vendredi 14 octobre 2022

Les Anneaux de Pouvoir : un retour convaincant en Terre du Milieu (avec une marge de progression)

 

Environ 3000 ans avant les événements racontés dans Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, une période de paix relative règne en Terre du Milieu, après la défaite de Morgoth. Mais Galadriel est persuadée que Sauron, le serviteur de Morgoth, est encore un redoutable danger. Elle est bien décidée à le retrouver et le combattre. 

C’est peu dire que la série était attendue ! On se rend bien compte qu’elle est la plus chère de l’histoire, avec des moyens colossaux pour un retour en Terre du Milieu risqué tant l’univers de Tolkien est riche et périlleux à adapter, tant les films de Peter Jackson, surtout dans sa trilogie du Seigneur des Anneaux, ont marqué, et tant les fans et les connaisseurs de Tolkien (ou ceux qui estiment l’être) attendait la série au tournant (certains ayant de toute façon décidé que ce serait mauvais avant même la sortie de la série…). Et de fait, les critiques n’ont pas manqué… 

Autant le préciser tout de suite : j’ai vraiment aimé cette première saison, même s’il y a encore une marge de progression pour la suite. 

On pourrait avoir l’impression que cette première saison est essentiellement une introduction qui prépare la suite (à priori il y aurait 5 saisons prévues…). Certains prétendent même qu’il ne s’y passe rien. Je ne suis pas d’accord. Certes, la série prend son temps et les scènes véritablement épiques ne sont pas très nombreuses (mais il y en a quand même, et parfois très spectaculaires), mais en cela, ce serait plutôt conforme aux récits de Tolkien. Il se passe toutefois pas mal de choses et le final ouvre sur des perspectives intéressantes pour la suite. Alors tout n’est pas parfait dans la série. Il y aura sans doute des ajustements à faire dans la saison 2 au niveau du rythme, certaines ficelles du scénario sont un peu trop évidentes, il aurait été sans doute préférable de diluer certains éléments de l’épisode final dans les épisodes précédents plutôt que d’y concentrer pratiquement toutes les révélations (même si ça alimentait les différentes théories des fans tout au long des semaines de diffusion…)

Mais franchement, j’ai eu beaucoup de plaisir à regarder la série et je suis assez convaincu par son dénouement et ses révélations finales (sur Sauron et sur l’Etranger) qui me semblent plutôt cohérentes. Et puis il y avait quand même une vraie joie de replonger dans l’univers de Tolkien, dans le prolongement de ce que Peter Jackson avait imaginé : les grands espaces, les décors, les costumes, les multiples races et créatures, tout cela est quand même assez somptueux ! 

Evidemment, certains puristes et certains défenseurs autoproclamés de Tolkien crient au scandale pour telle interprétation d’un personnage clé (moi j’ai bien aimé la Galadriel incarnée par Morfydd Clark...) ou parce que la chronologie de l’oeuvre de Tolkien n’est pas toujours respectée… Mais adapter Tolkien est une tâche colossale et délicate… Et puis il faut se souvenir que le matériau de base utilisé par la série sont les appendices au Seigneur des Anneaux (ajoutés à la deuxième édition de la trilogie originelle), pas le Silmarillion par exemple ou d’autres ouvrages de Tolkien. A partir de là, la série bâtit son scénario et s’autorise quelques libertés. Et alors ? Par ailleurs, la série n’est pas seulement une adaptation de Tolkien, c’est aussi une série préquelle des films de Peter Jackson (qui lui-même avait pris quand même certaines libertés avec le Seigneur des Anneaux et surtout pas mal brodé autour du Hobbit). Et de ce point de vue, ça me semble assez réussi. 

Pour moi, la mission est donc accomplie : le retour en Terre du Milieu est convaincant. J’attends la suite ! 

--------
Les Anneaux de Pouvoir, une série créée par John D. Payne et Patrick McKay
avec Morfydd Clark, Markella Kavenagh, Robert Aramayo
8 épisodes de 70 minutes, disponibles sur Amazon Prime Video


mardi 11 octobre 2022

The Bear : les nerfs à vif en cuisine !

 

Carmen Berzatto (“Carmy”) est un jeune chef plein de talent qui a travaillé dans les meilleurs restaurants. Après la mort de son frère (il s'est suicidé), il est de retour à Chicago pour reprendre la direction du restaurant que son frère lui a légué… avec toutes ses dettes. Il va devoir faire sa place, gérer un personnel pas toujours coopératif et affronter les conséquences personnelles et familiales liées à la tragédie de son frère. 

The Bear est une série qui nous fait entrer de façon très immersive dans les coulisses d’un restaurant d’un quartier populaire de Chicago. Les épisodes sont courts (une demie heure environ), très rythmés, nerveux, parfois même effrénés. On partage le stress de toute l’équipe, avec comme paroxysme l’épisode 7 et son unique plan séquence de 20 minutes ! Il y a aussi beaucoup d’humour, avec des personnages attachants et touchants (et la ville de Chicago qui est aussi un personnage à part entière), un scénario qui permet d’évoquer des questions autour de la famille, du deuil, de l’addiction, du travail, de la solidarité… Le casting est impeccable. 

Autant dire qu’on enchaîne les 8 épisodes avec gourmandise, jusqu’à un épisode final plein d’émotion. A la fin de la saison, on a envie d’en connaître plus sur les personnages, en savoir plus sur leur histoire, et de découvrir la suite de leurs aventures ! Bref, voilà une première saison qui nous met l’eau à la bouche. Et la bonne nouvelle est qu’une saison 2 a déjà été commandée : on est prêt à se remettre à table !

-------
The Bear, une série créé par Christopher Storer
avec Jeremy Allen White, Ebon Moss-Bachrach, Ayo Edebiri
8 épisode de 30 minutes environ, disponibles sur Disney+


jeudi 29 septembre 2022

Kleo : espionnage et humour déjanté en Allemagne de l'Est

Kleo est une espionne est-allemande. En 1987, elle tue un homme d'affaires à Berlin-Ouest. Peu de temps après, elle est arrêtée et emprisonnée, lâchée par tous ceux qu’elle connaît, y compris son grand-père, un officier supérieur est-allemand qui l’a élevée. Deux ans plus tard, après la chute du mur de Berlin, elle est libérée en même temps que de nombreux prisonniers politiques. Elle va mener son enquête pour savoir pourquoi elle a été trahie et emprisonnée. 

Kleo, du nom de son héroïne, est une série d’espionnage allemande, bien enlevée, pleine de surprises, dans une ambiance pop délicieusement eighties. La série adopte surtout un ton décalé très réjouissant, avec beaucoup d’humour, parfois même assez déjanté. Autour de Kleo, on trouve un policier peureux et maladroit qui rêve de mener une grande enquête criminelle, un colocataire complètement perché et persuadé d’être originaire d’une autre planète, des agents secrets de différents services, dont au moins un agent double, des anciens dirigeants de la RDA…et une valise rouge qui contient un secret pouvant faire vaciller le monde. 

Le personnage principal est incarné par Jella Haase, une vraie révélation, jeune comédienne pleine d’énergie et de fantaisie. Elle est entourée par une bande d’acteurs et d’actrices qui, visiblement, se sont bien amusés, notamment Dimitrij Schaad, très drôle. 

Et si on finit par savoir à la fin ce qu’il y a dans la fameuse valise rouge, les dernières images laissent de nombreuses portes ouvertes pour une suite ! Et, bonne nouvelle, une saison 2 a été commandée par Netflix ! Sehr gut !!! 

-------
Kleo, une série créée par Hanno Hackfort, Richard Kropf et Bob Konrad
1 saison (8 épisodes) disponible sur Netflix


mercredi 17 août 2022

Better Call Saul : clap de fin pour un diptyque incontournable

 

Better Call Saul, c’est fini ! Le dernier épisode de la 6e et dernière saison vient de sortir sur Netflix et clôt avec brio cette série spin-off et prequel du cultissime Breaking Bad. La saison finale permet de découvrir la fin de la mue de Jimmy McGill en Saul Goodman, et comment se termine l’histoire de Gene Takavic, la nouvelle identité de Jimmy en fuite. On y croise bon nombre de personnages de Breaking Bad, certains (Mike, Gustavo Fring…) pour des rôles importants, d’autres pour des apparitions courtes mais significatives (jusque dans l’épisode final), et c’est le cas de Walter White et Jessie Pinkman dans les derniers épisodes. L’univers de la série s’enrichit aussi de nouveaux personnages (Kim Wexler, Nacho Varga, Lalo Salamanca…), essentiels pour comprendre le futur Saul Goodman. 

Une série spin-off risque toujours de souffrir de la comparaison avec la série originale. Et comme Breaking Bad est sans doute une des meilleures séries de l’histoire des séries, le risque était grand pour Better Call Saul. Mais Vince Gilligan et Peter Gould, les créateurs de la série, réussissent l’exploit de faire un spin-off (presque) aussi bon que la série d’origine (pour moi, Breaking Bad reste insurpassable…), à tel point que les deux deviennent indissociables et devraient plutôt être considérées comme un diptyque incontournable. 

Il y a une proximité évidente entre les deux séries. Un storytelling toujours aussi maîtrisé, des personnages hauts en couleur et un ton si particulier, avec un mélange détonnant de cynisme, d’humour noir, de franche comédie qui bascule parfois dans le drame. Breaking Bad / Better Call Saul est en réalité un conte moral qui explore les parts sombres du cœur humain, tout en cherchant à comprendre les aspirations profondes et les mécanismes qui peuvent pousser des gens ordinaires à devenir des monstres ou des crapules. On retrouve dans les deux séries des thèmes similaires comme le besoin de revanche et le sentiment d’injustice qui se transforment petit à petit en spirale de la vengeance, ou le pouvoir corrupteur, dans tous les sens du terme, de l’argent, et dans les deux cas, aussi, des histoires de famille compliquées… et une histoire d’amour. Les deux séries parviennent à raconter la vie et l’évolution de ses anti-héros en gardant de l’empathie pour eux, alors même qu’ils deviennent des personnages que l’on devrait détester. C’est ce jeu d’ombre et de lumière qui fait toute la saveur du diptyque.

Le casting est excellent, avec un Bob Odenkirk toujours aussi savoureux, qui devient même assez bouleversant dans le final doux-amer - et réussi ! - de la série. Better Call Saul est donc une réussite totale, dans le parfait prolongement de Breaking Bad.

-------
Better Call Saul, une série créée par Vince Gilligan et Peter Gould
6 saisons (63 épisodes) disponibles sur Netflix


samedi 13 août 2022

For All Mankind (saison 3) : une uchronie brillante qui nous emmène vers les étoiles

La saison 3 de l’une de mes séries préférées vient juste de se terminer sur Apple TV+, de façon intense et grandiose. N’y allons pas par quatre chemins : For All Mankind est sans conteste une des toutes meilleures séries en cours (une saison 4 est heureusement déjà commandée), et même une des toutes meilleures séries tout court depuis les années 2000. Dans son genre, on n’est pas loin du chef d’oeuvre ! 

Mais la série n’est certainement pas connue comme elle le mériterait ! Alors il n’est sans doute pas inutile de redire en quelques mots de quoi il s’agit. Le premier épisode de la saison 1 s’ouvrait en 1969 sur les premiers pas de l’homme sur la Lune… avec toutefois un changement de taille : ce ne sont pas les Américains mais les Russes qui ont été les premiers sur la Lune ! A partir de ce point de départ, la série développe une uchronie passionnante qui va changer beaucoup de choses par rapport à l’histoire que nous connaissons. Ainsi, la Guerre Froide entre les USA et l’URSS se déroulera aussi sur la Lune où Américains et Russes doivent cohabiter. La série va développer aussi tout un fil narratif féministe dont le déclencheur sera la deuxième mission soviétique sur la Lune, avec une cosmonaute, ce qui nécessitera une réponse de la part des Américains et qui déclenchera un effet domino qui accélérera certaines évoolutions dans la société. Quant à la saison 3, qui se déroule dans les années 90, elle va voir la course entre les USA et l’URSS (eh oui, l’URSS existe toujours bel et bien dans les années 90 dans For All Mankind !) se poursuivre jusque vers Mars… avec un troisième acteur qui rejoint la course, une entreprise privée à la tête de laquelle se trouve un petit génie richissime. 

On le comprend, ce qui fait toute la saveur de la série, c’est non seulement la qualité de sa production, sa réalisation impeccable, son excellent casting, mais c’est surtout l’intelligence du scénario qui rend la série toujours aussi passionnante. Ainsi, la série ne souffre d'aucune baisse de tension ou d'une perte d’intérêt après trois saisons, bien au contraire ! Elle parvient, avec maestria, à développer à la fois les enjeux scientifiques, géopolitiques et sociétaux à grande échelle et les enjeux dramatiques personnels et intimes de ses différents personnages. 

A cet égard, on sait après les deux premières saisons que les auteurs de la série n'hésitent pas à faire mourir certains de leurs personnages. La conquête spatiale est éminemment dangereuse et il serait hautement improbable que tous les personnages d’une série comme For All Mankind s’en sortent sains et saufs. Cette saison 3 ne déroge pas à la règle… aucun personnage, aussi important soit-il, n’est à l’abri, dans l’espace ou ailleurs ! Mais je n’en dirai pas plus...

Du point de vue des enjeux à grande échelle, on n’est pas au bout de nos surprises avec cette saison 3. Le scénario nous réserve toujours des propositions audacieuses mais bien réfléchies. Pour que l’uchronie fonctionne, il faut que les changements proposés soient plausibles, y compris d’un point de vue scientifique. La série ne bascule jamais dans le Space Opera : elle veut résolument se situer du côté de la Hard Science. A noter d’ailleurs qu’il ne faut pas manquer le petit bonus post-générique à la fin du dernier épisode : "The science behind For All Mankind", qui montre à quel point la série veut vraiment s’attacher à une rigueur scientifique, pour qu’elle soit le plus réaliste possible. A voir aussi, avant de regarder la saison 3, les petites pastilles très bien faites, qui évoquent l’histoire alternative de la série, avec de vraies-fausses images d’archives et de journaux télévisés des années 80, pour faire le lien entre les saisons 2 et 3. Tout est réfléchi, bien construit et se veut aussi plausible que possible. C’est vraiment passionnant !

Ceci dit, j’ai quand même un gros problème avec For All Mankind : il va falloir que j’attende une année pour connaître la suite, qui va visiblement se dérouler dans les années 2000 si l’on en croit la dernière scène de l’épisode final, avec son habituel cliffhanger… L’attente va être longue ! 

-------
For All Mankind, une série créée par Ronald D. Moore, Ben Nedivi, Matt Wolpert
3 saisonsde 10 épisodes, disponibles sur Apple TV+