dimanche 17 décembre 2023

The Crown (saison 6) : Un adieu à la reine plein d'émotion

 

The Crown réussit sa sortie, avec émotion. Après une première série de quatre épisodes essentiellement consacrés à Diana, jusqu’à sa mort tragique, les six derniers épisodes ont été mis en ligne récemment sur Netflix. La première partie de cette sixième et ultime saison décevait un peu. Même si la composition d’Elizabeth Debicki dans le rôle de la princesse est absolument remarquable, ces épisodes sont un peu trop “people” pour pleinement convaincre. 

Mais les six derniers épisodes sont à nouveau centrés principalement sur Elizabeth, pour un adieu à la reine émouvant. Ce que j’ai quand même un peu regretté dans cette dernière saison, y compris dans ces derniers épisodes, c’est la part très réduite laissée au lien avec les grands événements historiques pour se centrer presque exclusivement sur l’intimité de la famille royale. La mise en perspective avec l’histoire et la géopolitique est pourtant un des grands intérêts de la série. Or, dans cette ultime saison, la guerre au Kosovo et la guerre en Irak sont évoquées en pointillés, le 11 septembre à peine mentionné, par quelques informations diffusées à la radio. 

Un autre personnage important de ces derniers épisodes est le prince William, dont l’évocation est toutefois moins intéressante quand la série s’intéresse à la naissance de son couple avec Kate Middleton que lorsqu’elle évoque sa relation avec son père, et celle avec sa grand-mère de reine, sa prise de conscience de son devoir de futur roi en tant que fils aîné, le sens du devoir étant un des thèmes principaux de la série. 

Mais ce qu’on doit bien reconnaître à cette dernière saison, c’est l’élégance et l’émotion avec laquelle on prend congé de la reine. A cet égard, le scénario du dernier épisode est assez intelligent. Les préparatifs anticipés des obsèques de la reine, par simple précaution, permettent quelques retour en arrière, par des souvenirs, et en profiter pour faire revenir à l’écran Claire Foy et Olivia Colman, les deux autres actrices avec Imelda Staunton à avoir incarné la reine Elisabeth. Ils permettent aussi d’anticiper habilement les réelles obsèques récentes de la reine.

C’est donc bien l’émotion qui prédomine dans ce final en six épisodes, notamment lorsque la reine perd sa soeur, puis sa mère. A cet égard, l’épisode 8, qui se termine par la mort de Margaret, est sans doute le plus réussi de la saison, profondément émouvant. D’autant qu’il évoque aussi, en flashback, la folle nuit que la jeune Elisabeth a vécu avec sa soeur à la Libération, au Ritz Hotel, et qui en dit long sur le renoncement qu’a dû constituer pour Elizabeth de se plier à son devoir de devenir reine. 

Au niveau du casting, Imelda Staunton s’en sort mieux que dans la saison 5. Il faut dire qu’elle est aussi mieux mise en valeur par le scénario, et elle finit par être assez convaincante en Elizabeth. J'ajouterai une mention spéciale à Dominic West, qui physiquement ne ressemble pas du tout à Charles, mais qui est pourtant remarquable dans le rôle du futur roi Charles III. 

Avec ces six derniers épisodes, The Crown réussit donc bien sa sortie, sous la forme d'une émouvante révérence à la reine. Et on ne peut que s’incliner devant une des plus belles séries de ces dernières années. 

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The Crown, une série créée par Peter Morgan
avec (pour la saison 6) Imelda Staunton, Dominic West, Lesley Manville
Les 6 saisons sont disponibles sur Netflix

dimanche 3 décembre 2023

Tout va bien : affronter la maladie et la possibilité de la mort

 

Quand les médecins diagnostiquent à Rose, 9 ans, une leucémie, c’est toute la famille qui est impactée. Marion et Stéphane, ses parents, essayent de faire face, entre déni et fuite. Claire, la soeur de Marion, est très inquiète et s’implique beaucoup auprès de sa nièce tout en devant tisser des liens avec la fille de son compagnon. Vincent, le frère de Marion et Claire, steward qui semble tout prendre à la légère, n’ose pas affronter la réalité de la maladie de sa nièce. Anne, la grand-mère, auteure à succès d’ouvrages de développement personnel, veut tout prendre en main et toujours voir les choses du bon côté. Quant à Pascal, le grand-père, il cherche sa place, un peu perdu, éclipsé par sa femme envahissante. 

Tout l’intérêt de la série, c’est d’oser aborder de front la question de la maladie grave d’un enfant et de la perspective possible de sa mort, et d’évoquer la façon dont on affronte, difficilement, douloureusement, une si terrible épreuve, dans le désarroi et la détresse, avec la tentation de la fuir ou du déni. 

Le pitch de la série laisse entrevoir une histoire sombre et douloureuse. Elle l’est, en partie, et la série parvient à profondément nous émouvoir. Mais elle arrive aussi à trouver tout au long de son récit le ton de la comédie, sans jamais atténuer les enjeux dramatiques. Cette façon de rester constamment sur le fil du rasoir, entre gravité et légèreté, oscillant du rire aux larmes, est une belle réussite de la série. La finesse du portrait de famille, de cette famille ordinaire, un peu névrosée et dysfonctionnelle, mais finalement attachante, ça aussi c’est tout à fait réussi. 

Je dois toutefois ajouter que je suis quand même un peu déçu par le dernier épisode. L’avant-dernier épisode est tellement bouleversant et juste - le sommet incontestable de la série -  que j’aurais sans doute aimé que le récit s’arrête à ce moment-là, ou que le dernier épisode propose autre chose. Je peux comprendre le choix qui est fait, mais je trouve, au final, que ça amoindrit un peu l’impact de l'histoire. 

Un autre atout incontestable du film, c’est son casting. Tout le monde est formidable, avec une mention spéciale à Nicole Garcia dans le rôle d’Anne, la grand-mère, aussi agaçante que touchante. 

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Tout va bien, une série de Camille de Castelnau
avec Virginie Efira, Nicole Garcia, Sara Giraudeau
8 épisodes, disponibles sur Disney+


mardi 28 novembre 2023

Sambre : Récit assez sidérant d'une affaire longue de 30 ans

A la fin des années 1980, dans le Nord de la France, des femmes sont violées, toujours avec le même mode opératoire, tôt le matin, le long de la rivière Sambre. Mais la police ne fait pas vraiment le lien entre les faits et le violeur n’est pas inquiété. Il faudra des années pour qu’on parle d’un violeur en série, et des années encore pour que l’enquête aboutisse. En tout 30 ans pour que le violeur soit arrêté, après des dizaines de viols ou d’agressions sexuelles. 

La série est inspirée de faits réels, le cas du “violeur de la Sambre”, Dino Scala, reconnu coupable par la justice de 54 viols et agressions sexuelles entre 1988 et 2018 (il en a avoué une quarantaine) et condamné à 20 ans de réclusion criminelle en 2022. 

Option intéressante du scénario, on connaît très tôt dans la série l’identité du violeur. Cela permet de souligner les multiples loupés de l’enquête, voire les dysfonctionnements incroyables. On y voit aussi, surtout dans les années 80-90, la difficulté de prendre au sérieux la parole des victimes, la tendance et minimiser les faits (est-ce vraiment si grave, une agression sexuelle ?) ou ne pas les nommer pour ce qu'ils sont et négliger leur caractère sexuel. On voit enfin l’aveuglement produit par les a priori, comme le fait qu’un violeur doit forcément être quelqu’un de solitaire, asocial et pervers. Or, en l’occurrence, le violeur est un père de famille, un ouvrier modèle et un entraîneur de foot pour les jeunes, un homme très social et populaire. Un homme que personne, mêmes ses plus proches, ne soupçonnerait. C’est justement ce qui est troublant, tout au long de la série. Le violeur pourrait être notre voisin ou notre collègue, sans qu’on s’en rende compte… 

Mais le fait de connaître très tôt l’identité du violeur permet aussi de se centrer sur les victimes plus que sur le criminel. Et d’évoquer en particulier les conséquences sur elles d’un traumatisme qui ne s’efface jamais. Dans la scène finale de la série, poignante, au début du procès du violeur, on voit le personnage fil rouge de la série, Christine, l’une des premières victimes du criminel, se rendre au tribunal et se retrouver au milieu de tant d’autres femmes, victimes comme elle. C’est sur leur visage que se termine la série. Le violeur, lui, est hors-champ dans son box d’accusé. 

Bien construite sur 6 épisodes d’une heure environ, qui nous permettent de parcourir les 30 années de l’intrigue, la série est très bien réalisée et interprétée. C'est passionnant, troublant parfois, précis sur les faits tout en restant pudique dans sa mise en scène. Trois personnages traversent en particulier les 6 épisodes : Christine, l’une des premières victimes du violeur, interprétée avec beaucoup de force par Alix Poisson, Jean-Pierre Blanchot (Julien Frison), un policier qui débarque tout jeune dans son nouveau poste, qui gravira les échelons pendant 30 ans sans jamais se douter de l’identité du violeur qui était devant ses yeux, et enfin Enzo, le violeur qui passe toujours entre les mailles du filet, interprété par un remarquable, et glaçant, Jonathan Turnbull. 

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Sambre, une série de Alice Géraud, Marc Herpoux, Jean-Xavier de Lestrade
avec Alix Poisson, Julien Frison, Jonathan Turnbull
6 épisodes disponibles en replay sur france.tv 

mercredi 22 novembre 2023

Lessons in Chemistry : une délicieuse fable féministe vintage

 

Au début des années 1960, Elizabeth Zott est une brillante étudiante en chimie. Mais dans une société où les femmes sont cantonnées aux tâches domestiques, il est bien difficile pour elle de faire une carrière de scientifique. Elle va se retrouver, presque par hasard, animatrice d’une émission de cuisine à la télévision. L’occasion pour elle d’utiliser de façon inattendue ses connaissances en chimie, mais aussi et surtout de parler de bien plus que de cuisine à toutes les femmes au foyer qui la regardent. 

Lessons in Chemistry est une mini-série féministe délicieusement vintage, qui pratique avec bonheur un certain mélange des genres, entre série feel-good, mélodrame, chronique sociale, fable morale et existentielle. Et ça fonctionne, ma foi, fort bien !

La plongée dans les années 1960 est parfaitement réussie, grâce à une reconstitution minutieuse. L’histoire est pleine de rebondissements et de révélations sur le passé des personnages principaux qui nous font vivre parfois de véritables ascenseurs émotionnels. Le récit est réjouissant dans sa façon de démonter le système patriarcal, tout en restant émouvant dans la façon de décrire la trajectoire de son personnage féminin principal. 

En plus des questions féministes, la série évoque aussi des questions liées aux droits civiques des Noirs ou des questions d’ordre spirituel, de façon pas toujours flatteuse pour les représentants de l’Eglise mais aussi de façon nuancée et intéressante dans l’évocation du rapport entre la science et la foi (la question est au coeur de l’un des épisodes, à travers l’amitié et la correspondance épistolaire entre un prêtre et un scientifique). 

Brie Larson est excellente dans le rôle d’Elizabeth Zott, qu’elle incarne avec force, sensibilité et conviction. Elle est entourée d’un solide casting, dans lequel on a le plaisir de retrouver Rainn Wilson, l’inénarrable Dwight de The Office, dans le rôle d’un imbuvable producteur de télévision. 

Lessons in Chemistry est vraiment une jolie réussite qui vient encore s'ajouter à l'excellent catalogue d'Apple TV+. 

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Lessons in Chemistry, une mini-série de Lee Eisenberg
avec Brie Larson, Lewis Pullman, Aja Naomi King
8 épisodes disponibles sur Apple TV+

vendredi 3 novembre 2023

Gen V : examen réussi pour le spin-off de The Boys

Godolkin est une université, gérée par Vought International, et qui n’accueille que des super-héros. Les meilleurs étudiants sont pris dans la section “combat contre le crime” et peuvent rêver, un jour, de rejoindre les Sept, s’il parviennent à rester au sommet du classement des meilleurs élèves. Les autres se rabattent sur des cours de théâtre et de média training, pour espérer percer dans les médias, la téléréalité ou décrocher un rôle dans une série. Tous sont à la recherche de followers et mettent en scène leur vie sur les réseaux sociaux. 

La série spin-off de The Boys, dont la saison 1 vient de se terminer sur Prime Video, est aussi trash et gore que sa sœur aînée… Le show n’est donc pas fait pour tout le monde (la série est classée 18 ans et plus sur Prime Video). Si vous êtes choqué par les litres d’hémoglobine, l’humour noir, trash et cru, passez votre chemin ! Mais si vous avez apprécié l’univers irrévérencieux et caustique de The Boys, vous serez en terrain connu avec Gen V

Avec ses héros adolescents ou jeunes adultes, la série aborde des questions sans doute moins politiques que The Boys mais tout autant d’actualité, autour de l’esprit de compétition, de la recherche d’identité, de la quête de célébrité, de l’emprise des réseaux sociaux… Une idée maline est d’avoir trouvé des super-pouvoirs qui évoquent pour beaucoup des problématiques propres aux adolescents et aux jeunes, mal dans leur peau ou en recherche d’eux-mêmes (scarification, troubles alimentaires, identité de genre…) 

Bien vite, on se rend compte que tout ne nous est pas dit sur les intentions de l’université, jusqu’à ce qu’on découvre ce qui se trame dans les coulisses. Dans les derniers épisodes de la saison, l’intrigue de Gen V rejoint celle de The Boys, et on comprend que les deux séries vont sans doute continuer à interagir. Quant au dernier épisode, assez intense et fou, et gore, il termine de façon spectaculaire cette première saison, jusque dans son dénouement inattendu et cynique, bien dans l’esprit de The Boys, et qui ouvre sur une saison 2 déjà commandée par Prime Video. 

Bref, l’examen est plutôt concluant pour Gen V, qui réussit son entrée dans l’univers étendu de The Boys.

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Gen V, une série de Craig Rosenberg
avec Jaz Sinclair, Chance Perdomo, Lizze Broadway
saison 1 disponible sur Prime Video