mercredi 10 décembre 2014

Le Hobbit - La bataille des 5 armées : un bouquet final spectaculaire

Pour clore sa deuxième trilogie en Terre du Milieu, Peter Jackson nous offre un bouquet final spectaculaire et réjouissant. Une fois encore, le film s'écarte passablement du livre original, et c'est tant mieux. Rappelons-le, le Hobbit était un conte pour enfant. Peter Jackson propose une véritable préquelle au Seigneur des Anneaux. Il invente des épisodes, mais il puise aussi dans l'univers complexe et la mythologie créés par Tolkien. Le tout est donc forcément plus sombre que l'ouvrage pour enfants... Il faut bien s'écarter un peu de l'aventure de Bilbo pour préparer le retour de Sauron ! Ca permet d'ailleurs de nous proposer une des scènes les plus réussies du film, dans l'affrontement à couper le souffle entre Sauron et les neuf spectres d'un côté et Elrond, Saroumane et Galadriel de l'autre côté.

Dans un assez  long prologue, tout à fait réussi et spectaculaire, on règle l'affaire de Smaug. Une fois le dragon vaincu apparaît le titre du film : la bataille des cinq armées. Car l'essentiel du film consistera dans cette fameuse bataille. Et Peter Jackson s'en donne à coeur joie. Ca crie, ça cogne, ça s'agite de tous les côtés. C'est épique, spectaculaire, souvent totalement invraisemblable, mais on s'en fiche. On s'éclate ! Visiblement, Peter Jackson a voulu offrir un feu d'artifice en guise d'adieu. Et c'est réussi ! Le film regorge de scènes de combat assez jouissives, de créatures exotiques et de machines de guerre incroyables.

Bien-sûr, il y a l'histoire d'amour assez ridicule entre l'elfe Tauriel et le nain Kili, ou les bons sentiments autour des discours assez larmoyants sur l'amour, genre "l'amour, ça fait mal !". Mouais... J'ai bien aimé par contre la façon d'évoquer la folie paranoïaque s'emparant petit à petit de Thorin lorsqu'il retrouve son trésor, l'orgueil et la fierté qui aveugle les peuples et les poussent à la guerre.

La trilogie du Hobbit restera en-deça de celle du Seigneur des Anneaux. Mais ce dernier opus, le feu d'artifice d'action qu'il propose, conclut de façon convaincante une double trilogie qui fera date, une belle réussite de cinéma à grand spectacle. Avec le retour, à la fin du film, dans la Comté, et notamment la dernière scène, la boucle est bouclée... et je dois dire que j'en ai presque eu la larme à l'oeil ! Le voyage en Terre du Milieu avec Peter Jackson, c'était quand même vraiment bien !

lundi 8 décembre 2014

Mr Turner : Portrait humain d'un génie

Mike Leigh se concentre sur les dernières années de Turner. Il est déjà célèbre et reconnu par ses pairs, malgré ses méthodes peu orthodoxes. Je ne sais pas jusqu'à quel point chaque détail de l'histoire est authentique d'un point de vue historique mais le film dresse un portrait réaliste, et humain, du génial peintre.

C'est un portrait humain, parce que touchant. Notamment dans sa relation avec son père, pleine de tendresse et de complicité. Mais aussi dans la paix que cet homme bourru et finalement très seul trouve auprès de Mme Booth, en secret, dans les dernières années de sa vie.

Mais c'est aussi un portrait humain parce qu'il dépeint Turner avec ses défauts et ses côtés sombres. On pense ici à son véritable reniement de ses propres enfants et de son ex-femme, qu'il traite comme des étrangers. Ou à la rudesse avec laquelle il traite sa gouvernante, visiblement amoureuse de lui.

Le film est aussi passionnant par son évocation du processus créatif. Inlassable dans ses voyages et ses virées en solitaires pour découvrir la nature, capturant ses impressions dans des esquisses qu'il couche sur son carnet qui ne le quitte jamais. Et puis il y a sa passion pour les paysages marins qui le pousse à aller jusqu'à se faire attacher au sommet du mat d'un bateau, au coeur de la tempête, expérience à l'origine, dans le film, de sa célèbre toile "Tempête de neige en mer".

Comme on est dans les dernières années du peintre, les plus radicales dans sa création artistique, le film évoque aussi l'incompréhension du public et des critiques. On y découvre aussi les rivalités entre peintres au sein de la Royal Academy et on sourit face à la pédanterie des amateurs d'art, digressant avec autant d'ardeur sur la culture des groseilles en Angleterre que sur l'art pictural. Autre scène intéressante, la séance chez le photographe où Turner s'inquiète en voyant dans cette nouvelle invention un futur rival dangereux pour les artistes peintres.

Il faut aussi, évidemment, mentionner l'extraordinaire performance de Timothy Spall dans le rôle de Turner, justement récompensé par le prix d'interprétation masculine à Cannes. Il est pour beaucoup dans la réussite du film. Grâce à lui, Turner est, sous nos yeux, incroyablement humain. La galerie de personnages qui gravitent autour de Turner est aussi particulièrement réussie, tout comme la reconstitution historique de l'Angleterre du XIXe siècle.

Mike Leigh n'a pas voulu faire un simple biopic. En se concentrant sur les dernières années du peintre en en choisissant de proposer une succession de tableaux où la contemplation de superbes paysages fait partie intégrante du récit, il nous propose un portrait humain et passionnant d'un des plus grands génies de l'histoire de la peinture.

lundi 1 décembre 2014

Night Call : un film grisant et inquiétant

Lou Bloom gagne sa vie en vendant au noir des métaux volés. Un jour, il tombe par hasard sur un accident de la route. Sur place, au milieu des policiers, il voit des personnes en train de filmer les opérations de sauvetage. Il se renseigne et comprend qu'ils vendent ensuite leurs images aux chaînes de télévisions les plus offrantes. Il se renseigne sur Internet, il se procure une caméra et un appareil qui lui permet d'intercepter les communications de la police et il se lance. Et comme il est bon et malin, il progresse vite et se fait une place auprès d'une chaîne de télé locale. Il devient si bon qu'il arrive sur les lieux du crime avant la police ! Il fournit des images exclusives et spectaculaires... même s'il faut un peu arranger les choses. Jusqu'où sera-t-il prêt à aller ?

Première réalisation de Dan Gilroy, Night Call est un coup de maître. Thriller haletant au scénario implacable, le film nous entraîne dans une fuite en avant tout autant grisante qu'inquiétante. Car Night Call est un film qui dénonce sans concession, avec un cynisme grinçant, les dérives du sensationnalisme dans le traitement de l'information. Manipulation des peurs du téléspectateur, ouverture des journaux sur des faits divers sanglants, choisis de façon partiale (avec de préférence des blancs victimes de minorités ethniques), recherche de l'image la plus spectaculaire, à n'importe quel prix... A cet égard, la scène où on assiste depuis les coulisses de la régie au journal télévisé, avec les instructions de la productrice dans l'oreillette des présentateurs est assez magistrale.

Night Call, c'est aussi un film qui déconstruit de façon assez cruelle le modèle de réussite à l'américaine à la "self-made man". On le voit dans la façon dont Lou Bloom organise son entreprise, dans ses discours à son "associé", dans ses méthodes discutables pour parvenir à ses fins... et la fin du film, que je ne dévoilerai pas, met un point d'orgue à l'ensemble !

Enfin, le film est aussi l'occasion pour Jake Gyllenhaal de faire preuve de son immense talent et lui garantir une probable nomination aux Oscars... Il est absolument énorme dans le rôle principal et incarne à la perfection cet antihéros machiavélique, manipulateur et froid. Une très grande performance d'acteur.

Encore un mot pour un petit coup de gueule contre le titre "français" du film. Le titre original est Nightcrawler. Mais pourquoi proposer comme titre en France : Night Call ? Si c'est pour avoir un titre en anglais, autant garder l'original ! Au Québec, le film s'appelle Le Rôdeur. C'est déjà beaucoup mieux et ça évoque bien le personnage principal du film !

Night Call, ou Nightcrawler, est tout simplement un des meilleurs films de l'année ! A voir absolument.

vendredi 7 novembre 2014

Interstellar : un très bon film de SF ! Mais pas pour autant un grand film...

Commençons par les points positifs. Et ils sont nombreux. Interstellar est un spectacle grandiose, avec des images magnifiques (l'immensité de l'espace, une terre mourante envahie par la poussière, de grandioses paysages sur des planètes hostiles), des scènes spectaculaires, d'autres intimistes et émouvantes. Le tout est porté par une excellente musique de Hans Zimmer, habituel comparse de Nolan. Le film a un certain souffle qui n'est pas sans rappeler l'Étoffe des héros (The Right Stuff) de Philip Kaufman qui évoquait l'aventure de la conquête spatiale. Le scénario, bien que finalement assez classique (il n'a pas l'originalité d'Inception) est efficace et s'amuse avec la théorie de la relativité d'Einstein. On y retrouve des thèmes classiques de la SF : le voyage spatial, les paradoxes temporels, la question de la vie extra-terrestre ou la survie de l'humanité en danger. Le casting est bon, Matthew McConaughey en tête. Bref, le film dure presque 2h50 et je n'ai pas vu le temps passer !

Alors qu'est-ce qui fait qu'Interstellar est un très bon film de SF mais pas un grand film ? Le fait que, justement, il n'est qu'un film de SF. Il n'arrive pas à transcender le genre. Il se laisse même prendre par les travers qui guettent ce genre de film : quelques invraisemblances, des théories une peu fumeuses et un discours philosophique un peu naïf. Malgré la référence appuyée à 2001 (ballet spatial, "portail" vers une autre dimension), on est très loin de la portée métaphysique du modèle.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Je le redis : Interstellar est un très bon film de SF. Vraiment. Sans doute un des meilleurs de ces dernières années. Mais j'espérais secrètement un grand film... et là je suis quand même un poil déçu.

lundi 20 octobre 2014

Mommy : Un film passionnel, excessif, éprouvant, inventif, passionnant.

Mommy est à l'image de ses héros : passionnel et excessif, mais terriblement attachant. C'est aussi un film éprouvant pour le spectateur emporté par le tourbillon émotionnel proposé par Xavier Dolan, dans une oeuvre inventive et passionnante. Mommy est un drame qui nous raconte l'histoire de Dina, une mère veuve excentrique et gouailleuse, qui hérite de la garde de son fils, un adolescent incontrôlable et violent qui a été exclu de l'établissement dans lequel il avait été placé. Le duo se transformera en trio avec l'énigmatique voisine, Kyla, dans la vie de laquelle on perçoit un lourd traumatisme. Ensemble, ces trois êtres blessés vont trouver une forme d'équilibre, et même d'espoir... mais pour combien de temps ?

Le film, tourbillonnant, propose quelques scènes extrêmement fortes. Je pense notamment à certains épisodes violents qui sont de vrais coups de poing, ou à la scène bouleversante où Dina imagine un avenir radieux à son fils.

Une des grandes idées de la mise en scène de Xavier Dolan, c'est le choix d'un format d'écran étroit au ratio d'image 1:1, qui donne à la fois une très grande proximité, une grande intimité, avec les personnages, mais qui produit aussi un sentiment d'enfermement tout à fait adapté au film. Un sentiment qui s'accentue encore quand, à deux reprises, l'écran s'élargit. Tout à coup on respire... jusqu'à ce que l'écran se rétrécisse à nouveau.

Le film est également porté par un trio d'acteurs remarquables. Le jeune Antoine Olivier Pilon incarne parfaitement un adolescent insupportable mais attachant, Suzanne Clément est très touchante dans le rôle de la voisine Kyla. Et il y a surtout Anne Dorval, sublime dans le rôle de Dina. Une performance exceptionnelle !

Mommy, c'est une histoire d'amour maternel et filial. Un amour fusionnel, excessif. Au début du film, la directrice de l'établissement d'où Steve est renvoyé met en garde Dina : "Ce n'est pas parce qu'on aime quelqu'un qu'on peut le sauver." La réponse de la mère sonne comme un défi : "les sceptiques seront confondus." La suite de l'histoire montrera combien l'amour peut être mis en péril par les épreuves de la vie, les blessures héritées du passé... mais aussi par une société qui ne veut finalement pas vraiment de personnages "hors-cadre" comme Dina ou Steve. La fin du film est sujette à interprétation. J'ai l'impression que malgré le drame, le film veut garder espoir, malgré tout... un espoir fou que l'amour peut finalement gagner.

Mommy a bien mérité son prix du jury du dernier festival de Cannes : le film a une profondeur et une maîtrise sidérantes chez un réalisateur de 25 ans !