Dans les années 2020, un monument étrange apparaît de façon soudaine à Chumphon, en Thaïlande. Personne ne sait d'où il vient ni de quel matériau il est constitué. Il est en tout cas indestructible. Il porte une inscription qu'on arrive finalement à déchiffrer : elle célèbre la victoire d'un seigneur de la guerre totalement inconnu du nom de Kuin. Une victoire... qui n'aura lieu que 20 ans et trois mois plus tard !
Scott Warden est un des premiers témoins de ce phénomène qu'on appellera les chronolithes. Car d'autres monuments continueront d'apparaître de façon mystérieuse à d'autres endroits du globe.Toujours plus impressionnants, semant la destruction et le chaos. Comment est-ce possible ? Comment les chronolithes apparaissent-ils instantanément en provenance du futur ? Et qui est ce mystérieux Kuin ? Sa victoire est-elle inéluctable ? Engagé par son ancien professeur de physique, l'insaisissable Sulamith Chopra, Scott va tenter de trouver les réponses à ces questions.
J'avais découvert Robert Charles Wilson avec l'excellent Spin et il faut avouer qu'une fois encore, l'auteur fait mouche. Il tisse une intrigue passionnante, avec des personnages attachants, à partir d'une idée de départ originale. On retrouve, comme dans Spin, une ambiance fin du monde, avec son cortège de groupements fanatiques et religieux. Les Chronolithes est d'ailleurs antérieur à Spin et préfigure à plusieurs égards ce dernier. On chemine avec des personnages qui se débattent dans une histoire qu'ils n'arrivent pas à maîtriser, buttant contre un mystère qui semble insondable. Véritable thriller scientifique, ce roman de SF tendance hard-science aborde aussi des questions existentielles, notamment celles du destin, du déterminisme et de la liberté, traitées avec brio à travers une intrigue passionnante, qui se termine de façon plutôt habile et convaincante.
Une lecture que je recommande chaudement et qui m'encourage à poursuivre la découverte de cet excellent auteur de SF.
----------
Les Chronolites, de Robert Charles Wilson. Édité en poche chez Folio SF
mardi 29 juillet 2014
vendredi 18 juillet 2014
Création, de Johan Heliot : SF divertissante dans le jardin d'Eden
L'action de Création se passe en Israël, dans un futur proche. En plein désert du Sinaï est apparu de façon soudaine une immense étendue fertile et mystérieuse qui ne peut, bien-sûr, qu'évoquer le fameux jardin d'Eden.
Le récit, plutôt habilement mené sous la forme d'une thriller, suit trois fils narratifs. L'un autour d'Anthony, un soldat d'élite français qui se retrouve au milieu d'une forêt luxuriante apparue mystérieusement ; un autre autour de Rachel, une botaniste engagée pour un projet scientifique ultra-secret ; un dernier autour de Saïd, "virtualiste" (sorte de journaliste-paparazzi 3.0) engagé par un webangéliste, véritable gourou multimillionnaire d'une communauté créationniste, pour assurer la diffusion de son expédition vers le Jardin, via sa rétine, aux millions d'internautes qui le suivent.
Création est un cocktail étonnant (parfois un peu fourre-tout) où l'auteur s'amuse à mêler des éléments empruntés à la Genèse (le Jardin et l'arbre de vie), Qumran et les Esseniens, les technologies de l'information, le tout sur fond d'Intelligent Design et d'univers parallèles ! Une lecture estivale divertissante, sans prise de tête.
----------------------
Création, de Johan Heliot. En poche, aux éditions J'ai lu.
Le récit, plutôt habilement mené sous la forme d'une thriller, suit trois fils narratifs. L'un autour d'Anthony, un soldat d'élite français qui se retrouve au milieu d'une forêt luxuriante apparue mystérieusement ; un autre autour de Rachel, une botaniste engagée pour un projet scientifique ultra-secret ; un dernier autour de Saïd, "virtualiste" (sorte de journaliste-paparazzi 3.0) engagé par un webangéliste, véritable gourou multimillionnaire d'une communauté créationniste, pour assurer la diffusion de son expédition vers le Jardin, via sa rétine, aux millions d'internautes qui le suivent.
Création est un cocktail étonnant (parfois un peu fourre-tout) où l'auteur s'amuse à mêler des éléments empruntés à la Genèse (le Jardin et l'arbre de vie), Qumran et les Esseniens, les technologies de l'information, le tout sur fond d'Intelligent Design et d'univers parallèles ! Une lecture estivale divertissante, sans prise de tête.
----------------------
Création, de Johan Heliot. En poche, aux éditions J'ai lu.
mardi 8 juillet 2014
Jimmy's Hall : Portrait attachant d'un humaniste irlandais
Jimmy's Hall nous plonge dans l'Irlande des années 30. De retour après 10 ans d'exil forcé aux USA, Jimmy Gralton revient dans son village pour y mener une vie tranquille. Ses amis n'en croient pas un mot... et ils ont raison. Bien vite, Jimmy va relancer le projet qui avait été la cause de son exil : un dancing culturel. Son crime ? Proposer un lieu de divertissement et d'éducation populaire en dehors du giron de la toute-puissante Eglise catholique. Et cette fois, en plus, il ramène avec lui d'Amérique, le jazz !
Un bras de fer va alors s'engager entre Jimmy et ses opposants : les riches propriétaires terriens et l'Eglise, en la personne du redoutable père Sheridan. Le face-à-face entre Jimmy et le prêtre est d'ailleurs au coeur du film et réservent plusieurs des plus belles scènes. Tout les oppose... mais on sent poindre de part et d'autre un certain respect. Le père Sheridan le dit d'ailleurs explicitement à plusieurs reprises (et notamment dans une scène forte à la fin du film alors que tous insultent Jimmy lorsqu'on l'arrête pour l'expulser d'Irlande). Jimmy le laisse entendre quand il dit encore préférer le père Sheridan au père Seamus parce qu'il va au bout de ses convictions.
En tout cas, l'Eglise catholique irlandaise n'apparaît à nouveau pas sous son meilleur jour (après Philomena)... Les incitations à la haine en plein sermon, les délations publiques du prêtre sont détestables. Mais le discours du père Sheridan en chair sur le jazz « cette musique venue de l'Afrique la plus noire, qui enflamme les passions » me rappelle certains discours entendus encore parfois, à propos d'autres musiques... L'Eglise, les chrétiens, sont-ils capables d'accueillir les nouveautés autrement que par le rejet de principe ?
Cette histoire humaniste, baignée de musique irlandaise et de jazz, sur fond de crise et d'inégalités sociales, sonne étrangement d'actualité... Et même si finalement Jimmy Gralton est à nouveau contraint à l'exil, la belle dernière scène du film est pleine d'espoir.
Un bras de fer va alors s'engager entre Jimmy et ses opposants : les riches propriétaires terriens et l'Eglise, en la personne du redoutable père Sheridan. Le face-à-face entre Jimmy et le prêtre est d'ailleurs au coeur du film et réservent plusieurs des plus belles scènes. Tout les oppose... mais on sent poindre de part et d'autre un certain respect. Le père Sheridan le dit d'ailleurs explicitement à plusieurs reprises (et notamment dans une scène forte à la fin du film alors que tous insultent Jimmy lorsqu'on l'arrête pour l'expulser d'Irlande). Jimmy le laisse entendre quand il dit encore préférer le père Sheridan au père Seamus parce qu'il va au bout de ses convictions.
En tout cas, l'Eglise catholique irlandaise n'apparaît à nouveau pas sous son meilleur jour (après Philomena)... Les incitations à la haine en plein sermon, les délations publiques du prêtre sont détestables. Mais le discours du père Sheridan en chair sur le jazz « cette musique venue de l'Afrique la plus noire, qui enflamme les passions » me rappelle certains discours entendus encore parfois, à propos d'autres musiques... L'Eglise, les chrétiens, sont-ils capables d'accueillir les nouveautés autrement que par le rejet de principe ?
Cette histoire humaniste, baignée de musique irlandaise et de jazz, sur fond de crise et d'inégalités sociales, sonne étrangement d'actualité... Et même si finalement Jimmy Gralton est à nouveau contraint à l'exil, la belle dernière scène du film est pleine d'espoir.
vendredi 13 juin 2014
Glen More : Il fait bon jouer au pays du whisky et du Loch Ness
Aujourd'hui j'ai envie de donner un petit coup de pouce à un jeu que j'apprécie beaucoup mais qui n'est pas forcément très connu. Et c'est bien dommage ! Glen More est un jeu de développement et de placement de tuiles, sorti en 2010. C'était le premier jeu de Matthias Cramer (auteur depuis des très bons Lancaster et Helvetia). Les joueurs incarnent des chefs de clan écossais qui vont essayer de faire prospérer leur clan en développant leur influence sur les Highlands.
Des tuiles sont disposées les unes derrière les autres sur un plateau central. Le joueur qui est en dernière position sur la piste de tuiles avance son meeple jusqu'à une tuile qu'il ajoute à son territoire, en payant, le cas échéant, le prix requis et en respectant quelques règles de placement. La nouvelle tuile est immédiatement activée ainsi que toutes les tuiles adjacentes, rapportant des ressources ou des points de victoire. Vous pourrez ainsi prendre possession de carrières de pierre, de forêts ou de champs de blé mais aussi des villages, des boucheries, des tavernes ou des distillerie de whisky (on est en Ecosse !), sans oublier des lieux spéciaux (châteaux et lochs... y compris le fameux Loch Ness !) qui octroient des bonus. Trois décomptes jalonnent la partie : les joueurs marquent des points en fonction du nombre de tonneaux de whiskhy, de chefs et de lieux spéciaux qu'ils possèdent. Un décompte final intervient en fin de partie, tenant compte notamment de la taille du domaine (avec un malus pour ceux qui ont été trop gourmand en tuile...).
Le jeu est très fluide, tactique et rapide. Le système de récolte des tuiles est malin ainsi que celui du marché. Le jeu est assez tendu : chaque choix de tuile mérite réflexion ainsi que son placement dans son territoire. L'interactivité est présente : il y a de quoi bloquer les adversaires. Le matériel n'est pas extraordinaire mais le prix est plutôt doux pour un jeu de cette catégorie. Le jeu est en allemand, avec un petit peu de texte sur les tuiles mais ce n'est pas handicapant pour les non-germanophones. Et on trouve facilement sur le net la traduction du livret de règles en français.
Glen More est un excellent jeu, dans la catégorie "poids moyen" (au niveau de la difficulté, pas du plaisir !). Si vous avez l'occasion d'y jouer, n'hésitez pas ! Il est d'ailleurs encore trouvable en boutiques spécialisées.
------------------------
Glen More, un jeu de Matthias Cramer édité chez Alea
- La page du jeu sur le site de l'éditeur (en allemand)
Des tuiles sont disposées les unes derrière les autres sur un plateau central. Le joueur qui est en dernière position sur la piste de tuiles avance son meeple jusqu'à une tuile qu'il ajoute à son territoire, en payant, le cas échéant, le prix requis et en respectant quelques règles de placement. La nouvelle tuile est immédiatement activée ainsi que toutes les tuiles adjacentes, rapportant des ressources ou des points de victoire. Vous pourrez ainsi prendre possession de carrières de pierre, de forêts ou de champs de blé mais aussi des villages, des boucheries, des tavernes ou des distillerie de whisky (on est en Ecosse !), sans oublier des lieux spéciaux (châteaux et lochs... y compris le fameux Loch Ness !) qui octroient des bonus. Trois décomptes jalonnent la partie : les joueurs marquent des points en fonction du nombre de tonneaux de whiskhy, de chefs et de lieux spéciaux qu'ils possèdent. Un décompte final intervient en fin de partie, tenant compte notamment de la taille du domaine (avec un malus pour ceux qui ont été trop gourmand en tuile...).
Le jeu est très fluide, tactique et rapide. Le système de récolte des tuiles est malin ainsi que celui du marché. Le jeu est assez tendu : chaque choix de tuile mérite réflexion ainsi que son placement dans son territoire. L'interactivité est présente : il y a de quoi bloquer les adversaires. Le matériel n'est pas extraordinaire mais le prix est plutôt doux pour un jeu de cette catégorie. Le jeu est en allemand, avec un petit peu de texte sur les tuiles mais ce n'est pas handicapant pour les non-germanophones. Et on trouve facilement sur le net la traduction du livret de règles en français.
Glen More est un excellent jeu, dans la catégorie "poids moyen" (au niveau de la difficulté, pas du plaisir !). Si vous avez l'occasion d'y jouer, n'hésitez pas ! Il est d'ailleurs encore trouvable en boutiques spécialisées.
------------------------
Glen More, un jeu de Matthias Cramer édité chez Alea
- La page du jeu sur le site de l'éditeur (en allemand)
lundi 2 juin 2014
Deux jours, une nuit : un film d'une bouleversante humanité
Deux jours, une nuit, c'est un drame social, sur fond de crise. Un film malheureusement d'actualité mais duquel transpire une formidable humanité. Le film arrive à éviter une vision manichéenne (les méchants patrons et les gentils salariés !) tout en dénonçant une réalité d'entreprise qui tend à déshumaniser ses employés (leur demander de choisir entre garder leur prime ou y renoncer pour permettre à une employée qui sort d'une maladie de ne pas être licenciée...).
Poussée par une collègue, Sandra obtient un sursit pour un nouveau vote. Elle n'a qu'un week-end pour préserver son avenir. Contrainte à une démarche humiliante en allant demander à ses collègues de renoncer à leur prime pour lui permettre de conserver son travail. Des collègues qui sont aussi bien souvent dans une situation personnelle compliquée.On suit alors le combat de cette femme fragilisée par la longue maladie qu'elle a traversée, mais admirablement soutenue par son mari. J'ai d'ailleurs énormément aimé la justesse de cette relation de couple, les tensions, les doutes de la femme, la persévérance de son mari, les souffrances partagées, la relation qui évolue...
Les différentes réactions rencontrées par Sandra interrogent notre capacité à être solidaire, une solidarité qui coûte. On ne peut s'empêcher de se le demander : comment aurais-je réagi dans la même situation ?
De plus, le film réussit à proposer une fin d'où naît une véritable lumière, un espoir, sans tomber dans la facilité d'un simple happy end qui aurait été peu réaliste.
Deux jours, une nuit est un film d'une formidable humanité, porté par une remarquable Marion Cotillard et filmé avec une grande justesse par les frères Dardenne.
Poussée par une collègue, Sandra obtient un sursit pour un nouveau vote. Elle n'a qu'un week-end pour préserver son avenir. Contrainte à une démarche humiliante en allant demander à ses collègues de renoncer à leur prime pour lui permettre de conserver son travail. Des collègues qui sont aussi bien souvent dans une situation personnelle compliquée.On suit alors le combat de cette femme fragilisée par la longue maladie qu'elle a traversée, mais admirablement soutenue par son mari. J'ai d'ailleurs énormément aimé la justesse de cette relation de couple, les tensions, les doutes de la femme, la persévérance de son mari, les souffrances partagées, la relation qui évolue...
Les différentes réactions rencontrées par Sandra interrogent notre capacité à être solidaire, une solidarité qui coûte. On ne peut s'empêcher de se le demander : comment aurais-je réagi dans la même situation ?
De plus, le film réussit à proposer une fin d'où naît une véritable lumière, un espoir, sans tomber dans la facilité d'un simple happy end qui aurait été peu réaliste.
Deux jours, une nuit est un film d'une formidable humanité, porté par une remarquable Marion Cotillard et filmé avec une grande justesse par les frères Dardenne.
Inscription à :
Articles (Atom)





