vendredi 14 juin 2024

Becoming Karl Lagerfeld : Portrait d’un personnage mystérieux en quête de reconnaissance

En 1972, Karl Lagerfeld a 38 ans. Il se définit lui-même comme mercenaire du prêt-à-porter mais son ambition est de devenir le couturier le plus reconnu, à une époque où le roi incontesté de la mode est Yves Saint Laurent et où Pierre Bergé règne sans partage à la tête de la plus prestigieuse maison de couture. C’est aussi l’année où Karl Lagerfeld rencontre Jacques de Bascher, jeune dandy séducteur et fantasque… 

Librement inspiré de la vie de Karl Lagerfeld, la série n’est pas un biopic classique qui évoquerait la vie de son personnage principal, ni même l’ensemble de sa carrière. La bonne idée du scénario est de s’être limité à une durée d’une dizaine d’années, jusqu’au tout début des années 80, le récit s’arrêtant au moment où Karl Lagerfeld s’apprête à être embauché comme directeur artistique de Chanel. Ce sont les années charnières au cours desquelles Karl est devenu Lagerfeld. 

C’est le portrait d’un homme mystérieux, qui s’est construit une carapace et a façonné un personnage, de sa solitude et de sa quête immense de reconnaissance. C’est aussi l’histoire d’une ambition et d’une revanche, celle d’un créateur de mode négligé par ses pairs et qui veut réussir, être reconnu pour son talent. C’est enfin le portrait d’une époque, les années 70, avec leurs excès et leur insouciance, avant les années SIDA, sous le prisme du petit monde de la mode. Tout le travail de reconstitution (costumes, décors...) est remarquable et d'une grande précision. 

La série évoque la relation essentielle de Karl avec sa mère, sa rivalité avec Yves Saint Laurent, ses rapports compliqués avec Pierre Bergé, et surtout son histoire d’amour complexe, tourmentée et contrariée avec Jacques de Bascher. Il y a du tragique dans cette histoire, très bien mise en scène par Jérôme Salle et Audrey Estrougo qui se répartissent la réalisation des épisodes. 

Le casting est remarquable. On savait déjà Daniel Brühl bon acteur, il est excellent dans le rôle de Karl Lagerfeld. Il y a aussi la révélation de Théodore Pellerin, acteur canadien déjà croisé en Marquis de Lafayette dans la série Franklin, qui incarne brillamment Jacques de Bascher. A noter également la bande originale très réussie composée par Sacha et Evgueni Galperine. 

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Becoming Karl Lagerfeld, une série créée par Isaure Pisani-Ferry et Jennifer Have 
avec Daniel Brühl, Théodore Pellerin, Alex Lutz, Arnaud Valois
6 épisodes disponibles sur Disney+

vendredi 17 mai 2024

Sugar : bel hommage aux films noirs... mais pas que !

 

John Sugar est détective privé. Il est engagé par Jonathan Siegel, un célèbre producteur hollywoodien dont la petite-fille a disparu. Au cours de son enquête, il découvre les secrets de la famille Siegel. Ses recherches font aussi remonter à la surface un événement douloureux de son propre passé familial. 

Dans toute sa première partie, qui couvre environ les deux tiers de la saison, Sugar est une série policière, au début assez classique, un bel hommage aux films noirs, dans une esthétique rétro, avec une voix off introspective très présente, le récit intégrant même plusieurs courts extraits de films des années 1940 et 1950. Le héros, incarné à la perfection par le génial Colin Farrell, est un détective solitaire, taciturne, mais altruiste. Il n’aime pas faire du mal aux gens, il déteste la violence. Tout ce qu’il veut, c’est retrouver les disparus et les rendre à leurs proches. 

Et puis, à la fin de l’épisode 6, survient un incroyable twist, complètement inattendu. En tout cas moi, je n’ai rien vu venir ! La série prend alors une nouvelle tournure pour ses derniers épisodes. Je ne vais évidemment rien dévoiler ici mais ce twist fonctionne vraiment bien, il éclaire tout le récit sous un jour nouveau, sans pour autant qu’on ait besoin de revoir tous les épisodes qui précèdent pour tout comprendre. 

La série se termine sur un vrai dénouement, une résolution de l’intrigue, mais propose une fin suffisamment ouverte pour qu’on perçoive qu’une saison 2 est clairement envisagée. Espérons qu’elle sera en effet produite, parce que la série est encore une nouvelle belle réussite à mettre au crédit de Apple TV+, dont le catalogue est décidément d’une qualité globale remarquable.

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Sugar, un série créée par Mark Protosevich
avec Colin Farrell, Kirby Howell-Baptiste, Amy Ryan
8 épisodes disponibles sur Apple TV+

mardi 23 avril 2024

Shogun : une grande fresque historique, romanesque et épique

Au Japon, en 1600, c’est un conseil de régents qui dirige le pays jusqu’à ce que le fils héritier soit en âge d’exercer le pouvoir. Mais le conseil est fragilisé par des rivalités internes. L’un de ses membres, Ishido, parvient à retourner le conseil contre son ennemi au sein des régents, Toranaga. C’est alors qu’un navire, l’Erasmus, s’échoue non loin d’un village de pêcheurs. L’équipage est capturé, avec son capitaine anglais et protestant, alors que le pays est en partie sous l’influence commerciale et religieuse du Portugal catholique. Toranaga y voit une occasion de retourner la situation en sa faveur et, pourquoi pas, accéder au pouvoir absolu, celui du Shogun. Pour communiquer avec Blackthorne, Toranaga emploie Mariko, une jeune femme devenue catholique et ayant suivi l’enseignement des Jésuites portugais…   

Inspiré du roman de James Clavell, déjà adapté pour le petit écran dans les années 80 (avec Toshiro Mifune et Richard Chamberlain), Shogun est une grande fresque historique, romanesque et épique. Par rapport à la première adaptation en série (dont il me reste quelques bribes en souvenir), la nouvelle série a fait le choix de l’authenticité dans la reconstitution historique, pour s’éloigner d’une adaptation trop occidentalo-centrée. Et le résultat est franchement très convaincant. La reconstitution du Japon féodal est impressionnante, dans des décors et des costumes somptueux. Je suis bien incapable de dire si l’ensemble est historiquement fiable mais en tout cas, ça y ressemble ! 

En 10 épisodes d’une heure environ, la série prend le temps de développer l’intrigue dans toute sa complexité, avec ses jeux politiques, ses complots et ses trahisons, le tout dans un monde qu’on découvre avec les yeux de Blackthorne, apprenant les us et coutumes d’une culture dont il est complètement étranger, et dont il devra apprendre les codes, notamment autour de l’honneur. Mais la série sait aussi se montrer épique dans des scènes de combat spectaculaires, et romanesque dans une intrigue amoureuse contrariée. Bref, le spectacle est au rendez-vous ! 

Avec un casting d’excellente qualité, de nombreux acteurs et actrices japonais (Hiroyuki Sanada est impérial dans le rôle de Toranaga et Anna Sawai remarquable dans celui de Mariko), Shogun est une vraie réussite, une mini-série qui a de l’ampleur et du souffle. 

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Shogun, une série créée par Justin Marks et Rachel Kondo
avec Hiroyuki Sanada, Cosmo Jarvis, Anna Sawai
10 épisodes disponibles sur Disney+

vendredi 12 avril 2024

Ripley : un sublime noir et blanc pour une série noire fascinante

Tom Ripley est un petit escroc new-yorkais au début des années 1960. Une occasion inespérée se présente à lui lorsqu’un homme très riche l’approche et souhaite l’engager pour aller en Italie et tenter de convaincre son fils, qui profite d’une vie oisive dans une magnifique villa au bord de la mer, de rentrer aux Etats-Unis.

Tournée dans un somptueux noir et blanc, la série revisite le roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith, déjà adapté par deux fois à l’écran (Plein soleil, réalisé par René Clément en 1960 et Le talentueux M. Ripley réalisé par Anthony Minghella en 1999). Le format série (8 épisode d’une heure environ) permet au récit de prendre son temps, de développer les personnages et de petit à petit évoquer l’engrenage dans lequel Tom Ripley met le doigt, avant de s’élancer dans une terrible fuite en avant faite de mensonges, de manipulations et de violence. 

Tous les épisodes ont été écrits et réalisés par Steven Zaillian et son travail est remarquable : le soin apporté à l’image, les cadrages, la mise en scène… c’est vraiment très beau. Tournée dans un sublime noir et blanc, la série est un thriller extrêmement bien construit, dans une esthétique évoquant l’âge d’or des films noirs. Car c’est bien une série noire, sombre voire dérangeante. Le personnage de Tom Ripley n’a rien de sympathique. Il est terriblement froid et inquiétant, un manipulateur glaçant et prêt à tout. Et la façon dont l’excellent Andrew Scott incarne le personnage est assez magistrale ! Voilà qui accentue le malaise qu’on peut ressentir face à la fascination suscitée par un tel anti-héros… 

La façon dont la série se termine laisse clairement la possibilité d’une suite… et il se trouve que Patricia Highsmith a écrit cinq romans autour du personnage de Tom Ripley. Il y a donc de la matière pour plusieurs saisons. On espère que ce sera le cas !

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Ripley, une série créé par Steven Zaillian
avec Andrew Scott, Dakota Fanning, Johnny Flynn
8 épisodes, disponibles sur Netflix

jeudi 28 mars 2024

Constellation : De la SF à mystère, énigmatique et assez fascinante

 

Jo est astronaute. Lors d’une mission à bord de l’ISS, un grave incident se produit qui coûte la vie à un membre de l’équipage. Jo s’en sort et retourne sur Terre. Mais elle a l’étrange impression que tout n’est pas revenu comme avant, la vie qu’elle retrouve n’est pas comme celle qu’elle a connu. Même son mari et sa fille sont différents. 

Constellation est une série de science-fiction à mystère, énigmatique et assez complexe dans sa narration. Dans les premiers épisodes, on est un peu perdus, on ne sait pas sur quel pied danser. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui n’est pas ? C’est évidemment volontaire : on veut, un peu, nous faire ressentir ce que ressent l’héroïne. Et puis, petit à petit, on se rend compte qu’il n’y a pas que l’héroïne qui est en cause, que c’est encore plus complexe qu’on l’imaginait.  

Peut-être que certains spectateurs se décourageront devant les mystères qui se multiplient… J’avoue que pour ma part, je me suis vraiment pris au jeu et j’ai été porté par le récit. On est constamment à s’interroger sur ce qui nous est montré, on essaye de faire le lien entre ce qu’on voit, ce qu’on entend… Et puis quand on pense avoir un semblant d’explication, quelque chose arrive qui remet tout en cause. A la fin, dans le dernier épisode, on peut penser qu’on se dirige vers une solution acceptable, même si de nombreuses questions demeurent irrésolues. Et puis la dernière image nous offre un dernier revirement inattendu. On est loin d’avoir tout compris. Le créateur de la série en a gardé sous le pied, nul doute qu’il espère qu’une saison 2 soit commandée par Apple. On verra bien… 

En attendant, cette première saison nous offre une histoire assez fascinante, créant chez le spectateur un certain inconfort troublant. Même si la série n’a pas de suite, elle est déjà intéressante. Au-delà de la science-fiction et du mystère, la série touche à plusieurs genres, elle est aussi un drame intime et existentiel, un thriller paranoïaque, un film de fantôme, une fable philosophique. On y parle de deuil, d’identité, de dualité… Sur des questions aussi complexes, on peut admettre de ne pas avoir toutes les réponses ! 

Un des atouts de la série est aussi son actrice principale, l’excellente Noomi Rapace y est remarquable et intense, dans un rôle complexe. A noter aussi la jeune Davina Coleman qui joue le rôle d’Alice, la fille de Jo. 

En tout cas, en ce qui me concerne, j’espère qu’il y aura une saison 2 !

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Constellation, une série créée par Peter Harness
avec Noomi Rapace, Jonathan Banks, James D'Arcy, Davina Coleman
8 épisodes, disponibles sur Apple TV+