vendredi 9 mai 2025

Le sens des choses : Une sérié très spirituelle, dans tous les sens du terme

 

Léa, 28 ans, est une jeune femme rabbine fraichement formée. Et ça ne plaît pas à tout le monde, à commencer par son propre père, psychanalyste, qui ne comprend pas du tout la démarche de sa fille. Embauchée dans une synagogue libérale de Strasbourg, elle va devoir faire ses premiers pas dans le métier, et tenter de répondre aux petites et aux grandes questions que le gens viennent lui poser, tout en faisant face à ses propres interrogations et ses doutes. 

Très librement inspiré de l’ouvrage Vivre avec nos morts, de Delphine Horvilleur, Le sens des choses est une série très spirituelle, dans tous les sens du terme : elle aborde de vraies questions existentielles, elle parle aussi de foi et de religion, mais elle le fait avec beaucoup d’esprit, de légèreté et de drôlerie. 

La série a indéniablement une vertu pédagogique pour mieux comprendre les rites et les coutumes du judaïsme. Mais elle a aussi une dimension universelle, évoquant les grandes questions existentielles, avec beaucoup de finesse et une sagesse toute hébraïque. Très loin de tout prosélytisme, la série préfère la nuance, l’interrogation voire le doute. Mais elle suscite la réflexion de façon intelligente. 

La série reste pourtant légère, souvent très drôle, parfois touchante. Elle est très bien écrite et interprétée, les dialogues sont tour à tour savoureux et profonds, les personnages, imparfaits, avec leurs failles, sont attachants. Elsa Guedj est épatante dans le rôle de Léa, entourée de personnages savoureux, incarnés par Eric Elmosnino, Manu Payet, Noémie Lvovsky ou Anouk Grinberg… excusez du peu !

-------
Le sens des choses, une série créée par Noé Debré et Benjamin Charbit
avec Elsa Guedj, Eric Elmosnino, Manu Payet
Disponible sur Max

lundi 5 mai 2025

Le combat des chefs : Le retour d’Astérix façon Chabat. Réjouissant, pour toute la famille.

 

Le dernier village d’irréductibles gaulois qui résiste encore et toujours à l’envahisseur est en danger. Leur druide Panoramix a pris un coup de menhir et il n’a plus toute sa tête : il ne se souvient plus de la recette de la potion magique… C’est le moment choisi par Jules César pour utiliser une coutume gauloise à son profit et enfin régner sur toute la Gaule : le combat des chefs ! 

Adaptation en série animée de l’album éponyme de Goscinny et Uderzo, Le combat des chefs est fidèle à l’esprit d’Astérix, tout en y ajoutant la fameuse touche Chabat et quelques clins d'œil modernes. L’animation 3D est assez joliment réussie. Le résultat est drôle, léger et vif, sans pour autant atteindre la réussite jouissive du film culte Mission Cléopâtre. Mais le divertissement est réjouissant, pour toute la famille : accessible aux plus jeunes, les aînés apprécieront les références qui jalonnent le récit. 

-------
Le combat des chefs, une série créée par Alain Chabat
avec Alain Chabat, Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier
Disponible sur Netflix

vendredi 11 avril 2025

The Pitt : Immersion haletante dans un service d'urgences

Dans un hôpital de Pittsburgh, en Pennsylvanie, le service d’urgence fait face au flot incessant des malades et des blessés, légers ou graves, qui se pressent dans l’établissement. 

Immanquablement, dès les premières minutes du premier épisode, on pense à Urgences, la référence en matière de série médicale réaliste. On est clairement sur le même créneau, c’est immersif et prenant, et on ne comprend pas la moitié des mots que les médecins utilisent… mais ce n’est pas grave ! L’originalité de la série étant de proposer une intrigue en temps réel : chaque épisode correspond à une heure de garde dans le service des urgences.

Certes, on peut avoir une petite impression de déjà vu… mais c’est tellement bien fait, rythmé, haletant, avec un réalisme époustouflant qu’on reste scotché devant l’écran. Un épisode par semaine, c’est bien. Pas sûr qu’enchaîner tous les épisodes à la suite soit une bonne idée. 

On est confronté aussi, évidemment, à de grandes questions existentielles, face à des dilemmes éthiques. Certaines scènes sont très fortes, certaines histoires déchirantes. Dans un service d’urgences, on croise toute la misère du monde, on est confronté à toutes les questions humaines et sociétales. Le personnel doit aussi faire face aux impératifs économiques, le manque de personnels et de moyens, la surcharge des patients… On est dans un contexte américain mais les questions résonnent aussi dans notre contexte français. 

Et puis pour les nostalgiques de la série Urgences, dont je fais partie, il y a le plaisir de revoir Noah Wyle en médecin. On est loin du jeune interne un peu perdu et dépassé, il est dans The Pitt le Docteur Robinavitch (Robby pour les intimes), chef du service des urgences. Son charisme fait beaucoup pour la réussite de la série, tout comme la galerie de personnages croisés dans la série. Car c’est une série chorale, avec toute l’équipe médicale (on ne quitte jamais le service des urgences), des médecins expérimentés aux étudiants, infirmières, psychologues, travailleurs sociaux et personnel administratif. Certains attachants, d’autres agaçants. Au bout de quinze épisodes, on a nos petits préférés, et on les quitte avec le dernier épisode avec un petit pincement au coeur. Heureusement, une saison 2 est déjà annoncée !

-------
The Pitt, une série créée par R. Scott Gemmill et John Wells
avec Noah Wyle, Tracy Ifeachor, Katherine LaNasa

lundi 24 mars 2025

Severance (saison 2) : La dystopie grinçante est de retour... et toujours incontournable

 

On l’a attendue trois ans, cette saison 2 de Severance, l’une des séries les plus originales, les plus étranges et les plus fascinantes de ces dernières années ! Une longue attente enfin récompensée... 

Pour rappel, dans Severance, on a implanté une puce aux employés de Lumon Industries, qui a pour effet de dissocier complètement leur vie privée et leur vie professionnelle. Quand ils sortent de l’ascenseur qui les mène à l’étage de leur bureau, ils deviennent littéralement une autre personne, qui n’a aucun souvenir de sa vie personnelle en dehors, et c’est évidemment exactement la même chose lorsqu’ils ne sont plus au travail. 

On retrouve dans la saison 2 le même ton de satire grinçante du monde de l’entreprise, avec ses méthodes managériales infantilisantes, ses humiliations et pratiques déshumanisantes, son système d’ultra-surveillance, et ses tâches répétitives et absurdes… On en apprend toutefois plus sur Lumon, même si de nouvelles révélations viennent aussi accentuer le mystère. En revanche, on va enfin savoir à quoi sert le mystérieux travail de Mark et ses collègues, qui passent leur journée à transférer des chiffres dans des boîtes sur leur écran d’ordinateur. 

La saison nous en apprend aussi plus sur la vie extérieure à Lumon de Mark et ses collègues, et, sans trop en dévoiler, disons simplement que des interactions entre les deux identités de chaque personnage vont même s’instaurer, pour une réflexion troublante, et parfois assez vertigineuse, autour de thèmes existentiels comme l’identité ou le libre arbitre.

La série est toujours aussi étrange, réservant sans cesse des surprises et des rebondissements, créant parfois un certain malaise, dans une intrigue complexe qui brouille les pistes. Le soin particulier sur les décors et les costumes, la qualité supérieure de la réalisation et de l’interprétation, l’inventivité du récit… tout cela est à nouveau présent dans la saison 2 au terme de laquelle on aura levé une partie du mystère de Lumon, mais une partie seulement. Beaucoup de questions restent encore sans réponse, et de nouvelles questions ont émergé. Quant au dernier épisode (qui dure près de 90 minutes), il est assez dingue et se termine, évidemment, de manière ouverte pour nous faire trépigner en attendant la suite. Car la saison 3 est annoncée, et on ne devrait pas attendre trois ans cette fois pour la voir. Heureusement ! 

Severance demeure incontestablement une des séries actuelles à voir absolument !

-------
Severance (saison 2), une série créée par Dan Erickson
avec Adam Scott, Britt Lower, Tramell Tillman
Disponible sur Apple TV+

vendredi 14 mars 2025

Adolescence : Quatre fragments d’une tragédie familiale

 

Au petit matin, la police débarque chez les Miller et emmène manu militari Jamie, le fils âgé de 13 ans, affirmant qu’il est accusé de meurtre. En pleurs, Jamie crie qu’il n’a rien fait. Ses parents et sa grande sœur sont sous le choc, ils n’y comprennent rien. C’est forcément une erreur. 

Adolescence est une mini-série britannique magistrale. Quatre épisodes de 50-60 minutes et c’est tout. Quatre quatre plans séquences d’une maîtrise impressionnante et d’une intensité rare. Quatre fragments d’une tragédie familiale terrible. Chaque épisode vous prend et ne vous lâche pas… jusqu’au dernier plan qui vous laisse groggy. Et en même temps, vous avez tout de suite envie de connaître la suite. Le premier épisode autour de l’arrestation n’est pas loin du chef d'œuvre, le deuxième épisode est peut-être plus classique mais très efficace, le troisième épisode offre un face-à-face d’anthologie, et le dernier épisode déchirant nous laisse en larmes. 

La série aborde par ailleurs des thématiques contemporaines et fortes autour de l’adolescence : la violence, les réseaux sociaux, les influences toxiques, les dérives masculinistes… Il évoque aussi le désarroi, la souffrance et la culpabilité des parents par rapport à leurs enfants. Ça remue. Vraiment. 

Enfin, si la réalisation est brillante, soulignons aussi que l’interprétation de l’ensemble du casting est remarquable. A commencer par le jeune Owen Cooper, tout simplement incroyable dans le rôle de Jamie, ou le formidable Stephen Graham dans le rôle du père. 

Adolescence n’est rien moins qu’une grande mini-série. Déjà une des séries de l’année. Dont on ne sort pas indemne… 

-------
Adolescence, une mini-série créée par Jack Thorne et Stephen Graham
avec Stephen Graham, Owen Cooper, Erin Doherty
Disponible sur Netflix