Commençons par les points positifs. Et ils sont nombreux. Interstellar est un spectacle grandiose, avec des images magnifiques (l'immensité de l'espace, une terre mourante envahie par la poussière, de grandioses paysages sur des planètes hostiles), des scènes spectaculaires, d'autres intimistes et émouvantes. Le tout est porté par une excellente musique de Hans Zimmer, habituel comparse de Nolan. Le film a un certain souffle qui n'est pas sans rappeler l'Étoffe des héros (The Right Stuff) de Philip Kaufman qui évoquait l'aventure de la conquête spatiale. Le scénario, bien que finalement assez classique (il n'a pas l'originalité d'Inception) est efficace et s'amuse avec la théorie de la relativité d'Einstein. On y retrouve des thèmes classiques de la SF : le voyage spatial, les paradoxes temporels, la question de la vie extra-terrestre ou la survie de l'humanité en danger. Le casting est bon, Matthew McConaughey en tête. Bref, le film dure presque 2h50 et je n'ai pas vu le temps passer !
Alors qu'est-ce qui fait qu'Interstellar est un très bon film de SF mais pas un grand film ? Le fait que, justement, il n'est qu'un film de SF. Il n'arrive pas à transcender le genre. Il se laisse même prendre par les travers qui guettent ce genre de film : quelques invraisemblances, des théories une peu fumeuses et un discours philosophique un peu naïf. Malgré la référence appuyée à 2001 (ballet spatial, "portail" vers une autre dimension), on est très loin de la portée métaphysique du modèle.
Mais ne boudons pas notre plaisir. Je le redis : Interstellar est un très bon film de SF. Vraiment. Sans doute un des meilleurs de ces dernières années. Mais j'espérais secrètement un grand film... et là je suis quand même un poil déçu.
vendredi 7 novembre 2014
lundi 20 octobre 2014
Mommy : Un film passionnel, excessif, éprouvant, inventif, passionnant.
Mommy est à l'image de ses héros : passionnel et excessif, mais terriblement attachant. C'est aussi un film éprouvant pour le spectateur emporté par le tourbillon émotionnel proposé par Xavier Dolan, dans une oeuvre inventive et passionnante. Mommy est un drame qui nous raconte l'histoire de Dina, une mère veuve excentrique et gouailleuse, qui hérite de la garde de son fils, un adolescent incontrôlable et violent qui a été exclu de l'établissement dans lequel il avait été placé. Le duo se transformera en trio avec l'énigmatique voisine, Kyla, dans la vie de laquelle on perçoit un lourd traumatisme. Ensemble, ces trois êtres blessés vont trouver une forme d'équilibre, et même d'espoir... mais pour combien de temps ?
Le film, tourbillonnant, propose quelques scènes extrêmement fortes. Je pense notamment à certains épisodes violents qui sont de vrais coups de poing, ou à la scène bouleversante où Dina imagine un avenir radieux à son fils.
Une des grandes idées de la mise en scène de Xavier Dolan, c'est le choix d'un format d'écran étroit au ratio d'image 1:1, qui donne à la fois une très grande proximité, une grande intimité, avec les personnages, mais qui produit aussi un sentiment d'enfermement tout à fait adapté au film. Un sentiment qui s'accentue encore quand, à deux reprises, l'écran s'élargit. Tout à coup on respire... jusqu'à ce que l'écran se rétrécisse à nouveau.
Le film est également porté par un trio d'acteurs remarquables. Le jeune Antoine Olivier Pilon incarne parfaitement un adolescent insupportable mais attachant, Suzanne Clément est très touchante dans le rôle de la voisine Kyla. Et il y a surtout Anne Dorval, sublime dans le rôle de Dina. Une performance exceptionnelle !
Mommy, c'est une histoire d'amour maternel et filial. Un amour fusionnel, excessif. Au début du film, la directrice de l'établissement d'où Steve est renvoyé met en garde Dina : "Ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on peut le sauver." La réponse de la mère sonne comme un défi : "les sceptiques seront confondus." La suite de l'histoire montrera combien l'amour peut être mis en péril par les épreuves de la vie, les blessures héritées du passé... mais aussi par une société qui ne veut finalement pas vraiment de personnages "hors-cadre" comme Dina ou Steve. La fin du film est sujette à interprétation. J'ai l'impression que malgré le drame, le film veut garder espoir, malgré tout... un espoir fou que l'amour peut finalement gagner.
Mommy a bien mérité son prix du jury du dernier festival de Cannes : le film a une profondeur et une maîtrise sidérantes chez un réalisateur de 25 ans !
Le film, tourbillonnant, propose quelques scènes extrêmement fortes. Je pense notamment à certains épisodes violents qui sont de vrais coups de poing, ou à la scène bouleversante où Dina imagine un avenir radieux à son fils.
Une des grandes idées de la mise en scène de Xavier Dolan, c'est le choix d'un format d'écran étroit au ratio d'image 1:1, qui donne à la fois une très grande proximité, une grande intimité, avec les personnages, mais qui produit aussi un sentiment d'enfermement tout à fait adapté au film. Un sentiment qui s'accentue encore quand, à deux reprises, l'écran s'élargit. Tout à coup on respire... jusqu'à ce que l'écran se rétrécisse à nouveau.
Le film est également porté par un trio d'acteurs remarquables. Le jeune Antoine Olivier Pilon incarne parfaitement un adolescent insupportable mais attachant, Suzanne Clément est très touchante dans le rôle de la voisine Kyla. Et il y a surtout Anne Dorval, sublime dans le rôle de Dina. Une performance exceptionnelle !
Mommy, c'est une histoire d'amour maternel et filial. Un amour fusionnel, excessif. Au début du film, la directrice de l'établissement d'où Steve est renvoyé met en garde Dina : "Ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on peut le sauver." La réponse de la mère sonne comme un défi : "les sceptiques seront confondus." La suite de l'histoire montrera combien l'amour peut être mis en péril par les épreuves de la vie, les blessures héritées du passé... mais aussi par une société qui ne veut finalement pas vraiment de personnages "hors-cadre" comme Dina ou Steve. La fin du film est sujette à interprétation. J'ai l'impression que malgré le drame, le film veut garder espoir, malgré tout... un espoir fou que l'amour peut finalement gagner.
Mommy a bien mérité son prix du jury du dernier festival de Cannes : le film a une profondeur et une maîtrise sidérantes chez un réalisateur de 25 ans !
lundi 13 octobre 2014
Gone Girl : Génial thriller, cruel et cynique

Gone Girl, c'est bien-sûr d'abord un thriller, qui débute sur une disparition mystérieuse. L'enquête qui suit est remplie de chausses-trappes, de coups de théâtre, de jeux de dupe. Impossible d'en dire trop, il faut garder la joie de la découverte ! Disons simplement qu'on est tenu en haleine tout au long du film.
Mais Gone Girl c'est aussi et surtout une fable cruelle sur le mariage. Abordé avec cynisme dans le film, de vraies questions sont posées. Comment faire pour qu'un couple dure ? Peut-on échapper au mensonge dans le couple ? Que recherche-t-on chez le conjoint ? Faut-il être soi-même ou être ce que l'autre veut que nous soyons ? Gone Girl donne une vision pessimiste du couple et du mariage mais invite à une vraie réflexion sur ce thème. Passionnant.
Gone Girl aborde aussi le thème de la famille. D'une part avec la relation des parents de Amy avec leur fille, qu'ils instrumentalisent. Mais aussi avec la relation entre Nick et sa soeur, traitée de façon très intéressante dans le film. Est-on prêt à un amour fraternel quoi qu'il en coûte, quoi que l'autre ait fait ?
Gone Girl évoque aussi la question des médias et de leurs dérives dans le traitement de l'actualité, notamment des faits divers. Le film dénonce les conclusions hâtives, l'emballement médiatique, la manipulation des images, la mise en scène des sentiments...
Au niveau de la réalisation, c'est du grand David Fincher. Un récit non linéaire lève le voile petit à petit sur l'intrigue, tout en maintenant la tension. Très tôt on sent qu'on nous mène en bateau... et on garde ce sentiment jusqu'à la fin du film ! Très fort. Le casting est bon. Ben Affleck est très bien mais c'est Rosamund Pike qui crève l'écran. Elle est extraordinaire dans le rôle d'Amy. Une révélation.
Génial thriller, fable cruelle et cynique, Gone Girl est à n'en pas douter un des films de l'année 2014 !
lundi 29 septembre 2014
Saint-Laurent : Portrait passionnant d'un génie fragile et tourmenté
La première bonne idée de Bertrand Bonello, c'est de ne pas avoir fait de son film un simple biopic mais de proposer une vision personnelle, centrée sur 10 ans de la vie de Saint-Laurent, entre 1967 et 1977, avec pour apothéose le défilé de juillet 1976 et la collection opéra-ballet russes. C'est forcément partiel, et partial, mais tellement plus intéressant que le biopic "officiel" et assez insipide de Jalil Lespert sorti en début d'année !
Si les acteurs sont tous très bons (y compris Gaspard Uliel en Yves Saint-Laurent), c'est la réalisation de Bertrand Bonello qui emporte l'adhésion. Il propose un récit elliptique, parfois destructuré, qui peut décontenancer, mais qui nous plonge de façon passionnante dans l'univers d'un génie fragile et tourmenté, à la limite de la folie. C'est l'univers de la haute-couture, ses processus créatifs, le travail de toutes les petites mains, les enjeux financiers (la scène au début du film où l'on voit Yves Saint-Laurent au travail dans son studio de couture est très réussie). C'est aussi l'univers de la nuit, sulfureux et marqué par l'alcool, la défonce, le sexe. Un univers souvent évoqué de manière assez crue dans le film : des scènes à ne pas mettre devant les yeux de tout le monde... C'est aussi l'univers intime d'un homme seul, obsessionnel (son bouddha et sa collection de camées, le chien Moujik), souvent morbide. Un écorché vif.
Bertrand Bonello assume sa vision personnelle. C'est ce qui fait sans doute la force de son film. Dans une scène, Yves Saint-Laurent passe devant le véritable portrait fait par Andy Warhol. La ressemblance entre l'acteur et le personnage historique devient moins évidente et le réalisateur ne le cache pas. Dans le film, Jacques de Bascher dit alors (je cite de mémoire) : "c'est vraiment toi" et ce dernier lui répond : "Non, c'est Yves Saint-Laurent selon Andy Warhol". Saint-Laurent, c'est Yves Saint-Laurent selon Bonello. Et j'ai aimé.
Si les acteurs sont tous très bons (y compris Gaspard Uliel en Yves Saint-Laurent), c'est la réalisation de Bertrand Bonello qui emporte l'adhésion. Il propose un récit elliptique, parfois destructuré, qui peut décontenancer, mais qui nous plonge de façon passionnante dans l'univers d'un génie fragile et tourmenté, à la limite de la folie. C'est l'univers de la haute-couture, ses processus créatifs, le travail de toutes les petites mains, les enjeux financiers (la scène au début du film où l'on voit Yves Saint-Laurent au travail dans son studio de couture est très réussie). C'est aussi l'univers de la nuit, sulfureux et marqué par l'alcool, la défonce, le sexe. Un univers souvent évoqué de manière assez crue dans le film : des scènes à ne pas mettre devant les yeux de tout le monde... C'est aussi l'univers intime d'un homme seul, obsessionnel (son bouddha et sa collection de camées, le chien Moujik), souvent morbide. Un écorché vif.
Bertrand Bonello assume sa vision personnelle. C'est ce qui fait sans doute la force de son film. Dans une scène, Yves Saint-Laurent passe devant le véritable portrait fait par Andy Warhol. La ressemblance entre l'acteur et le personnage historique devient moins évidente et le réalisateur ne le cache pas. Dans le film, Jacques de Bascher dit alors (je cite de mémoire) : "c'est vraiment toi" et ce dernier lui répond : "Non, c'est Yves Saint-Laurent selon Andy Warhol". Saint-Laurent, c'est Yves Saint-Laurent selon Bonello. Et j'ai aimé.
lundi 15 septembre 2014
Abyss : aussi bon que beau !
Abyss, c'est d'abord un beau jeu. L'éditeur a mis le paquet sur le packaging ! Les illustrations de Xavier Collette sont superbes, dès la boîte de jeu, disponible en 5 versions différentes (!) : juste un gros plan sur le visage d'une créature des profondeurs. Le dessin seul, le titre du jeu n'étant présent que sur la tranche de la boîte. Les illustrations des cartes et du plateau de jeu ne sont pas en reste. Vraiment une très jolie réussite.
Alors, Abyss, c'est beau, mais est-ce que c'est bon ? La réponse est oui, sans hésitation ! Dans sa catégorie (familial +), c'est même peut-être un des tout meilleurs. A son tour, un joueur a le choix entre trois actions : explorer les profondeurs (mais les autres joueurs pourront aussi en profiter), demander l'aide du conseil ou recruter un seigneur. Les deux premières actions permettent de récupérer des cartes alliés, qui elles-mêmes permettent de recruter des cartes seigneurs, ces dernières donnant des points de victoire, des pouvoirs spéciaux ou la possibilité de contrôler des lieux stratégiques du monde des profondeurs.
Les mécanismes sont simples, et n'ont certes rien de révolutionnaire, mais sont bien équilibrés : développement, collecte, combinaisons de cartes avec un zeste de "stop ou encore". Il réserve une belle interaction entre les joueurs et les parties sont rapides (une heure environ). Il me semble qu'il y a plutôt une bonne rejouabilité, avec les seigneurs et les lieux dont l'ordre d'apparition change à chaque partie. Certains diront que le thème est artificiel. Il est surtout porté par les illustrations, c'est sûr... mais elles sont tellement réussies que ça suffit à mon bonheur ! Surtout que le jeu lui-même tourne très bien.
Abyss est un vrai coup de coeur... qui pourrait bien figurer en bonne place dans mon palmarès personnel en fin d'année !
-------
Le site dédié au jeu : Abyss
La bande-annonce que l'éditeur a produite avant la sortie du jeu
Alors, Abyss, c'est beau, mais est-ce que c'est bon ? La réponse est oui, sans hésitation ! Dans sa catégorie (familial +), c'est même peut-être un des tout meilleurs. A son tour, un joueur a le choix entre trois actions : explorer les profondeurs (mais les autres joueurs pourront aussi en profiter), demander l'aide du conseil ou recruter un seigneur. Les deux premières actions permettent de récupérer des cartes alliés, qui elles-mêmes permettent de recruter des cartes seigneurs, ces dernières donnant des points de victoire, des pouvoirs spéciaux ou la possibilité de contrôler des lieux stratégiques du monde des profondeurs.
Les mécanismes sont simples, et n'ont certes rien de révolutionnaire, mais sont bien équilibrés : développement, collecte, combinaisons de cartes avec un zeste de "stop ou encore". Il réserve une belle interaction entre les joueurs et les parties sont rapides (une heure environ). Il me semble qu'il y a plutôt une bonne rejouabilité, avec les seigneurs et les lieux dont l'ordre d'apparition change à chaque partie. Certains diront que le thème est artificiel. Il est surtout porté par les illustrations, c'est sûr... mais elles sont tellement réussies que ça suffit à mon bonheur ! Surtout que le jeu lui-même tourne très bien.
Abyss est un vrai coup de coeur... qui pourrait bien figurer en bonne place dans mon palmarès personnel en fin d'année !
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Le site dédié au jeu : Abyss
La bande-annonce que l'éditeur a produite avant la sortie du jeu
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