samedi 4 juin 2022

Love, Death and Robots : un retour gagnant !


L’excellente série d’animation est de retour sur Netflix pour une saison 3. Comme les saisons précédentes, il s’agit d’une anthologie de courts métrages, empruntant à différents genres (science-fiction, fantastique, horreur…) et utilisant plusieurs techniques d’animation. Ils sont cette fois au nombre de 9 épisodes, le plus court durant 7 minutes et le plus long 21 minutes. 

Souvent sombres et violents, ce ne sont pas des dessins animés pour enfants ! Mais ils peuvent aussi être parfois plus légers comme par exemple le très drôle Night of the Mini Dead, une sorte de film de zombies miniatures en stop motion. Parmi les grandes réussites de cette saison, on peut mentionner Bad Travelling (Mauvais voyage) réalisé par David Fincher lui-même,probablement l’un des épisodes les plus terrifiants. 

Mais la pièce maîtresse de la saison est sans nul doute Jibaro, le dernier épisode, qui raconte l’histoire d’un chevalier sourd et d’une redoutable sirène. Grâce à une animation époustouflante et une musique envoûtante, il s’agit d’une sorte de danse macabre lugubre et fascinante, à la portée métaphorique profonde. Un petit chef d’oeuvre ! 

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Love, Death and Robots, une série créée par Tim Miller

3 saisons (35 épisodes au total) disponibles sur Netflix



Shining Girls : surmonter ses traumatismes

 

Kirby est une jeune femme qui travaille comme archiviste dans un journal de Chicago. Elle a été victime, plusieurs années auparavant, d’une agression violente mais elle a miraculeusement survécu, non sans un profond traumatisme. Elle a perdu tous ses repères et sa mémoire lui joue des tours : elle se retrouve régulièrement dans une réalité plus ou moins altérée (dans son travail, son logement, ses relations…). La découverte du corps d’une jeune femme avec des blessures similaires aux siennes va la mener dans une enquête qui va la placer face à ses traumatismes… Mais elle va aussi se rendre compte petit à petit que ce qu’elle vit n’est pas seulement un problème de mémoire.

Shining Girls est un thriller fantastique plutôt étonnant, une enquête assez déroutante sur un serial killer omniscient et qui semble défier le temps. La série est prenante et devient même assez vertigineuse au fil des épisodes, au fur et à mesure des révélations. Elle aborde de façon originale la façon dont nos traumatismes nous façonnent et la façon d'y faire face. Avec la toujours excellente Elisabeth Moss et un Jamie Bell inquiétant, voilà une nouvelle belle série ajoutée au catalogue d'Apple TV+.

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Shining Girls, une mini-série créé par Silka Luisa
8 épisodes disponibles sur Apple TV+


vendredi 20 mai 2022

Oussekine : un devoir de mémoire

 

Dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986, en pleines manifestations étudiantes contre le projet de réforme universitaire Devaquet, un ordre est donné aux voltigeurs (des policiers armés de matraque et montés sur une moto) de faire des rondes pour rechercher de prétendus casseurs. Trois policiers prennent en chasse Malik Oussekine, un jeune homme qui sortait simplement d’un club de jazz dont il était un habitué. Il sera roué de coups par les policiers dans un hall d’immeuble et décédera suite à cette agression. 

Oussekine est une remarquable mini-série française, constituée de 4 épisodes d’une heure environ, et qui revient sur ce tragique épisode de violence policière qui a marqué les esprits. 

La reconstitution est minutieuse et la réalisation impeccable, signée Antoine Chevrollier (qui a travaillé notamment sur Le bureau des légendes et Baron noir). Un montage intelligent permet petit à petit, tout au long des quatre épisodes, de reconstituer la nuit du drame mais aussi de découvrir la personnalité de Malik et le portrait de sa famille. Le scénario permet de garder un bel équilibre narratif entre la portée politique et sociale de l’événement d’une part, et le drame intime qui se joue pour une famille, un drame accentué par le mépris, l’hypocrisie et le racisme auxquels elle doit faire face. Le tout est filmé avec beaucoup de sobriété, ce qui n’ôte nullement la force du propos, bien au contraire. 

La fin de l’épisode final souligne, presque avec résignation, sous le regard hagard de la famille, la peine dérisoire à laquelle les policiers reconnus coupables sont condamnés (une condamnation “de principe” avec seulement de la prison avec sursis…). Cette conclusion laisse un goût amer, celui d’une justice à deux vitesses, et d’un verdict qui représente une regrettable jurisprudence en matière de violence policière… La série ne se termine pourtant pas dans la colère mais avec des plans sobres sur les frères et soeurs de Malik, aujourd’hui, 35 après les faits. Une fin qui impose un devoir de mémoire, pudique et digne, mais essentiel. Parce que les problématiques n’ont, finalement, pas tellement changé… 

Les actrices et acteurs de la série sont remarquables, avec, dans des seconds rôles importants, quelques figures très connues (Kad Merad, Olivier Gourmet, Laurent Stocker) mais aussi beaucoup de comédiens moins connus, tous excellents. Mentions spéciales à Mouna Soualem dans le rôle de Sarah Oussekine et Hiam Abbass dans le rôle de la mère de Malik. 

Oussekine est une série qu’on peut qualifier de nécessaire par le sujet qu’elle aborde, et l’intelligence avec laquelle elle l’aborde. 

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Oussekine, une mini-série créée par Antoine Chevrollier 
4 épisodes d'une heure environ, disponibles sur Disney+ 


vendredi 13 mai 2022

Ozark : un final magistral pour une série noire devenue grande

Ce n’est pas facile de bien terminer une série. Beaucoup s’y sont cassé les dents, provoquant parfois la colère des fans. De toute façon, un final de série fait rarement l’unanimité, et c’est le cas de la série Ozark, dont la saison finale a été récemment mise en ligne sur Netflix. Mais pour ma part, je l’ai trouvé parfaite, tout à fait cohérente avec l’ensemble de la série, tout en étant indécise jusqu’au bout. Magistral. 

Ozark est incontestablement une série qui s’est bonifiée au cours des saisons. Elle commence comme une bonne série, sans plus, et se termine comme une grande série noire.

Petit rappel du pitch de la série. Marty Byrde est conseiller en gestion financière… mais il blanchit aussi de l’argent pour le compte d’un cartel mexicain de la drogue. Alors qu’une somme importante a disparu, Marty est contraint de quitter Chicago et il emmène toute sa famille s’installer au bord du lac des Ozarks, dans le Missouri. Il va devoir trouver des solutions pour blanchir l’argent du cartel et rembourser sa dette, tout en échappant au FBI… 

Ozark est une série dans la veine de Breaking Bad, c’est-à-dire noire et cynique, autour d’une famille américaine moyenne qui se retrouve embarquée dans une spirale infernale, à cause d’une “petite” concession morale initiale qui prend petit à petit une ampleur incontrôlable. Ses personnages sont complexes, très humains, avec toute leur part d’ombre. Une série face à laquelle le spectateur se retrouve en empathie avec des anti-héros qui peuvent commettre parfois les pires atrocités… et cela crée un sentiment étrange et fascinant. 

Ozark est une série sur la famille. D’abord la famille américaine moyenne qui, derrière des apparences de respectabilité, peut cacher des actes, des comportements et des secrets pour le moins condamnables. Mais aussi des histoires de familles déstructurées, instables, des familles de sang ou des familles de coeur, qui se construisent au gré des circonstances et des épreuves. La série permet d’aborder des questions nombreuses autour de la loyauté et de la fidélité, de la vérité et du mensonge, des relations dans le couple, des relations entre parents et enfants, du modèle familial à préserver ou non… Et dans la saison finale, c’est la question de la transmission qui est au coeur du récit, à différents niveaux : les enfants peuvent-ils échapper à leur héritage familial où sont-ils contraints de reproduire ce qu’ils ont vécu ? 

Mais Ozark est aussi une série sur notre monde capitaliste et sa violence, un monde où la fin justifie les moyens, où l’argent, et le pouvoir de l’argent, fait tourner la tête et corrompt les relations, les individus et les institutions. Comme le dit Chris Mundy, le showrunner de la série à propos de la saison finale : “Le capitalisme ne fonctionne que s'il y a un gagnant et un perdant.” Ozark l’illustre de façon cinglante…  

Il faut enfin souligner que ce qui fait aussi la réussite de la série, c'est son casting. Jason Bateman et Laura Linney sont extraordinaires dans les rôles de Marty et Wendy Byrde, de même que Julia Garner, la révélation de la série, dans le rôle de Ruth Langmore. 

Oui, Ozark se termine comme une grande série noire, dans un final qui laisse un goût amer. Et c’est bien qu’il en soit ainsi, c’est tout à fait cohérent avec l'histoire de la famille Byrde, et cela sert parfaitement le propos de la série. 

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Ozark, une série créée par Bill Dubuque, Mark Williams

4 saisons (44 épisodes au total) disponibles sur Netflix



jeudi 5 mai 2022

Moon Knight : un super-héros dans la mythologie égyptienne

 

Steven Grant, passionné d’archéologie, est employé dans un musée comme simple vendeur de souvenirs. Mais il est en proie à des trous noirs et reprend conscience parfois dans des lieux et des situations surprenantes. En réalité, il souffre de troubles dissociatifs de l’identité. Dans certaines circonstances, il devient Mark Spector, alias Moon Knight, un justicier au service de Konshu, le dieu égyptien de la lune. A moins que ce soit l’inverse…

Moon Knight est une mini-série à part dans le MCU (Marvel Cinematic Universe). Jusqu’ici, les séries disponibles sur Disney+ permettaient soit d’introduire de nouveaux personnages au sein du MCU, soit de faire évoluer sensiblement des personnages déjà connus. Moon Knight n’est rattachée à aucune autre série ou aucun film Marvel, même dans la scène post-générique du dernier épisode. On ne sait même pas, à ce jour, s’il y aura une saison 2, même si le final de la saison 1 (et surtout la scène post-générique) laisse ouverte une suite possible. 

On est dans la veine mythologique, en l’occurrence la mythologie égyptienne. L’univers est donc très différent de la mythologie nordique de Thor et Loki. L’ambiance orientale est bien rendue et le contexte de l’archéologie donne à la série un côté Indiana Jones très plaisant.

Une autre particularité du personnage de Moon Knight, c’est la maladie mentale avec la dissociation de personnalités dont souffre son héros. Même si dans ce domaine on est loin du délire assez génial de la série Legion (disponible aussi sur Disney+), c’est plutôt réussi et ouvre évidemment de nombreuses possibilités de scénario, notamment dans le fait de laisser planer le doute, et ceci jusqu’au bout, sur la perception de la réalité. 

Il y a enfin une pincée de genre horrifique inédit dans les séries Marvel (mais qu’on retrouve aussi dans le dernier Doctor Strange au cinéma). 

Dans le rôle de Steven Grant / Mark Spector, Oscar Isaac excelle en passant avec maestria d’une personnalité à l’autre. Face à lui, Ethan Hawke dans le rôle du méchant est glaçant à souhait. 

Même si on aurait aimé que la série aille un peu plus loin encore dans la folie, le spectacle est au rendez-vous. Et le fait qu’on n’ait pas à se prendre la tête pour faire le lien avec l’ensemble du MCU n’est pas désagréable… 

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Moon Knight, une série créée par Jeremy Slater

6 épisodes de 45 minutes environ, disponibles du Disney+