Hippocrate a un certain côté documentaire : le réalisateur, Thomas Lilti, est lui-même médecin, ce qui donne évidemment à son film une crédibilité indéniable et permet de découvrir les coulisses d'un hôpital. C'est passionnant. Mais ce n'est pas pour autant un documentaire. On nous raconte vraiment une histoire. Le scénario est centré sur deux personnages : Benjamin, un jeune interne qui fait son premier stage dans le service de son père, et Abdel, un médecin algérien déjà expérimenté mais qui a le statut de FFI (Faisant Fonction d'Interne).
Le film aborde non seulement les problématiques universelles liées au sujet : la responsabilité des soignants, les risques et les conséquences des erreurs médicales, le rapport à la mort, à la souffrance, la question de l'acharnement thérapeutique... Mais c'est un film actuel qui porte aussi un regard sans concession sur l'hôpital aujourd'hui, avec des directeurs qui ne connaissent rien au médical et qui sont de simples gestionnaires, avec ses impératifs économiques qui ont des conséquences sur les conditions de travail, les réductions d'effectif, la gestion des malades, etc...
Riche de toutes ces problématiques, le film aurait pu être lourd. Il n'en est rien. Thomas Lilti trouve le bon rythme, mêlant habilement scènes cocasses et moments d'émotion, avec des personnages touchants et attachants. Et au final, même si le regard éclairé du réalisteur ne cache rien des difficultés à être médecin ou infirmière aujourd'hui, on ressent aussi à travers ce long-métrage un amour, une passion de la part de Thomas Lilti pour son métier. D'ailleurs, comme le dit Abdel dans le film, avec un sourire qui en dit long : "Médecin, ce n'est pas un métier. C'est une sorte de malédiction..."
On ressort du film avec espoir malgré tout. Et aussi avec un vrai sentiment de respect pour le personnel soignant. Hippocrate est vraiment un film d'utilité publique. A voir absolument.
lundi 8 septembre 2014
lundi 1 septembre 2014
Enemy : un étonnant thriller psychanalytique
Adam est professeur d'histoire. Il mène une vie banale avec sa fiancée. La routine... jusqu'au jour où il découvre son sosie parfait en la personne d'Anthony, un acteur, en visionnant un film en vidéo. Il fait des recherches, l'observe à distance et finit par entrer en contact avec lui.
Adam et Anthony sont d'apparence parfaitement identiques mais leurs vies sont presque opposées. L'un a une situation professionnelle stable mais une vie sentimentale plutôt chaotique. L'autre est un acteur qui visiblement doit se contenter de petits rôles secondaires mais il est marié et sera bientôt papa. Adam est alors hanté par des cauchemards peuplé d'araignées... et la question se pose pour le spectateur : Adam a-t-il vraiment un double parfait ou est-ce le fruit de son imagination ?
Disons-le tout de suite, le film laisse la question ouverte... même s'il y a sans doute suffisamment d'indices pour penser qu'Adam et Anthony sont en réalité les deux faces d'une même personne. Enemy est donc un thriller psychanalytique tout à fait étonnant, avec une intrigue assez complexe qui réserve de nombreuses surprises (la scène finale !). On ressort du film avec plein de questions, et on se dit qu'un second visionnage aiderait à mieux le comprendre. Un petit conseil : une fois que vous aurez vu le film, lisez cet article qui donne une interprétation que je trouve assez convaincante de l'ensemble du film (mais attention : l'article est plein de spoilers !!!).
La réalisation de Denis Villeneuve est remarquable, distillant une ambiance oppressante (portée par l'excellente bande originale) grâce à de troublants jeux de miroirs. Jake Gyllenhaal est très bon dans le rôle principal. Enemy se révèle être un thriller atypique, qui peut dérouter voire laisser sur la touche les spectateurs qui ne sont pas prêts à accepter de ne pas tout comprendre. Mais pour ceux qui oseront se laisser emporter par le film, Enemy sera une expérience cinématographique peu banale.
Adam et Anthony sont d'apparence parfaitement identiques mais leurs vies sont presque opposées. L'un a une situation professionnelle stable mais une vie sentimentale plutôt chaotique. L'autre est un acteur qui visiblement doit se contenter de petits rôles secondaires mais il est marié et sera bientôt papa. Adam est alors hanté par des cauchemards peuplé d'araignées... et la question se pose pour le spectateur : Adam a-t-il vraiment un double parfait ou est-ce le fruit de son imagination ?
Disons-le tout de suite, le film laisse la question ouverte... même s'il y a sans doute suffisamment d'indices pour penser qu'Adam et Anthony sont en réalité les deux faces d'une même personne. Enemy est donc un thriller psychanalytique tout à fait étonnant, avec une intrigue assez complexe qui réserve de nombreuses surprises (la scène finale !). On ressort du film avec plein de questions, et on se dit qu'un second visionnage aiderait à mieux le comprendre. Un petit conseil : une fois que vous aurez vu le film, lisez cet article qui donne une interprétation que je trouve assez convaincante de l'ensemble du film (mais attention : l'article est plein de spoilers !!!).
La réalisation de Denis Villeneuve est remarquable, distillant une ambiance oppressante (portée par l'excellente bande originale) grâce à de troublants jeux de miroirs. Jake Gyllenhaal est très bon dans le rôle principal. Enemy se révèle être un thriller atypique, qui peut dérouter voire laisser sur la touche les spectateurs qui ne sont pas prêts à accepter de ne pas tout comprendre. Mais pour ceux qui oseront se laisser emporter par le film, Enemy sera une expérience cinématographique peu banale.
lundi 11 août 2014
Winter Sleep : c'est long, c'est lent, c'est beau, c'est fort... et c'est long !
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L'histoire se passe en Anatolie centrale. Un comédien à la retraite tient un petit hôtel perdu dans la montagne. Il y vit avec sa jeune épouse et sa soeur. C'est l'hiver, l'hôtel est pratiquement vide. Et pendant 3h15, nous sommes les spectateurs des relations compliquées de ces personnages et ceux qui les entourent, de leurs tensions, de leurs déchirements...
Le film est particulièrement bien mis en image : les paysages étonnants d'Anatolie, avec ou sans neige, sont d'une grande beauté. Les scènes filmées en intérieur bénéficient d'une lumière superbe. Les acteurs, évidemment complètement inconnus pour moi, sont remarquables, en particulier Haluk Bilginer dans le rôle d'Aydin et Melisa Sözen dans celui de sa femme Nihal.
Alors, certes, 3h15 en turc sous-titré, c'est long. D'autant que le film repose beaucoup sur ses nombreux dialogues. Je ne dis pas que n'ai pas cédé à quelques baillements... Mais la longueur et la lenteur font partie intégrante du film. Elles participent à l'évocation de la solitude et de l'ennui, au coeur du film, et elles donnent de l'épaisseur à la difficulté des relations évoquées. Et surtout, elles préparent aux dernières minutes magnifiques et bouleversantes, qui parviennent à exprimer avec force la difficulté d'aimer, de pardonner et de demander pardon, et surtout la difficulté de le dire. Et il fallait sans doute que le film dure longtemps, avant, pour y arriver et que cela prenne autant de force.
Winter Sleep : c'est long, c'est lent, c'est beau, c'est fort... et c'est long ! J'ai aimé !
mercredi 6 août 2014
Minivilles : construisez votre ville en moins de 30 minutes !
Comme son nom l'indique, dans Minivilles, il s'agit de construire une ville ! Les différents bâtiments sont représentés par des cartes que vous allez pouvoir acheter. A votre tour, vous lancer un dé (ou deux dés si vous avez construit la gare), vous activez les bâtiments concernés (ceux sur lesquels la valeur du dé est inscrite) pour gagner de l'argent et vous pouvez acheter un nouveau bâtiment. C'est tout ! Le principe est tellement simple qu'on se demande comment on n'y a pas pensé plus tôt ! Il y a des bâtiments dont l'effet est déclenché lors du tour de n'importe quel joueur, d'autres dont l'effet n'est déclenché que lors de votre tour et d'autres encore qui ne se déclenchent que lors des tours des autres joueurs. Il y a enfin quatre "monuments" qui donnent un pouvoir spécial. Le premier joueur à les avoir construit les quatre a gagné.
Le jeu est donc expliqué en moins de 5 minutes et les parties sont très rapides. Les grincheux diront qu'il y a trop de hasard : eh oui, on lance des dés ! Mais pourquoi les bons jeux devraient-ils forcément être dénués de hasard ??? Dans un jeu du format de Minivilles, la part de hasard est au contraire bienvenue : quel plaisir de faire juste le bon jet de dés pour piquer de l'argent à ses voisins... même si mes champs de blé ne me rapportent rien parce qu'on n'est pas fichus de faire 1 au dé ! Et puis, il y a des vrais choix à faire, prévoir des combinaisons de cartes, calculer ses risques... plusieurs stratégies sont possibles pour gagner.
Minivilles est vraiment un bon jeu, accessible, très plaisant... et addictif. On enchaîne les parties, pour tester différentes stratégies. Le matériel est de bonne facture, des cartes de qualité avec des illustrations colorées. Et, cerise sur le gâteau, une première extension s'annonce déjà pour septembre !
Minivilles, c'est mon coup de coeur ludique de l'été !
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Minivilles, un jeu de Masao Suganuma, édité par Moonster Games
Le jeu est donc expliqué en moins de 5 minutes et les parties sont très rapides. Les grincheux diront qu'il y a trop de hasard : eh oui, on lance des dés ! Mais pourquoi les bons jeux devraient-ils forcément être dénués de hasard ??? Dans un jeu du format de Minivilles, la part de hasard est au contraire bienvenue : quel plaisir de faire juste le bon jet de dés pour piquer de l'argent à ses voisins... même si mes champs de blé ne me rapportent rien parce qu'on n'est pas fichus de faire 1 au dé ! Et puis, il y a des vrais choix à faire, prévoir des combinaisons de cartes, calculer ses risques... plusieurs stratégies sont possibles pour gagner.
Minivilles est vraiment un bon jeu, accessible, très plaisant... et addictif. On enchaîne les parties, pour tester différentes stratégies. Le matériel est de bonne facture, des cartes de qualité avec des illustrations colorées. Et, cerise sur le gâteau, une première extension s'annonce déjà pour septembre !
Minivilles, c'est mon coup de coeur ludique de l'été !
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Minivilles, un jeu de Masao Suganuma, édité par Moonster Games
mercredi 30 juillet 2014
Dawn of the Planet of the Apes : encore meilleur que le précédent !
Quelle bonne idée d'avoir renouvelé la franchise de la Planète des Singes ! Le premier volet, La Planètes des Singes : les origines, était déjà très bon. Dawn of the Planet of the Apes est encore meilleur !
Je regrette d'ailleurs le titre en français (La planète des singes : l'affrontement). Il y a dans le titre original une référence évidente à 2001, l'odyssée de l'espace (soulignée par la musique de Michael Giacchino qui rappelle comme deux gouttes d'eau celle de Ligeti dans le film de Kubrick). La première partie de 2001 était intitulée "The Dawn of Man" (l'aube de l'humanité). On y voyait l'arrivée d'un monolithe auprès d'un clan de singes qui coïncidait avec l'invention de l'outil... et de l'arme, les rendant capables de chasser et de dominer par la violence les autres clans. La chasse, la violence, les armes... on retrouve tout cela dans Dawn of the Planet of the Apes !
Evidemment, en parlant des singes, le film parle de l'humanité. Et ce qui rend les singes humains, c'est leur capacité à la violence et la vengeance. Triste constat... Ce ne sont pas les impressionnants très gros plans, en début et en fin de film, sur les yeux de César, qui le contrediront. Ni la réplique de César, vers la fin du film, disant : "je pensais que les singes étaient meilleurs que les humains mais je me rend compte combien nous leur ressemblons !" Cette vision de l'humanité marquée par la violence trouve des échos d'une triste actualité aujourd'hui...
Ceci dit, comme le suggère le titre français, il y a bien un affrontement dans le film. Certes, entre les hommes et les singes. Mais surtout au sein des deux communautés, singes et humains. Il y a l'affrontement entre César et Koba. César veut préserver la paix, y compris avec les humains. Koba veut se venger. Il porte sur lui les cicatrices des mauvais traitements que les hommes lui ont fait subir, comme cobaye de laboratoire. Et chez les humains, Malcolm et Dreyfus s'opposent quant à l'attitude à adopter face aux singes.
Tout ceci fait de Dawn of the Planet of the Apes un film bien plus sombre que le précédent, le tout parfaitement maîtrisé par le réalisateur, Matt Reeves, qui alterne habilement les scènes épiques et spectaculaires et les scènes plus intimistes. Le scénario, qui ménage plusieurs références au premier opus (dès le générique de début), permet au film d'être plus qu'un simple film d'action. C'est un vrai film fort, qui parle de nous alors même qu'on passe l'essentiel du temps au milieu des singes. Et c'est là que la technique de la motion capture joue pleinement son rôle. La variété et la finesse des expressions qu'elle permet de donner aux visages des singes sont proprement hallucinantes !
Encore meilleur que le précédent film de la franchise, Dawn of the Planet of the Apes est une pleine réussite, un film d'une grande force à ne pas rater. Vivement la suite, en 2016...
Je regrette d'ailleurs le titre en français (La planète des singes : l'affrontement). Il y a dans le titre original une référence évidente à 2001, l'odyssée de l'espace (soulignée par la musique de Michael Giacchino qui rappelle comme deux gouttes d'eau celle de Ligeti dans le film de Kubrick). La première partie de 2001 était intitulée "The Dawn of Man" (l'aube de l'humanité). On y voyait l'arrivée d'un monolithe auprès d'un clan de singes qui coïncidait avec l'invention de l'outil... et de l'arme, les rendant capables de chasser et de dominer par la violence les autres clans. La chasse, la violence, les armes... on retrouve tout cela dans Dawn of the Planet of the Apes !
Evidemment, en parlant des singes, le film parle de l'humanité. Et ce qui rend les singes humains, c'est leur capacité à la violence et la vengeance. Triste constat... Ce ne sont pas les impressionnants très gros plans, en début et en fin de film, sur les yeux de César, qui le contrediront. Ni la réplique de César, vers la fin du film, disant : "je pensais que les singes étaient meilleurs que les humains mais je me rend compte combien nous leur ressemblons !" Cette vision de l'humanité marquée par la violence trouve des échos d'une triste actualité aujourd'hui...
Ceci dit, comme le suggère le titre français, il y a bien un affrontement dans le film. Certes, entre les hommes et les singes. Mais surtout au sein des deux communautés, singes et humains. Il y a l'affrontement entre César et Koba. César veut préserver la paix, y compris avec les humains. Koba veut se venger. Il porte sur lui les cicatrices des mauvais traitements que les hommes lui ont fait subir, comme cobaye de laboratoire. Et chez les humains, Malcolm et Dreyfus s'opposent quant à l'attitude à adopter face aux singes.
Tout ceci fait de Dawn of the Planet of the Apes un film bien plus sombre que le précédent, le tout parfaitement maîtrisé par le réalisateur, Matt Reeves, qui alterne habilement les scènes épiques et spectaculaires et les scènes plus intimistes. Le scénario, qui ménage plusieurs références au premier opus (dès le générique de début), permet au film d'être plus qu'un simple film d'action. C'est un vrai film fort, qui parle de nous alors même qu'on passe l'essentiel du temps au milieu des singes. Et c'est là que la technique de la motion capture joue pleinement son rôle. La variété et la finesse des expressions qu'elle permet de donner aux visages des singes sont proprement hallucinantes !
Encore meilleur que le précédent film de la franchise, Dawn of the Planet of the Apes est une pleine réussite, un film d'une grande force à ne pas rater. Vivement la suite, en 2016...
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