mercredi 3 juin 2020

Space Force : The Office dans l'espace


Sept ans après la fin de The Office, Space Force signe le retour de Greg Daniels et Steve Carell dans une “série de bureau”, même si le bureau est ici une base militaire perdue au fin fond du Colorado. Steve Carell y incarne cette fois un Général quatre étoiles, tout juste promu chef de la toute nouvelle Space Force, avec pour mission d’envoyer à nouveau des américains sur la Lune en 2024. Il y a bien un peu de Michael Scott chez le Général Naird, même si le personnage est différent : c’est un de ces losers magnifiques que Steve Carell sait si bien rendre attachant. 

Série satirique, qui s’amuse de l’appareil administratif américain, de la rigidité militaire, des relations internationales, des rivalités avec la Russie ou la Chine ou des stratégies de communication douteuses… Space Force est aussi un pamphlet anti-Trump ! La Space Force, c’est quand même bien son idée dans la vraie vie ! Et la série s’en inspire largement, surfant sur les nombreuses moqueries essuyées par le projet du président américain. Un président qui, même s’il n’est jamais nommé dans la série, est souvent évoqué de manière à peine cachée : on sait bien qui est ce président impulsif et accro à twitter dont parle la série… Mais il n’y a pas que Donald Trump qui est tourné en dérision… sa femme Mélania aussi, qui s’autoproclame styliste pour les nouveaux uniformes ridicules de la Space Force ! 

Sans atteindre toute la drôlerie loufoque de The Office, Space Force est une série comique réussie, avec un duo Steve Carell / John Malkovich qui fonctionne très bien, et une galerie de personnages souvent savoureux qui gravitent autour d’eux (à commencer par Brad, le second du Général Naird, dont on se demande bien comment il a pu devenir lui-même Général tellement il est idiot !).

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Space Force, une série de Greg Daniels et Steve Carell
10 épisode de 30 minutes environ, disponibles sur Netflix. 


lundi 11 mai 2020

The Eddy : pour l'amour du jazz


The Eddy, c’est le nom d’un club de jazz à Paris, tenu par Elliot, autrefois célèbre pianiste new-yorkais, et son associé Farid. Tandis qu’Elliot découvre que Farid est sans doute impliqué dans une affaire douteuse, dont même Amira, la femme de Farid, ne savait rien, sa fille Julie, une adolescente perturbée, débarque à Paris pour vivre chez son père. Eliott va devoir gérer ses relations difficiles avec sa fille tout en essayant de sauver le club…  

Produit notamment par Damien Chazelle (La La Land, Whiplash), la série compte 8 épisodes d’une heure environ, dirigés par plusieurs réalisateurs. Damien Chazelle lui-même réalise les deux premiers (qu’il a tournés en 35 mm !). Et il faut dire que le premier épisode est assez exceptionnel. Tout commence par un formidable plan séquence : l’immersion est immédiate dans le club de jazz. La suite de l’épisode est bien construite, rythmée, libre. On découvre les protagonistes et les enjeux de l’histoire. Et puis il y a la musique, le jazz ! On est tenu en haleine jusqu’au rebondissement, inattendu, à la fin de l’épisode. Vraiment excellent !

Après, il ne faut pas se mentir, la série perd en intensité... L'intrigue policière en fil rouge est presque un prétexte (en tout cas elle ne passionne guère), celle autour de la relation difficile entre Eliott et sa fille adolescente l'est un peu moins… Mais l'intérêt de la série est ailleurs. C’est le jazz ! Et pour plusieurs raisons. Pour la musique d’abord, avec de supers musiciens. Les scènes musicales sont clairement les moments forts de la série, non seulement pour la musique elle-même mais aussi pour la façon dont elle est filmée. Pour le découpage de la série ensuite, chaque épisode étant centré sur un personnage en particulier, qui a droit ainsi à sa partie solo. Et là, avouons que c’est un peu inégal, parce que les personnages sont plus ou moins intéressants, parce que les acteurs sont plus ou moins bons. Et enfin pour une certaine liberté dans la façon de raconter l'histoire, qui n’est pas sans évoquer une improvisation. 

Tout n’est pas parfait dans The Eddy, loin de là. Mais la série mérite d’être vue, pour son premier épisode génial, pour les quelques moments de grâce qu’elle nous réserve ensuite (comme la fin de l’épisode 3 ou du dernier épisode), et surtout pour sa musique (à entendre et à voir) ! 

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The Eddy, une mini-série de 8 épisode d'une heure, disponible sur Netflix. 

vendredi 8 mai 2020

Parlement : une série satirique sur les coulisses du parlement européen


Samy est un jeune nouvel assistant parlementaire qui ne connaît pas grand chose aux institutions européennes. Il débarque à Bruxelles au lendemain du vote du Brexit et est un peu perdu. Mais il se rendra vite compte que le parlementaire dont il est devenu l’assistant, un député centriste français, ne lui sera pas d’une grande aide. Se retrouvant avec un amendement à défendre sur les bras, à propos de la régulation de la pêche des requins, il va essayer de s'en tirer comme il peut... 

Une série sur les coulisses du Parlement européen ? Pas sûr, à priori, que le sujet passionne. Mais c’est une comédie. Et la saison de fait que 10 épisodes de 25 minutes… alors on peut se laisser tenter. Et franchement, ça vaut vraiment le coup ! Une très agréable surprise. 

La série est satirique et grinçante, avec des personnages forcément caricaturaux, mais attachants, des dialogues et des situations drôles, et le tout est bien rythmé. On rit… et on apprend des choses sur les coulisses du parlement européen. Car derrière la satire, la série a aussi une dimension pédagogique, notamment sur les coulisses du processus législatif européen (elle a d’ailleurs été tournée dans les parlement européen). Le fil rouge de toute la saison tourne autour d’un amendement concernant le shark finning, une pratique qui consiste à couper les ailerons des requins avant de les relâcher en mer, dont Samy, le jeune assistant, se retrouve en charge, ne pouvant pas compter sur l’aide de son parlementaire qui, de toute façon, ne comprend pas (et ne cherche plus à comprendre) comment les choses fonctionnent. Et il va devoir faire face, à ses dépens, aux lobbyistes et autres conseillers politiques, convaincre les députés et découvrir les subtilités de procédures absconses… 

C’est une satire, donc tout le monde en prend bien pour son grade… Mais le créateur de la série, Noé Debré, se défend d’être moqueur : “Nous voulons avec cette série ‘donner à voir’, prêter à rire et créer de l’identification et de l’empathie avec les gens qui font l’Europe. Ce n’est pas une série à message, c’est un grand cri d’amour au projet européen.”

Et, franchement, ça fonctionne vraiment, grâce également à un très bon casting international, reflet du multiculturalisme européen. D'abord Xavier Lacaille, parfait dans le rôle du maladroit Samy, avec aussi l’excellent Philippe Duquesne dans le rôle du député français complètement dépassé, et l’étonnant William Nadylam dans celui d’un fonctionnaire qui semble le seul à comprendre vraiment comment toute la machine fonctionne. 

En tout cas, bravo à France Télévision de proposer ce programme original et drôle, disponible gratuitement sur son service de streaming. Il faut en profiter… en espérant une saison 2 !

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Parlement, une série franco-germano-belge, créée par Noé Debré. 
10 épisodes de 25 minutes sur France.tv

dimanche 3 mai 2020

The Man in the High Castle : et si les nazis avaient gagné la guerre ?

Ce ne sont pas les Alliés qui ont remporté la Deuxième Guerre Mondiale mais l’Axe... Après que les nazis ont largué une bombe atomique sur Washington en décembre 1945, les Etats-Unis ont finalement capitulé en 1947. Le Troisième Reich et l’Empire du Japon se sont réparti le monde. L’Amérique est divisée en trois territoires : de la côte est aux Montagnes Rocheuses, elle est sous occupation nazie, avec New York comme capitale, la côte est est sous contrôle nippone avec San Francisco comme capitale, et une zone neutre sépare les deux empires.

En 1962, Adolf Hitler est malade et les tensions entre l’Allemagne et le Japon sont de plus en plus fortes. Mais de mystérieux films circulent en Amérique, associés à un homme qu’on appelle le “Maître du Haut-Château”. La Résistance s’efforce de les lui transmettre alors que les nazis tentent de les récupérer. Hitler est fasciné par ces films. En effet, dans ces films, ce sont les Alliés qui ont gagné la guerre !

La série est inspirée du roman éponyme de Philip K. Dick - un chef d’oeuvre - qui propose une uchronie inquiétante, imaginant le monde si l’Axe avait remporté la Deuxième Guerre Mondiale. La première qualité de la série est d’ailleurs la “reconstitution” de cette réalité alternative d’une Amérique nazie des années 60, avec un souci du détail remarquable. Visuellement, c’est très réussi et crédible… et donc d'autant plus inquiétant !

La première saison, relativement proche du bouquin (mais avec pas mal de liberté quand même !), exploite plutôt bien le pitch de départ, malgré quelques ficelles un peu faciles dans le scénario. La saison 2 est globalement sur la même ligne. C’est en saisons 3 que ça part un peu en cacahuète, avec des nouvelles intrigues pas vraiment utiles, des personnages englués dans des arcs narratifs hasardeux… La seule bonne idée, c’est le personnage de J. Edgar Hoover (premier directeur du FBI dans “notre” monde), glaçant et sournois sous le régime nazi en Amérique. D’ailleurs, la saison 4 fait un peu table rase de tout cela… il lui faut quelques épisodes pour se débarrasser de quelques personnages devenus encombrants (parfois de façon un peu abrupte...), et alors qu’on s’éloigne franchement du livre de Dick, la série trouve pourtant un second souffle et propose un final plutôt convaincant. Sans rien en dévoiler, disons tout de même qu’il est suffisamment intense pour émouvoir, et suffisamment ouvert pour laisser au spectateur le soin de l’interpréter.

La série permet d’aborder des thématiques intéressantes autour de l’histoire, du destin, des choix personnels et de leurs conséquences, et forcément une réflexion sur la frontière entre le bien et le mal. Finalement, et surtout dans la dernière saison, la série nous laisse avec cette question qui mérite réflexion : sommes-nous la meilleure version de ce que nous pourrions être ?

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The Man in the High Castle (4 saisons de 10 épisodes sur Amazon Prime)

mercredi 22 avril 2020

Better Call Saul : une saison 5 qui nous comble... avant la saison ultime

L’avant-dernière saison du brillant spin off de Breaking Bad vient de se terminer. C’est très rare les spin-offs qui ne déçoivent pas... Et non seulement Better Call Saul ne déçoit pas, mais il n’a pas à rougir de la comparaison avec son prédécesseur. En plus de revoir, avec plaisir, certains personnages emblématiques (et il y en a de nouveaux dans cette saison 5 !), on retrouve plusieurs ingrédients de Breaking Bad. D’abord, une esthétique singulière, un rythme particulier, qui sait prendre son temps, parfois sur des détails qui peuvent paraître insignifiants, comme dans l’épisode culte de Breaking Bad, avec la mouche dans le laboratoire… Dans Better Call Saul, en saison 5, ce sont des fourmis autour d’une boule de glace !

Ensuite, ici encore, la série se concentre sur l’évocation de la trajectoire d’un homme, embarqué, d’abord un peu malgré lui, dans une spirale infernale dont il ne pourra sortir. Si le héros de Breaking Bad était un bon type au début qui devient de plus en plus le pire des salauds (même si on garde quand même une certaine empathie pour lui jusqu’au bout), Saul Goodman, on le connaît. Et au début de Better Call Saul, on se demande vraiment comment ce pauvre Jimmy McGill va bien pouvoir devenir le Saul Goodman qu’on connaît ! On sait comment il va finir… mais pas comment il va y arriver. Comme Walter White va devenir Heisenberg, un baron de la drogue, parce qu’il veut mettre sa famille à l’abri alors qu’il va mourir, Jimmy McGill va devenir Saul Goodman, un avocat véreux haut en couleurs parce qu’il rêve de devenir avocat comme son frère. L’un va se battre contre un cancer. L’autre va s’efforcer de s’extraire de l’emprise toxique et humiliante de son grand frère. Comme Breaking Bad, Better Call Saul sait explorer avec finesse le côté sombre du coeur humain, tout en gardant une tendresse pour ses personnages, avec leurs failles et leur personnalité complexe. Et puis il y a toujours ce ton fait d’humour noir grinçant et très réjouissant. Et le casting… Bob Odenkirk fait toujours merveille !

On peut dire que cette saison 5 est le point de bascule, après lequel le retour en arrière n’est plus possible. Jimmy McGill est définitivement devenu Saul Goodman… mais pas encore tout à fait celui qu’on connaît dans Breaking Bad. Il s’en approche toutefois de plus en plus !

Une des richesses de Better Call Saul (comme de Breaking Bad), ce sont aussi ses personnages secondaires. Dans cette saison 5, Kim Wrexler prend de plus en plus d’ampleur. Bien plus, même, qu’on aurait pu l’imaginer jusqu’ici quant à l’influence qu’elle a (et va sans doute encore avoir) quant à l’éclosion de Saul Goodman (le surprenant final de la saison !). Et on se demande vraiment comment les choses vont tourner pour elle… puisque jamais elle n’apparaît dans Breaking Bad. Comme on se demande, d’ailleurs, comment le Saul Goodman qu’on connaît deviendra le Gene Takavic des flashforwards, le montrant devenu manager incognito d’une boutique de pâtisseries dans une grande surface du Nebraska !

Bref, on attend avec impatience les dernières révélations dans l’ultime saison à venir !