surtout à partir d’un matériau un peu disparate et parcellaire (Amazon n’ayant les droits que sur les appendices du Seigneur des Anneaux, et pas le Silmarillion ou Les Contes et légendes inachevées) pour une histoire foisonnante qui s’étend sur plusieurs siècles… et qu’il faut condenser sur quelques années seulement pour les intégrer dans le format d’une série. Dans ces conditions, le récit sera forcément un peu frustrant… 

Mais la série a tout de même des atouts, à commencer par son plus gros point fort : son univers visuel somptueux. Les décors, les costumes, avec énormément de détails, sont une réussite totale et le plaisir de l’immersion en Terre du Milieu est bien là. 

Tout n’est pas parfait par ailleurs. Les différents arc narratifs ne sont pas d’égal intérêt, ils sont aussi trop nombreux pour les traiter de façon pleinement satisfaisante. Il y a des problèmes de rythme, quelques facilités de scénario voire des incohérences… mais aussi de belles réussites comme le récit autour de la confection des anneaux et les stratagèmes de séduction de Sauron envers Celebrimbor, ou comme les scènes parmi les nains à Khazad-Dûm qui figurent sans doute parmi mes préférées (y compris dans la séquence d’ouverture du dernier épisode).

Le bilan est donc, pour moi, globalement positif. Malgré ses limites et ses défauts, j’ai pris du plaisir à regarder cette saison 2 et je serai heureux de voir la suite ! 

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Les Anneaux de Pouvoir, une série créée par John D. Payne et Patrick McKay
avec Morfydd Clark, Charles Edwards, Charlie Vickers
8 épisodes (pour la saison 2) disopnibles sur Amazon Prime Video

samedi 7 septembre 2024

Kaos : La mythologie grecque mise au goût du jour. Caustique et malin.

 

Dans sa luxueuse villa du mont Olympe, Zeus est persuadé qu'il est en danger : une prophétie annonçant le délitement de son règne est peut-être en train de se réaliser. De plus en plus paranoïaque, il inquiète sa femme Héra et son frère Poséidon (qui par ailleurs ont des choses à cacher au roi de dieux). Dans le même temps, en Crète, Eurydice (Riddy pour les intimes) essaye de trouver le courage de quitter Orphée, son mari, un chanteur très connu. Ariane, la fille du roi Minos, tente d’apaiser les tensions avec les réfugiés troyens mais aussi de découvrir la vérité sur la mort de son frère jumeau alors qu’ils étaient enfants. Quant à Cénée, il attend, dans les Enfers, la renaissance promise par les dieux après la mort. 

Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à entrer dans la série. Je m’attendais à quelque chose de plus déjanté et fun. Mais j’ai persévéré et au bout de deux ou trois épisodes, j’ai commencé à vraiment accrocher. La série n’est, certes, pas déjantée mais elle n’est pas dénuée d’humour, loin de là. Un humour plutôt noir, assez caustique et cynique. Le casting est excellent, autour d'un Jeff Goldblum qu'on adore détester en Zeus. 

Et puis surtout, la transposition de la mythologie grecque dans un monde moderne est maline et souvent bien trouvée, avec des personnages antiques revisités qui se révèlent tout à fait contemporains. Ces divinités toutes-puissantes et hors-sols, cyniques et cruelles, ressemblent beaucoup à un portrait caustique de quelques ultra-riches d’aujourd’hui. Les affres rencontrées par les différents personnages font écho à bien des problématiques modernes. On y parle de pouvoir, de politique, d’amour, de sexe, de liberté, de fatalité, de religion, de manipulation…  

La fin de la saison est ouverte… et annonce une possible saison 2. Apparemment, Charlie Covell, la showrunneuse de la série, aimerait faire trois saisons. A suivre, donc… Parce que si une suite il y a, elle promet d’être épique et pleine de surprises. 

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Kaos, une série créée par Charlie Covell
avec Jeff Goldblum, Janet McTeer, Stephen Dillane
8 épisodes disponibles sur Netflix

mardi 3 septembre 2024

En place (saison 2) : Une fable politique, satirique et utopique, où les vannes fusent.

 

A la fin de la saison 1 (spoiler), et à la suite d’improbables rebondissements, Stéphane, éducateur de banlieue, se retrouve élu président de la République. La saison 2 nous raconte les premiers jours du mandat du nouveau président élu. Il devra trouver un premier ministre (ou une première ministre) pour former un gouvernement, et préparer des législatives très incertaines. 

On retrouve bien dans la série le ton Jean-Pascal Zadi : un humour décomplexé, parfois assez gonflé, sur fond d’utopie généreuse, une sorte de fable politique et sociale où les vannes fusent. Alors forcément, il y a du déchet : toutes les vannes ne font pas mouche mais certaines sont vraiment drôles.  

Et puis il y a ce personnage central, sorte d’anti-président jupitérien, qui n’y connaît rien à la politique et se retrouve complètement dépassé par la situation… mais qui est aussi animé d’un idéal social et solidaire. Un peu naïf, certes, mais généreux. Alors il casse les codes, dans son langage, son look, ses méthodes de communication (il envisage quand même de faire une déclaration officielle en direct à la télé en rap freestyle), freiné par ses conseillers, pas toujours très avisés eux non plus. 

Les personnages qui gravitent autour de lui sont caricaturaux et souvent savoureux, mélange de ratés pathétiques (mais parfois attendrissants), d’arrivistes ambitieux et de politicards prêts à tout pour arriver au pouvoir. Et comme dans toute caricature, ils renvoient de manière déformée et ironique au réel. Car la série se nourrit de la réalité politique d’aujourd’hui. On a droit à la montée de l’extrême droite, aux portes du pouvoir, aux effets de l’inflation, à la grogne sociale, et même à un équivalent français de l’envahissement du Capitole par les partisans de Trump. La série évoque aussi les thèmes que Jean-Pascal Zadi aime aborder, notamment autour du racisme et des communautarismes. 

Derrière la satire sociale et la charge contre une classe politique déconnectée du peuple (de quelque bord qu'il soit) transparaît un espoir : malgré tout, tout n’est pas perdu, y compris en politique. Et on peut encore rêver d’une société plus solidaire et juste… Et une série satirique qui veut garder espoir, ça mérite d’être souligné ! 

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En place, une série créée par Jean-Pascal Zadi et François Uzan
avec Jean-Pascal Zadi, Eric Judor, Benoît Poelvoorde